C’est principalement la possibilité de perdre le centre d’appels de la Banque Nationale, à la Cité du Parc, qui a fait reculer les élus.

Bureaux d'affaires : les élus refusent de colmater une faille au règlement

La demande d’un permis pour construire un immeuble à bureaux de quatre étages aux Promenades King en décembre avait révélé une brèche dans un règlement municipal censé concentrer la construction de nouveaux bureaux de plus de 750 m2 au centre-ville. Si les élus avaient voté un gel rapide du règlement pour colmater la brèche en janvier, ils ont renversé leur décision en début de semaine.

« Si vous poursuivez le processus d’adoption du règlement, vous arrêtez la faille et vous permettez aux services de revenir à la charge avec un règlement plus étoffé. Si vous rejetez le second règlement, il y a ouverture pour quelques mois pour recevoir d’autres projets », a résumé la directrice générale adjointe de la Ville de Sherbrooke Marie-France Delage.

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Quatre élus seulement ont souhaité poursuivre le processus, soit le président du comité consultatif d’urbanisme, Vincent Boutin, et les conseillères Danielle Berthold, Nicole Bergeron et Évelyne Beaudin. 

Le débat a monopolisé une bonne partie du conseil municipal, lundi, et c’est vraisemblablement la possibilité d’empêcher la Banque Nationale d’implanter son centre d’appels à la Cité du Parc, au coin des rues King et Jacques-Cartier, qui a fait pencher la balance. Le projet doit permettre la création de 250 emplois. 

Le directeur de la planification et de la gestion du territoire, Yves Tremblay, avait expliqué que le schéma d’aménagement visait à concentrer 80 % de la croissance des bureaux structurants (de plus de 750 m2) au centre-ville. Quelques exceptions avaient été identifiées. La faille est venue du règlement d’urbanisme, qui empêchait l’agrandissement des immeubles à bureaux, alors que le schéma visait l’agrandissement d’un établissement ou d’une raison sociale.

M. Tremblay rapporte que la superficie de nouveaux bureaux souhaitée à l’extérieur du centre-ville était d’environ 13 000 m2. À lui seul, le projet des Promenades King en représente la moitié, soit 7863 m2. S’ajoute le centre d’appels au Costco, qui avoisinera les 5000 m2

Le nouveau règlement proposé en janvier pour empêcher les agrandissements massifs de bureaux à l’extérieur du centre-ville avait déjà reçu l’aval des élus une première fois.

Des entrepreneurs ont toutefois demandé au conseil de revoir sa position. Le promoteur Jean-François Morin, d’Immex Société Immobilière, est propriétaire des Promenades King et de la Cité du Parc. Il a cité deux avis juridiques pour demander à la Ville de faire marche arrière. Les autres entrepreneurs ayant pris la parole lundi sont tous locataires de la Cité du Parc.

Christopher Johnson, président et courtier en assurances de dommages, estime que « ce règlement viendrait définir [sa] croissance et aurait des effets néfastes pour le futur dans le développement de [son] entreprise dans la belle région de Sherbrooke ». Il explique qu’un déménagement au centre-ville causerait des problèmes de recrutement.

Peter Cassar, cofondateur de SherWeb, était un des membres du premier consortium ayant planché sur le projet Well inc. Il a indiqué que le nouveau règlement de la Ville pour renforcer la présence de bureaux au centre-ville était inquiétant et pouvait nuire à la croissance de son entreprise. 

Christian Dumoulin, avocat chez Lavery, indiquait qu’il pourrait aller jusqu’à revoir ses plans de développement à Sherbrooke à long terme. 

Le conseiller Marc Denault a demandé si un bâtiment au centre-ville pouvait accueillir le centre d’appels de la Banque Nationale pour le 1er juillet. « Ce sont 250 emplois qu’il faut placer dans un local de plus de 750 m2, sur un même étage, avec des places de stationnement. »

Lors du dépôt du règlement en janvier, M. Denault aurait demandé s’il risquait d’y avoir des dommages collatéraux. On lui aurait répondu que non. « Mais pour le projet de la Banque Nationale, la demande de permis n’était pas déposée. »

Les élus ont majoritairement qualifié le dossier de difficile. Rémi Demers, devant la possibilité d’échapper 250 emplois, a choisi de renverser le règlement. « Au centre-ville, c’est une question de temps. On va y arriver avec les incitatifs qu’on met en place. »

« On voulait pallier la brèche, mais tous les effets collatéraux, on ne les mesurait pas très bien », a plaidé Annie Godbout. « On voit que le règlement pourrait freiner la croissance des entreprises sherbrookoises de classe mondiale. Il faut être cohérents et retourner à la table à dessin. » 

Chantal L’Espérance a rappelé que selon le règlement en vigueur, la Cité du Parc ne pourra jamais s’agrandir. Mais elle s’oppose au nouveau règlement qui pourrait limiter des réaménagements intérieurs pour permettre à une entreprise de prendre de l’expansion. 

Nicole Bergeron, elle, a exprimé un malaise à laisser une brèche ouverte pendant encore plusieurs mois. « Il pourrait y avoir d’autres projets qui pourraient s’implanter ailleurs qu’au centre-ville, à l’encontre de l’intention qu’on avait et qu’on croyait qui était scellée. »

Le maire Steve Lussier a pour sa part indiqué que le centre-ville n’avait pas la capacité d’accueillir des entreprises « de masse » pour le moment.