De nombreux fouets et jouets sont utilisés dans les soirées BDSM.

BDSM : L’amour féroce et consenti

En marge de la St-Valentin, La Tribune a été invitée à visiter le donjon BDSM d’Arsenique et à s’entretenir avec des adeptes qui avaient envie de déboulonner quelques tabous sur la pratique méconnue de ces jeux pour adultes consentants.

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Contrairement à la croyance populaire, le BDSM (bondage, discipline, domination, soumission, sadisme et masochisme) n’est pas nécessairement relié à la sexualité. Selon des gens participant régulièrement aux activités du donjon Le Purgatoire d’Arsenique de Sherbrooke, transformer le mal en extase est un jeu pour adulte, empreint de respect et d’amour fraternel. 

Dans le sous-sol d’Arsenique Delacroix (son surnom du monde du BDSM), fouets, jouets, attaches, masque de latex, tout est en place pour que les adultes toujours consentants s’amusent. Certains participent à des scènes, d’autres préfèrent se tenir à l’écart. Tous peuvent vivre le tabou, peu importe leur sexe, leur orientation sexuelle, leur taille ou leur poids. Les dominants dominent, les dominés reçoivent. « Parfois, je me laisse attacher, car je trouve ça relaxant », lance Arsenique, qui se considère comme une dominante.

Une grande partie du vocabulaire BDSM a rapport au jeu. « Tu mélanges le jeu et la peur ou le drame, explique Arsenique, qui ne veut pas révéler son vrai nom. La douleur, c’est une façon de parler. Ça peut être de la vraie douleur ou des sensations un peu intenses. La peur, c’est un spectre. On parle de jouets, d’aires de jeu, de scène, de partenaires de jeu. On est des adultes qui gardent un cœur d’enfant en faisant de jeux d’adultes. »

Interdits

Comme partout ailleurs, certaines règles régissent les gens pratiquant le BDSM. « On se parle entre donjons. On se connaît et on se partage les noms ou les histoires. Le pire crime qu’on peut commettre, c’est de faire le coming out de quelqu’un à sa place. Si quelqu’un partage ta vie privée dans un autre contexte, c’est un crime capital. On dit aux gens que s’ils se croisent dans un contexte “ vanille ” [NDLR dans la vie de tous les jours] et qu’ils ne se connaissent pas en dehors du BDSM, ne vous saluez pas », conseille celle qui a commencé à pratiquer dans les bars il y a plus d’une décennie.

La base, ce sont les mots de sécurité. Si tout va bien, le dominé dit « vert », si l’intensité est à son maximum, il dit « jaune » et s’il y a quoi que ce soit, il dit « rouge ». « L’autre crime capital, c’est de ne pas respecter un safeword. Quand quelqu’un ne respecte pas le consentement ou la sécurité de quelqu’un, ça peut le suivre durant 10 ans. Ça peut être très dommageable et les risques peuvent être si grands qu’on ne niaise pas avec ça. La liste noire arrive plus rapidement et se partage », affirme l’organisatrice des soirées. 

D’autres règles de base sont aussi importantes. Les trois mots clés sont : consenti, sécuritaire et sain. « Le consentement doit être libre, éclairé et révocable. On en est très conscient et l’on en parle beaucoup. Sécuritaire, ça veut dire qu’on ne blesse pas les gens. Au Canada, on ne peut pas consentir à une blessure majeure. Sain, c’est l’intégrité, l’estime de soi, la santé mentale, etc. C’est d’y aller pour que la personne ne se sente pas déstabilisée à long terme. C’est aussi le respect des limites. Les gens peuvent tout essayer, tant que ça respecte ces principes », explique Nadir, un autre amateur de ces activités. 

Effectivement, le consentement est une notion extrêmement importante selon D., une participante. « Moi je suis soumise et quand j’ai commencé, j’ai eu la chance d’être initiée par un dominant qui avait déjà été soumis. Il savait ce que c’était d’être à ma place. Il a commencé par me parler du consentement et l’on a parlé de ça durant deux mois avant qu’il se passe quelque chose. J’étais pleinement informée quand j’ai commencé ça. Je le savais tout de suite, car j’avais été éduquée au consentement et aux notions de sécurité », décrit-elle.

