Le vice-recteur aux relations gouvernementales de l'Université de Sherbrooke Alain Webster.

Budget: un pas trop lent dans la bonne direction

Le budget Leitao présenté mardi soir prévoit un investissement supplémentaire de 1,1 milliard $ pour l'enseignement supérieur et de 363 millions $ pour l'aide financière aux étudiants. Une bonne nouvelle? Oui, mais à prendre avec un bémol...
« C'est un pas dans la bonne direction, mais ça ne va pas aussi vite qu'on l'aurait voulu », explique Alain Webster, vice-recteur aux relations gouvernementales et au développement durable et vice-recteur au campus de Longueuil de l'Université de Sherbrooke (UdeS).
D'autres chiffres ont été dévoilés mardi : 114 M$ pour les infrastructures de recherche dans les cégeps et les universités, 100 M$ pour les technologies de l'information et 800 M$ consacré à la recherche et à l'innovation, mais dans toutes les sphères d'activités, y compris dans le secteur privé...
La croissance des fonds alloués au portefeuille de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur augmente de 4,2 % pour 2017-2018, mais retombera ensuite à 3,8 % l'année suivante et à 3,5 % l'année d'après.
« Ce sont des bonnes nouvelles. La tendance vient d'être changée après des années de compressions et de coupures. Mais nous sommes encore loin d'un investissement massif comme on en aurait besoin », ajoute M. Webster.
Comme c'est la tendance, l'UdeS touchera aussi un financement particulier sur des projets spécifiques. Par exemple, la Chaire de recherche sur la fiscalité se voit accorder un financement de 4 M$ sur cinq ans. Une somme a aussi été allouée pour permettre la formation de davantage d'infirmières bachelières dans les prochaines cohortes (25 M$ répartis entre huit universités).
Qu'est-ce que le vice-recteur de l'UdeS aurait aimé de plus de ce budget Leitao? « Les universités auraient certainement aimé avoir une marge de manoeuvre plus rapide. Ce budget est vraiment un pas dans le bon sens, mais ce sont des rentrées d'argent très progressives après plusieurs années de très très fortes compressions », résume-t-il.
Une crainte du financement par projet
Le son de cloche est sensiblement le même du côté de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS). « Ce budget donne un peu d'air, on l'accueille de façon favorable », assure Gilles Normand, président de la CSRS.
Le gouvernement prévoit des investissements supplémentaires de 1,8 milliard $ pour le préscolaire, le primaire et le secondaire.
« On sent de plus en plus le mouvement de donner du financement en termes de mesures ciblées vers les écoles. Mais nous, ce dont on a besoin, c'est de la marge de manoeuvre. Les règles budgétaires vont venir plus tard et vont éclaircir tout ça », ajoute M. Normand.
Il explique que la CSRS est une commission scolaire extrêmement décentralisée. Malgré des années de coupures, elle est toujours parvenue à maintenir ses services aux élèves dans les écoles. « Avec une mesure ciblée, on pourrait nous dire par exemple d'embaucher des travailleurs sociaux pour les écoles, avec preuves d'embauches à l'appui. Mais nous, on a déjà nos travailleurs sociaux. On veut de la souplesse pour organiser nos services selon les besoins de notre milieu », ajoute le président de la CSRS.
« De l'argent récolté dans les poches des contribuables »
« On se réjouit des investissements dans les programmes sociaux, mais pas de la provenance de l'argent : cet argent a été récolté dans les poches des contribuables dans les années précédentes alors qu'on nous disait qu'il fallait nous serrer la ceinture. »
Ce résumé du budget Leitao est celui de Jimmy Forgues, coordonnateur chez Solidarité populaire Estrie, un groupe de défense collective des droits.
« Si on regarde seulement le budget de cette année, on est heureux. Mais sur une échelle de quatre ans, nous sommes très insatisfaits », ajoute M. Forgues.
Les baisses d'impôt annoncées mardi ont été présentées par le gouvernement de Philippe Couillard comme un « cadeau » aux contribuables, mais il n'en est rien, croit Jimmy Forgues.
« Ces baisses d'impôt viennent des coupes dans les programmes sociaux des trois dernières années. On redonne de l'argent de façon individuelle. À la place, pourquoi on n'aurait pas simplement laissé l'argent dans les programmes sociaux où tout le monde peut en bénéficier ? »
Les annonces d'investissements supplémentaires en santé et en éducation ont réjoui les différents intervenants qui se sont réunis mardi soir pour une écoute collective du budget provincial.
Mais ça soulève plusieurs questions encore.
« Pour l'éducation, on craint de savoir si ce sera un financement par projets. Il n'y a plus de place pour réduire dans la structure, elle est déjà fragilisée », souligne M. Forgues.
Les organisations de défense des droits sont encore des grands oubliés ; ils n'ont eu aucune indexation depuis plus de dix ans.
Bref, encore beaucoup de questions planaient à la suite de l'écoute du budget.
« C'est un budget qui a été présenté pour charmer la population en vue des prochaines élections [à l'automne 2018] », ajoute Jimmy Forgues.