Bac de récupération pêle-mêle: un problème ou pas ?

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
Face à la crise du recyclage, l’Opération Verre-Vert dénonce l’utilisation du bac « fourre tout » dans lequel les citoyens déposent papier, carton, verre, métal et plastique. « Plus on ramasse, moins on recycle », martèle le porte-parole de l’organisation, Jean-Claude Thibault. De son côté, le président de Récup Estrie, Pierre Avard, se défend en dévoilant que l’an dernier, l’organisme a vendu pour 1,5 M$ de matières recyclées, selon lui.

M. Thibault pense que l’investissement de 2,7 M$ de Récup Estrie, dans le but de se doter de deux nouveaux équipements de tri optique, n’est pas un bon pari. « La première étape, c’est d’enlever la première source de contaminant : le verre, analyse-t-il. Lorsque la poussière de verre entre dans le plastique et le carton, elle n’enlève plus. L’investissement de plus de 2 M$ qui se fait au centre de tri de Sherbrooke ne réglera pas le problème. En visant les 5 % de contamination, ils ne vont pas chercher un réel marché. On va être encore pognés à réinvestir. Il faut arrêter d’investir dans les technologies, elles sont inefficaces. »

« Si tout n’est pas bon, pourquoi des gens achèteraient nos matières? répond M. Avard. Un moment donné, il faut donner les vraies informations. Qu’on veuille faire une croisade pour sortir le verre des centres de tri, pour nous ce n’est pas un problème. Mais dire que les équipements qu’on est en train d’installer ne donneront pas de résultats, c’est faire fausse route. Les centres de tri qui se sont équipés de cet équipement réussissent à vendre leur papier plutôt que de payer pour cela. »

« Les contaminants, ce sont les petits morceaux de plastique et de carton qui s’infiltrent, poursuit-il. Quand on fait plus de tri manuellement, on abaisse le pourcentage à 3 ou 4 %. Tant qu’on n’a pas nos équipements, on demande à plus de gens d’extraire les matières qui ne devraient pas s’y retrouver, comme les sacs de plastique », explique-t-il, demandant du même souffle aux gens de faire des sacs de sacs et de sortir les circulaires du publisac avant de les mettre au recyclage. 

M. Thibault se réjouit que la mairesse de Montréal, Valérie Plante, questionne ce modèle dit sélectif, qui est en vigueur depuis plusieurs années. « Les élus de Montréal questionnent enfin l’efficacité de la collecte sélective, alors que ça fait six ans qu’on le dit et qu’on le constate. On n’est pas des universitaires ou des autorités officielles, mais bien humblement, on commence à avoir de l’expérience. On a fait le tour de beaucoup de centres de tri, de conditionneurs et de l’usine de fonderie », exprime le porte-parole. 

« Fourre-tout »

Pour Jean-Claude Thibault, « la collecte sélective n’est pas sélective ». « C’est un bac fourre-tout. Il faut investir beaucoup d’argent pour tout mêler dans un bac. Et après, il faut mettre beaucoup d’argent pour tenter de démêler tout, de façon inefficace. Là, on est contents que les élus s’aperçoivent que le bac fourre-tout de la collecte sélective est inefficace sur le plan économique, écologique et technique », considère celui qui s’implique avec l’Opération Verre-Vert depuis six ans.

Pierre Avard rétorque que le Québec n’est pas le seul à avoir de tels centres de tri. « Le fourre-tout fonctionne à plusieurs endroits à travers le monde. C’est juste qu’il faut que la technologie s’adapte. Ici, ç’a été un peu plus long pour pouvoir se doter de ces équipements », assure-t-il. 

Machines

M. Thibault pense que le verre n’est pas qu’un simple contaminant. « Il brise les machines et blesse les employés. Lors d’une visite à Récup Estrie, il y a eu un arrêt complet des opérations durant neuf heures. À Granby, le shutdown était de 24 h juste pour nettoyer les engrenages et les courroies qui ont été brisées par le verre », se souvient-il. 

« C’est faux [que le verre brise les machines], réplique M. Avard. Ce qui arrive, c’est que des choses ne vont pas là, comme des cordes à linge, des lumières de Noël et des fils électriques. Ça, ça bloque », dit-il, en assurant que le verre est extrait des autres matériaux au début de la chaîne de tri.