Crédit photo : Spectre média : Jessica GarneauJournaliste : Jonathan CusteauAutocollants racistes sur le Pont Montcalm - Sur le garde-fou noir qui donne vers le lac des Nations.

Autocollants anti-immigration :« Une infime minorité qui essaie de diviser »

S'il se dit désolé de voir que des autocollants anti-immigration sont apparus à Sherbrooke, le directeur général d'Actions interculturelles, Mohamed Soulami, ne croit pas que la majorité des Sherbrookois endossent un tel discours.
« À Sherbrooke et en Estrie, nous nous qualifions comme une bonne terre d'intégration. Nous sommes reconnus à travers le Québec. Je ne le prendrais pas comme étant le reflet de la pensée des Sherbrookois. En général, les gens sont très ouverts et veulent rencontrer des personnes immigrantes pour s'enrichir de leur présence. C'est une infime minorité qui essaie de diviser en faisant valoir ses opinions », dit-il.
Pour M. Soulami, « il faut arriver à faire parler la majorité. Elle reste souvent silencieuse, donc il faut créer des actions. C'est pour ça qu'à la suite de Charlie Hebdo et du vandalisme dans une épicerie halale de Sherbrooke, nous avons tenté de poser des actions positives. C'est le cas du projet Dialogue Plus. »
Annie Godbout, présidente du comité des relations interculturelles de la Ville de Sherbrooke et initiatrice du projet Dialogue Plus d'Actions interculturelles, trouve déplorable la présence des autocollants au centre-ville. « À chacun des événements interpellant les communautés culturelles, il y a un rebond direct à Sherbrooke. À chacun des événements, il y a des propos racistes et c'est un peu malheureux », commente-t-elle, faisant entre autres référence au référendum sur le cimetière musulman à Saint-Apollinaire.
M. Godbout explique que Dialogue Plus fera l'objet d'un plan d'action structuré. « Les principales actions sont issues des jeunes, partout dans la communauté, pour aider à éliminer la discrimination. Les jeunes ne voulaient pas attendre le plan d'action et ils sont déjà en action. »
Elle cite entre autres l'initiative « Regarde-moi », qui demande à deux inconnus de se regarder dans les yeux, en silence, pendant une minute. Cette action permet d'amorcer un dialogue. « Les impacts sont difficiles à mesurer pour le moment. L'objectif de Dialogue Plus est de mener un sondage, de poser des actions pendant trois ans et de refaire un sondage pour voir s'il y a des changements. »
Mohamed Soulami souligne qu'avec Dialogue Plus, on tente de fréquenter tous les milieux, notamment les parcs, les écoles, les fêtes populaires. « Et oui, il faut aussi aller dans les mosquées. La sensibilisation ne se fait pas qu'auprès de la communauté d'accueil. Pour que des liens se tissent, il faut tenir des activités répétées. Le Festival des traditions du monde en est un bon exemple. C'est une occasion de connaître l'autre et d'échanger. »
Dialogue Plus visait huit leaders et une vingtaine de jeunes en actions. Il compte déjà 15 leaders et une soixantaine de jeunes en action.
« La société québécoise s'est construite par l'immigration. La meilleure solution est de s'asseoir et d'écouter l'opinion de chacun pour arriver à une compréhension mutuelle. Plus la majorité va parler, plus ça donnera le ton pour que les groupes minoritaires changent leur façon de voir les choses », ajoute-t-il.
Il se dit heureux des dénonciations nombreuses. « Il faut équilibrer le message, sinon ça demeure uniquement négatif. »
Le conseiller Robert Pouliot a aussi tenu à dénoncer la présence d'autocollants au centre-ville. « Si les citoyens sont témoins d'un geste comme celui-là, il est important d'appeler la police. Si on peut prendre des photos, ce sont des preuves qui peuvent aider à faire cesser ces pratiques. »
La Société nationale de l'Estrie (SNE) s'est quant à elle prononcée dans un communiqué, qualifiant les gestes posés et les explications pour les justifier d'inacceptables.
Le SPS ne tolérera aucun geste raciste
Le Service de police de Sherbrooke (SPS) ne tolérera aucun comportement raciste, homophobe ou incitant à adopter des positions haineuses. C'est le message qu'il a voulu véhiculer, jeudi, ajoutant qu'aucune enquête n'a été ouverte dans le dossier des autocollants anti-immigration observés à Sherbrooke.
« Face aux autocollants ayant été apposés dans certains endroits publics récemment, le SPS a pris immédiatement action auprès des autres services municipaux afin de les répertorier sur l'ensemble du territoire et de les faire retirer dans les meilleurs délais. Pour l'instant, il n'y a pas d'enquête et aucun constat d'infraction ne sera émis. Toutefois, nous continuons de surveiller la situation de près », écrit-il dans un communiqué.
« La position du SPS est ferme : nous ne tolérons pas les comportements, les propos et les affichages racistes, homophobes, humiliants ou liés à toutes formes de haine de même que les gestes, propos ou affichages qui pourraient inciter à adopter de telles positions haineuses. »
Le SPS invite les gens témoins de propos, de comportements ou d'affichages publics haineux à les dénoncer au 819 821-5555.