Christine Nadeau-Cloutier, qu’on voit ici avec son bébé Steyvens, a participé au programme de recherche Ferti-Santé proposé par le chercheur Jean-Patrice Baillargeon, endocrinologue au Centre de recherche du CIUSSS de l’Estrie–CHUS.

Augmenter sa fertilité naturellement

Le programme Ferti-Santé, mis en place à la clinique de fertilité de l’Hôpital Fleurimont du CIUSSS de l’Estrie–CHUS, a permis d’augmenter le taux de grossesse de 50 pour cent chez un groupe de femmes souffrant d’embonpoint, et ce, sans recours à la médication dans plus de la moitié des cas.

C’est ce qu’a rapporté le Dr Jean-Patrice Baillargeon, endocrinologue au CIUSSS de l’Estrie–CHUS et professeur-chercheur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke et au Centre de recherche du CHUS.

Son programme d’adoption de saines habitudes de vie est proposé comme une solution efficace et à moindre coût pour améliorer la fertilité des femmes obèses. Le programme d’intervention se concentre sur l’alimentation, l’activité physique et les aspects psychologiques. Il augmente les chances de grossesses naturelles, sans recours à des traitements coûteux, et contribue à diminuer les complications durant la grossesse et à la naissance, explique le chercheur.

Il n’existe aucun autre programme de ce genre intégré à une clinique de fertilité au Canada, poursuit-il.

L’infertilité touche 15 pour cent des couples au Canada. Aussi, le quart des Canadiennes en âge de procréer sont en surpoids et 19 pour cent sont obèses. « L’obésité peut affecter l’ovulation, les menstruations, la résistance à l’insuline et d’autres facteurs qui influent sur le cycle de reproduction. Le risque d’infertilité est augmenté de 78 pour cent chez les femmes obèses et de 27 pour cent chez les femmes en surpoids par rapport à celles qui ont un poids normal », explique le Dr Jean-Patrice Baillargeon.

Le Dr Baillargeon a démontré que des niveaux élevés de gras et leurs produits de dégradation dans l’ovaire étaient associés à plus d’hormones mâles et une moins bonne fertilité. Le phénomène touche environ une jeune femme sur 12. De plus, c’est la cause la plus fréquente d’infertilité et d’excès d’hormones mâles chez les femmes. Le Dr Baillargeon étudie aussi les meilleures approches pour soutenir les soins primaires et les cliniques de fertilité dans la prise en charge de l’obésité.

On a demandé à 130 femmes obèses qui fréquentent la clinique de fertilité de se soumettre à la recherche. Chez les femmes ayant suivi le programme Ferti-Santé, le taux de grossesses est de 62 pour cent, alors que chez les autres ce taux est de 41 pour cent.
On peut économiser plusieurs dizaines de milliers de dollars en n’ayant pas recours au protocole de soin standard en fertilité, souligne M. Baillargeon.

« Une belle grossesse »

Christine Nadeau-Cloutier, nouvelle maman s’étant portée volontaire pour le programme de recherche, a donné naissance à un garçon en pleine santé. La femme qui aura bientôt 40 ans dit avoir essayé longtemps avant de donner naissance au petit Steyvens.

« Nous l’appelons notre petit miracle… J’ai changé mes habitudes de vie et j’ai finalement eu mon petit garçon. J’ai changé de petites choses. Au lieu de manger trois assiettes, je n’en prends qu’une et je me sens quand même rassasiée au repas », témoigne-t-elle.

« Mon conjoint m’a appuyée. Aujourd’hui, je me sens mieux. J’ai perdu 20 livres. Je n’ai jamais eu le poids que j’ai présentement. J’ai connu une belle grossesse. »

Ces résultats ont permis au Dr Baillargeon d’obtenir une subvention de 760 000 $ des Instituts de recherche en santé du Canada pour évaluer ce même programme d’intervention dans huit cliniques de fertilité au Canada.

« Ce qui me passionne dans mon rôle de clinicien-chercheur, c’est d’abord les questions qui me viennent de mon expérience en clinique, avec mes patientes. Ce sont mes patientes qui me nourrissent d’idées de recherche au départ », commente-t-il.

« J’ai ensuite l’opportunité et les moyens d’y répondre avec les méthodes les plus appropriées. Je suis choyé de pouvoir travailler avec des personnes extraordinaires : des patientes qui me font confiance, des volontaires de recherche généreux de leur temps, des professionnels de recherche compétents et dédiés, des étudiants allumés et des collaborateurs aux vastes expertises. C’est grâce à eux que mes projets de recherche se réalisent. »