Pro-Def Estrie trouve « inacceptable » le bris de confidentialité en psychiatrie.

Bris de confidentialité en psychiatrie : « Situation inacceptable », selon Pro-Def Estrie

« Je me suis mise à la place des autres patients dans le département de psychiatrie ou des membres de la famille qui ont vu cette invitation et ça m’a mise tout à l’envers. Les autres patients ont dû se demander : est-ce qu’ils vont aussi faire une fête quand ce sera moi qui vais quitter? D’un point de vue de dignité humaine, c’est une situation inacceptable! » lance Carole Panneton, directrice générale de Pro-Def Estrie, un organisme de défense des droits des patients en santé mentale.

Ainsi répond-elle à l’article paru samedi dernier qui dévoilait que deux membres de la direction de psychiatrie à l’Hôtel-Dieu avaient invité le personnel du « 7e étage » à un 5 à 7 pour les remercier de leur travail dans un contexte difficile. Dans la lettre, on y dévoilait les initiales d’un patient particulièrement difficile et on soulignait que son départ, vers une autre ressource d’hébergement du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, allait les soulager d’un lourd fardeau.

Tous les intervenants interrogés par La Tribune avaient reconnu que le patient était très difficile.

« Que les employés aient été conviés à un 5 à 7 pour décompresser en équipe n’est pas le problème. La situation en psychiatrie est reconnue pour être difficile pour les employés et qu’on veuille reconnaître leur travail dans un tel cadre, c’est bien correct. Mais il ne faut pas mettre ça sur le dos d’un seul patient. Et il faudrait peut-être que la direction pose davantage de questions à ses employés et qu’elle voit comment mieux reconnaître leur travail tout au long de l’année, pas seulement quand “un patient difficile” quitte le service », ajoute Mme Panneton.

Claude Moreau connait bien le département. En effet, après avoir commis une agression avec violence en 2008, Claude Moreau a été hospitalisé pendant plusieurs mois au 7e étage de l’aile psychiatrique de l’Hôtel-Dieu. Il a réagi de la même façon en lisant l’article. « C’est aberrant. Je suis bien au fait que le personnel en milieu hospitalier est épuisé et je n’ai rien contre le fait qu’ils aient des activités de reconnaissance. Mais ça ne doit pas se faire sur le dos d’un patient en particulier. Moi si j’étais encore hospitalisé au 7e étage et que j’avais vu ça, j’aurais été très troublé », soutient-il.

Après une longue trajectoire en milieu hospitalier, Claude Moreau porte aujourd’hui plusieurs chapeaux dont celui de délégué régional des personnes utilisatrices de services en santé mentale, soutenu par Pro-Def Estrie.

Sur la page Facebook de La Tribune, plusieurs ont commenté que la médiatisation de cette invitation causerait plus de tort que de bien au système de santé et à ses employés en particulier.

« Que l’invitation ait été médiatisée ou pas, ça ne change rien au fait que l’invitation a bel et bien été écrite ainsi, et elle laisse supposer que d’autres ont pu l’être aussi sans être médiatisées. C’est important de mettre des situations comme ça à jour, pour aussi éviter qu’elles se reproduisent dans l’avenir », lance Carole Panneton de Pro-Def Estrie.

Rappelons que la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS avait tenu à faire la part des choses en soulignant que l’invitation, telle qu’elle était formulée, était inacceptable, mais que l’intention derrière était noble.

« L’intention derrière l’invitation était de soutenir des gens qui travaillent en santé mentale, dans un secteur qui est très difficile. Les gestionnaires ont voulu reconnaître leur travail et ça, on ne peut que l’encourager. Par contre, l’invitation, telle qu’elle est formulée, laisse sous-entendre que l’état de grande fatigue de l’équipe repose sur un seul patient, ce qui n’est pas le cas. Il s’agit aussi d’un risque de bris de confidentialité important », avait soutenu la porte-parole Annie-Andrée Émond.