Frédéric Poudrette accueille des campeurs à la Ferme Renaissance via la plateforme Terego depuis 2017. Enchanté par le concept, celui-ci dit voir une nouvelle clientèle venir jusqu’à lui.
Frédéric Poudrette accueille des campeurs à la Ferme Renaissance via la plateforme Terego depuis 2017. Enchanté par le concept, celui-ci dit voir une nouvelle clientèle venir jusqu’à lui.

Camper à la ferme : l’ultime expérience locale

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Sherbrooke — Si le Québec est la destination de l’été, il semblerait qu’une toute nouvelle forme de camping attire l’attention chez les aventuriers en véhicules récréatifs (VR) : le camping à la ferme. Alors que la région touristique des Cantons-de-l’Est est celle qui a connu le plus de succès pour cette pratique nouveau genre dans la province l’an dernier, des producteurs qui ont tenté l’expérience, comme la Ferme Renaissance à Weedon et la Ferme du Ruisseau d’or à Saint-Ludger, y voient une occasion de se faire découvrir autrement.

La plateforme Terego, qui permet de réserver gratuitement un séjour dans une ferme agrotouristque moyennant un prix d’abonnement annuel, a été créée en 2017 par Karine Morin et sa mère, Michèle Bourassa, après un inspirant voyage en Nouvelle-Zélande. « Nous avions loué un VR et il y avait une sorte de liste de producteurs qui nous permettaient de camper chez eux. Finalement, nos plus beaux moments ont été ceux passés chez les agriculteurs, à faire des détours et à discuter avec eux. D’ailleurs, c’est vraiment ce qui ressort beaucoup autant chez les voyageurs que les producteurs membres : ce qu’ils aiment le plus, ce sont les rencontres », raconte l’ancienne journaliste. 

À leur retour, le projet a lentement cheminé, puis a attiré de plus en plus de membres producteurs et voyageurs. Au moment d’écrire ces lignes, 241 producteurs mettaient entre un et cinq stationnements à disposition des membres Terego au Québec (167), en Ontario ou dans les Maritimes. Dans les Cantons-de-l’Est, ils sont au nombre de douze.  

« Sans le vouloir, on a créé une formule qui convient vraiment bien à la situation actuelle. Cette année, on n’a pas le temps d’appeler des producteurs pour les convaincre d’embarquer, c’est eux qui nous contactent! » se réjouit Mme Morin. 

Les producteurs d’ici ont effectivement la cote cette année, constate Frédéric Poudrette, propriétaire de la Ferme Renaissance à Weedon, qui élève des cerfs et des sangliers. Celui qui accueille des campeurs Terego depuis 2017 voit habituellement entre 35 et 40 réservations s’effectuer chez lui chaque été. « Depuis le 1er juin, j’ai déjà fait 45 nuitées! » 

Sa ferme, où il est possible de s’offrir une visite libre, guidée ou gourmande, en plus d’acheter des produits ou de faire une courte randonnée, est même devenue un classique pour certains. « Il y a des gens qui en sont à leur troisième année chez moi. Il y en a aussi qui réservent à l’avance pour le temps des perséides puisqu’il fait très noir : on est dans le fond d’un rang. Les gens aiment beaucoup la tranquillité de la ferme », précise le producteur.

« Ça nous amène des clients qu’on ne verrait pas habituellement, note-t-il également. Ils vont souvent du point A au point B et ne prendraient pas nécessairement le temps de s’arrêter ici. » 

« Voir du monde »

La popularité des cinq stationnements à la reculée Ferme du Ruisseau d’or de Saint-Ludger a d’ailleurs surpris les fondatrices de Terego. L’accueil de Chantal Prévost et de son conjoint semble faire la différence sur cette ferme de la MRC du Granit, qui en était une laitière jusqu’à ce printemps. Fêtant cette année ses 100 ans d’histoire, l’entreprise se concentre maintenant sur la transformation alimentaire ainsi que l’élevage de porc, de poulets de grain, de mouton et de veau de grain. 

« Je le fais parce que j’aime voir du monde, confie Mme Prévost. C’est mon social, j’aime parler de mes produits et j’aime faire plaisir. Mon chum c’est la même chose, il aime parler de ce qu’il fait. J’offre aussi aux gens le petit déjeuner, et je me rends disponible s’ils ont besoin de quelque chose. Ils peuvent aussi aller voir les animaux et se promener sur le site. » 

Si les campeurs ne déboursent rien pour camper chez les producteurs, Terego les encourage fortement à se procurer des produits sur place en guise de contribution. Selon Mme Prévost, les campeurs sont toujours bien généreux. 

« Tout le monde est super respectueux et gentil, je n’ai pas à me plaindre. En tout cas, à les voir et à les entendre, ça me donne envie de partir en vacances! » dit-elle.  

M. Poudrette a d’ailleurs calculé une moyenne de 50 $ déboursé par campeur chez lui. Est-ce cependant coûteux en temps? « On est des passionnés, on prend le temps », répond M. Poudrette. 

Les membres Terego peuvent réserver entre 1 à 30 jours à l’avance, une nuit à la fois. Les voyageurs, qui peuvent camper en VR ou en roulotte, à condition que celle-ci ne soit pas détachée du véhicule, doivent être autonomes puisque les emplacements n’offrent ni électricité, ni eau ou égouts. Pour un abonnement voyageur de 12 mois, le prix est actuellement fixé à 105 $. 

Les producteurs sont aussi libres de bloquer certaines dates s’ils ne souhaitent pas recevoir de campeurs à ces moments précis.

Hélène Fréchette, Nicolas Fréchette et Gaétan Goyette de Montréal prenaient l'apéro après leur arrivée à la Ferme Renaissance, vendredi.