Michel Bissonnette, vice-président principal de Radio-Canada, était l’invité de la Chambre de commerce et d’industrie de Sherbrooke, jeudi matin, au Club de golf de Sherbrooke.

Avenir des journaux de GCM : Radio-Canada prête à des partenariats

Radio-Canada se dit prête à signer des ententes journalistiques et corporatives avec les six quotidiens de Groupe Capitales Médias, advenant le cas où ces journaux sont repris par des coopératives de solidarité au terme du processus juridique dont le dénouement sera connu à la fin du mois.

De passage à Sherbrooke jeudi pour une conférence devant les membres de la Chambre de commerce de Sherbrooke, le vice-président principal de Radio-Canada, Michel Bissonnette, a indiqué à La Tribune qu’il s’était engagé auprès des six coopératives à soutenir les six quotidiens dans le cadre d’ententes qui « respectent l’indépendance de chacun des médias ».

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C’est la première fois depuis sa comparution devant la Commission sur l’avenir des médias, en août dernier, que le grand patron de Radio-Canada précise de quelle façon il entend « faire partie de la solution » quant à l’avenir des six journaux de Groupe Capitales Médias. Ces derniers ont été placés sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité le 19 août dernier.

Lors de son passage devant la Commission, M. Bissonnette savait que Radio-Canada, en tant que diffuseur public, pourrait jouer un rôle dans la relance des six quotidiens.

Invité à dire si ce « rôle » avait évolué depuis son témoignage à l’Assemblée nationale, Michel Bissonnette indique qu’il a déjà « signé une lettre d’engagement » auprès des six coopératives qui veulent reprendre La Tribune de Sherbrooke, La Voix de l’Est de Granby, Le Nouvelliste de Trois-Rivières, Le Droit d’Ottawa, Le Quotidien de Saguenay et Le Soleil de Québec.

« Je suis allé en Commission parlementaire (sur l’avenir des médias) pour dire qu’on voulait faire partie de la solution. Après mon passage, les coopératives nous ont approchés pour nous demander si on était toujours prêt à faire partie de la solution. On a dit oui. Il faut un moment donné que les bottines suivent les babines. On a donc dit oui, mais en précisant qu’il fallait que (ces ententes) se fassent marché par marché. Pour nous, il est clair que les besoins du Quotidien de Saguenay ne sont peut-être pas les mêmes que ceux de La Tribune à Sherbrooke ou ceux du Nouvelliste à Trois-Rivières. D’autant plus que dans chacun de ces marchés, nous avons une station de Radio-Canada. On va donc s’asseoir à un niveau local pour trouver des solutions », a indiqué le vice-président de Radio-Canada.

Formule coopérative

Pour le vice-président de Radio-Canada, le fait que les six journaux de GCM puissent être relancés sous un modèle d’affaires coopératif ne pose aucun problème. « Au contraire, ce qui est important, c’est qu’il y ait une diversité de médias et qu’il y ait une diversité de propriétés des médias, croit Michel Bissonnette. On aura beau avoir des marques différentes, si c’est le même propriétaire qui est derrière, on n’a rien gagné en termes de sources journalistiques. »

Selon lui, il était du ressort de Radio-Canada de tendre la main aux journaux de Groupe Capitales Médias. « De façon très égoïste, on aurait pu se réjouir en disant : six journaux de moins, donc ça va faire plus de monde sur notre site Internet et on va augmenter notre portée. Mais comme citoyen, c’est le pari le plus risqué. Si on devient les seuls capables de faire de l’information, ça ne sera plus de l’information... Et ça ne sera plus une démocratie. »

Pour ce faire, Michel Bissonnette est d’avis que Radio-Canada doit offrir aux six quotidiens la possibilité de conclure des ententes journalistiques et corporatives qui respectent leur modèle d’affaires respectif.

Celles-ci pourraient inclure des enquêtes journalistiques ou encore la mise sur pied de campagne promotionnelle commune.

« Le journalisme d’enquête, c’est ce qui est le plus coûteux à faire. Très souvent la presse écrite s’est retirée du journalisme d’enquête parce qu’elle ne peut pas affecter quelqu’un pendant trois semaines et sans avoir d’articles au bout. Est-ce qu’on peut prendre une ressource chez nous et une ressource dans un des journaux pour mener des enquêtes? Est-ce qu’on peut faire des partenariats sur certains dossiers? Même chose sur le plan événementiel. On pourrait très bien faire comme on a fait avec le débat des chefs durant la dernière campagne électorale. On a assumé les coûts de production, ce qui nous a permis de diffuser le débat sur notre site web et sur celui des journaux de GCM », cite en exemple Michel Bissonnette.

Un modèle « gagnant-gagnant » pourrait aussi voir le jour en publicité, dit-il.

« On pourrait utiliser notre inventaire publicitaire pour soutenir les journaux. On sait qu’acheter de la publicité à la télévision, ça peut coûter cher. Or, on a des périodes de l’année où nous ne sommes pas vendus à 100 %. On pourrait utiliser ces périodes, qui coûtent moins cher, pour aider le modèle d’affaires. »

Michel Bissonnette insiste toutefois sur l’importance de préserver l’indépendance de chacun des médias.

« Il faut que le journalisme pratiqué dans les journaux régionaux et à Radio-Canada demeure un vrai journalisme indépendant. Il ne faut pas que ce soit un simple échange de contenu. Et que sur le plan corporatif, on puisse aussi se soutenir.

« La ligne qui est importante à respecter, c’est : comment on peut aider sans se substituer. Parce que si on se limite à un modèle où les journaux prennent les contenus de Radio-Canada, on met en péril le modèle d’affaires de la Presse canadienne. Et si on arrive là, on n’a rien gagné...».

La présence de Michel Bissonnette à Sherbrooke visait à souligner le 10e anniversaire de Radio-Canada Estrie et à annoncer l’intention du diffuseur public de demander le renouvellement de sa licence auprès du CRTC.