Luc Godbout
Luc Godbout

Budget 2020: les infrastructures avant la pénurie de main-d’œuvre

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
La Chambre de commerce de Sherbrooke se réjouit du Plan québécois des infrastructures prévoyant des investissements de 130 milliards sur 10 ans, mais déplore l’insuffisance des mesures mises en place pour pallier la pénurie de main-d’œuvre.

« On voit d’un très bon œil les dépenses en infrastructures qui donneront possiblement un souffle aux entreprises advenant une certaine récession. On souhaite maintenant s’assurer que ces investissements seront faits localement pour que ce soient des entrepreneurs québécois qui en bénéficient. Les retombées économiques liées aux achats locaux sont souvent plus grandes que les économies faites en traitant avec des entreprises étrangères », note Éric Bergeron, membre de l’exécutif de la CCS.

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Un budget vert, mais pas assez

« Pour ce qui est de la pénurie de main-d’œuvre, il y a quelques plasters ici et là, mais c’est nettement insuffisant. On offre un crédit à l’innovation qui permet, par exemple, d’avoir un crédit à l’achat d’un ordinateur, mais l’enjeu n’est pas là, il est au niveau des ressources humaines. On aurait préféré avoir un crédit pour la formation de main-d’œuvre », ajoute M. Bergeron qui déplore également l’absence de mesure facilitant le transfert d’entreprise entre membres de la même famille.

Le fiscaliste Luc Godbout souligne l’aide apportée aux entreprises ayant des propriétés intellectuelles. « Il y a une nouvelle déduction favorisant la commercialisation de la propriété intellectuelle. Cette déduction ramène le taux d’imposition au Québec à 2 % seulement sur les profits rattachés à cette activité. »

« Sinon, il y a peu de changements au niveau de la fiscalité des particuliers alors que pour les entreprises, il y a des mesures pour favoriser l’innovation », retient M. Godbout du budget présenté mardi.

« À part une bonification pour les aidants naturels et la diminution des taxes scolaires, ce budget n’aura pas beaucoup d’impact sur le portefeuille des particuliers. Par contre, on sent que le gouvernement a plus d’appétit pour favoriser fiscalement l’innovation chez les entreprises », résume M. Godbout, en pensant au nouveau crédit d’impôt à l’investissement et à l’innovation dont le taux variera selon la vitalité économique des régions.

Richard Bergevin

Trop peu pour les enseignants

C’est avec déception que le Syndicat des enseignants de l’Estrie a pris connaissance du deuxième budget du gouvernement Legault.

« On est déçu à prime à bord, car une grande proportion des investissements en éducation va dans les infrastructures. Les infrastructures sont importantes, mais ce ne sont pas elles qui amènent les jeunes à la réussite scolaire. Ce sont plutôt les humains qui s’occupent des humains qui créent des apprentissages. Et présentement, ce qu’on constate, c’est que seulement 141 M$ sont investis dans l’humain en éducation. Alors on ne peut pas dire que l’éducation est une priorité de ce gouvernement-là », souligne Richard Bergevin, président du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie, qui se réjouit par ailleurs de l’ajout des 150 classes spécialisées.

« Par contre, au Québec, il y a 3000 écoles alors si on tient compte de la proportion provinciale, cette mesure signifie l’ajout de 3,5 classes pour la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, 1,5 classe pour la Commission scolaire des Sommets et 1 pour la Commission des Hauts-Cantons », précise M. Bergervin, qui doute des capacités du ministre Jean-François Roberge à convaincre son gouvernement d’investir en éducation.

« Il faut investir pour attirer les jeunes à l’enseignement et conserver ceux qui ont de l’expérience de demeurer dans le domaine, car là il y a une pénurie d’enseignants. Par conséquent, la qualité du service aux élèves est en baisse », conclut le président du Syndicat.

Éric Bergeron