Le vacuum bed donne l’impression d’être emballé sous vide. Après s’être placé dans cette boîte, un aspirateur enlève tout l’air contenu dans le cube. L’homme respire à l’aide d’un masque. La dominante lubrifie le latex, 
ce qui procure une sensation de massage. Celle-ci conseille de toujours faire cette scène 
à deux, par souci de sécurité.

Pas obligés de participer

« Quand tu viens au donjon, tu n’es pas obligé de faire quoi que ce soit, dit Arsenique. Tu n’es pas obligé de venir accompagné. Tu n’es pas obligé d’être tout nu. Un coup de fouet sur les fesses, les gens pensent que ça fait mal, mais ça ne fait pas mal. C’est comme un massage », indique-t-elle, ajoutant que les voyeurs n’ont pas leur place. Seuls ceux qui sont intéressés par le BDSM sont invités aux soirées, qui ont lieu environ deux fois par mois. De plus, l’hôtesse offre des ateliers d’initiation au BDSM.

Pour France Allard, qui apprécie ce genre d’activité, mais qui ne participe pas nécessairement aux scènes, le plaisir est de parler avec les gens dans le donjon. « Je ne fais pas de cordes*, mais je trouve ça fascinant. Quand tu vois quelqu’un qui porte un smoking de latex, tu vas t’asseoir avec lui et tu peux jaser », affirme-t-elle, souriante.

Un 5 à 7 éducatif par rapport au BDSM aura lieu le 16 mars à la boutique LUV. Plus d’informations sont disponibles sur la page Facebook Le Purgatoire d’Arsenique.

*Faire des cordes est la partie bondage. Certains peuvent même se suspendre avec des cordes, mais les techniques doivent être sécuritaires.

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« Plus sensuel que sexuel »

S’il n’y a pas de relations sexuelles au sens propre dans les activités du Purgatoire d’Arsenique, la sensualité, elle, est bien présente. 

« Il n’y a pas de génitalité, assure Arsenique, qui organise les activités dans le donjon, situé dans son sous-sol. Ce n’est pas une grosse orgie en bas. La plupart des places, c’est comme ici. Il y a quelques places à Montréal qui le font, mais on parle d’un bar échangiste qui ouvre pour une soirée libertine BDSM. Il y a certains donjons qui permettent la sexualité, mais tu ne verras pas des orgies dans un donjon. Ce n’est pas rare qu’il y ait des filles avec les seins à l’air. [...] Il y a de la nudité. La plupart du temps, les gens gardent leurs sous-vêtements. Je ne veux pas voir de pénis, garde-le pour ta blonde, moi je ne lui toucherai pas. C’est plus sensuel que sexuel. »

Cependant, certains peuvent vivre des moments d’extase. « Il peut y avoir des orgasmes, des gens qui jouissent quand on leur fait mal. Comment peut-on arriver à avoir un orgasme en ayant mal? On peut entraîner le cerveau et le corps à ressentir un plaisir de manière différente. Quand on se cogne un orteil sur le coin d’un mur, même si tu es masochiste, tu n’aimeras pas ça. Mais, si tu le fais en faisant une gradation pour tranquillement amener la personne à faire des variations douleur et plaisir, tu attribues le plaisir à la douleur. C’est comme les gens qui aiment nager, ils vont arriver et l’odeur de chlore va faire partie du plaisir », explique-t-elle, ajoutant que tous les participants du donjon ne sont pas tous « polyamoureux » ni « non exclusifs sexuellement ».

Cependant, en général, les gens ne cherchent pas l’orgasme en jouant dans les donjons. « Je passe dans des états d’euphorie, je deviens très excitée, mais rien ne stimule mon clitoris quand je joue », affirme Arsenique.