Orfée Lemieux-Riendeau a lancé un appel aux finissants pour qu’ils lui partagent des vidéos sur ce passage marquant afin de créer un souvenir virtuel.
Orfée Lemieux-Riendeau a lancé un appel aux finissants pour qu’ils lui partagent des vidéos sur ce passage marquant afin de créer un souvenir virtuel.

Bal des finissants : une élève de Montcalm veut créer des souvenirs virtuels

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
SHERBROOKE — Ils attendaient ce moment depuis si longtemps : la fin du secondaire. Le bal, la remise des diplômes... et la robe pour bon nombre d’adolescentes. Qu’à cela ne tienne : à défaut (peut-être) d’un album de finissants, Orfée Lemieux-Riendeau a lancé un appel aux finissants pour qu’ils lui partagent des vidéos sur ce passage marquant. Au moins, il y aura un souvenir virtuel.

Pour le moment, avec l’arrêt des classes, le projet d’album de finissants est sur la glace, selon elle. On se doute que des bals des finissants, dans leur forme traditionnelle, sont compromis, tout comme les remises de diplômes. Au mieux, ils seront reportés. 

La Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) a indiqué à La Tribune plus tôt cette semaine que la décision d’annuler ou non les bals n’a pas encore été prise. L’organisation a indiqué que la décision se prendra une fois que Québec aura décidé des modalités d’un retour (ou non) des élèves à l’école d’ici la fin de l’année scolaire. 

Sur le territoire de la Commission scolaire des Sommets, des élèves ont été avisés que leur bal serait reporté. 

Orfée Lemieux-Riendeau, une élève de l’école secondaire Montcalm, a joint le groupe Facebook « Les secondaires 5 en quarantaine », qui regroupe notamment des jeunes du Québec et de l’Ontario. « Je me suis dit : pourquoi on ne fait pas une vidéo? On n’aura peut-être pas accès à l’album de finissants. L’idée, c’est de créer un souvenir, comme un album, mais de façon virtuelle. » 

« My God, ce n’est pas facile, lance-t-elle quand on lui demande comment elle vit ces derniers instants du secondaire sans sa gang, et l’incertitude entourant la tenue des célébrations. Je ne suis pas la personne qui tenait le plus au bal. Ma remise de diplômes, je l’ai sur le cœur. On voit le bout et ça nous est enlevé. On essaie de se créer des souvenirs. » 

Une remise de diplômes devait se tenir à Montcalm avec les proches des finissants et Orfée y tenait tout particulièrement.

« J’adore l’école. J’ai eu de la difficulté à trouver ma place, mais la dernière année à Montcalm, on était tellement proches. La dernière année, c’est celle où on en profite. C’est ce qui est difficile », dit celle qui a été admise en éducation spécialisée au Cégep de Sherbrooke. Les élèves ont quitté le 13 mars dernier et ne savent pas quand et s’ils retourneront à l’école d’ici la fin des classes, renchérit-elle.

L’appel à tous a été lancé sur divers réseaux. Les finissants sont nombreux à lui envoyer des vidéos, avec lesquelles elle en fera un montage, aidée d’une amie. 

Un rite important

Quelle place occupent ces rites de passage dans la vie des jeunes?

« C’est fondamental. Quand on parle des remises de diplôme, de bal de fin d’études, de fin de secondaire, on parle d’un rite de passage vers autre chose, qui marque le changement d’un statut social, mais ça marque d’abord la fin de quelque chose. Ça marque la finalité, la transformation. J’insiste sur la fin, parce que ça permet de boucler la boucle, et j’aurais presque envie de vous dire que c’est une étape du deuil, dans le fond, du secondaire. Quand on commence, on est encore enfants et quand on finit, on n’est pas si loin d’être de jeunes adultes. Il y a énormément de transformations qui se font. Un diplôme de secondaire cinq, c’est comme un départ dans la vie. Il y a énormément de souvenirs pendant ces cinq années-là, il y a des liens d’amitié, le début du vécu amoureux, l’identité des jeunes se construit, parce que c’est pendant l’adolescence qu’ils prennent une distance de leurs parents, pour se définir comme individus », répond Christine Grou, psychologue et présidente de l’Ordre des psychologues du Québec.

Le bal et la remise de diplômes s’inscrivent habituellement comme des moments marquants. « Ça a un caractère soulageant : on boucle la boucle. Ça a, dans un tout autre registre, un peu la même vertu que les funérailles, le dernier rite de passage. Ce sont des moments marquants dans une vie. Ça explique les différentes initiatives et les reports d’événements. »

Le fait de tenir un événement en marge de l’officiel, avec des proches par exemple, montre qu’il s’agit d’un passage important : pas seulement pour le diplômé, pour tout le monde également. Il s’agit d’un geste significatif pour un diplômé.

À ceux qui auraient tendance à minimiser ce que les finissants vivent, Mme Grou rappelle l’importance de ce moment. « Les adolescents ont l’âge de raison, mais quand tu as 16, 17 ans, tu n’as pas 40 ou 55 ans de recul. Tu as 16 ans de vie et pour beaucoup, ce sera le premier élément marquant, le premier passage. Je ne dis pas que ce sera une catastrophe, mais que c’est un passage important. » 

Dre Grou a une pensée pour tous ces jeunes.

« Si j’avais un mot à dire, ce serait aux adolescents. En dépit de la pandémie, ils méritent toutes nos félicitations. Ce n’est pas rien d’en arriver là. Les initiatives qui vont leur permettre de fêter ensemble de façon sécuritaire et lorsque ce sera possible, ce sera extrêmement bénéfique. Si j’avais un mot à dire aux familles, c’est ne sous-estimons pas l’importance de ce moment-là pour nos jeunes. Il va y avoir quelques mois de pandémie, ils ont travaillé cinq ans pour en arriver là... sur 16 ou 17 ans de vie. »