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Alan Barnes
Alan Barnes

Attaque de chiens à Potton : Alan Barnes plaide coupable

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
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Le propriétaire des trois chiens qui ont déchiqueté des membres de la joggeuse Dominique Alain, à Potton en mars 2019, a reconnu ses torts devant le tribunal.

Alan Barnes a plaidé coupable mercredi à l’accusation de négligence criminelle ayant causé des lésions qui pesait contre lui. Portant barbe et cheveux longs ainsi que des pantalons de type camouflage, l’homme de 60 ans ne s’est pas exprimé, sauf pour acquiescer à son plaidoyer.

De façon commune, les avocats au dossier ont suggéré une peine de six mois moins un jour de prison assortie d’une probation de trois ans et de 240 heures de travaux communautaires. Ils proposent aussi qu’on interdise à l’accusé de posséder un chien pour le reste de sa vie.


« Ce qui m’est arrivé ne doit pas être oublié. Les propriétaires de chiens dangereux doivent comprendre que c’est comme avoir une arme chargée.  »
La victime Dominique Alain
Dominique Alain avait eu les muscles et tendons de ses deux bras et deux jambes dévorés par les molosses de M. Barnes en mars 2019.

Une peine qui « peut, à sa face même, paraître clémente », a indiqué l’avocat de l’accusé, Me Jocelyn Grenon. « Mais on n’a pas de barème au Québec pour ce genre de dossier. » Le plaidoyer enregistré par son client permet par ailleurs d’éviter un procès.

« On a tenu compte des jugements récents et des antécédents judiciaires de M. Barnes », a dit Me Élise Côté-Lebrun, du ministère public. L’homme a été accusé de menaces par le passé. 

Le nombre maximum d’heures de travaux communautaires imposé équivaut de plus à six mois de détention, a-t-elle ajouté. La peine suggérée assure ainsi une dénonciation « tant collective que spécifique ».

« C’est important d’envoyer un message de dénonciation clair à d’autres propriétaires » de chiens potentiellement dangereux, a dit Me Côté-Lebrun. « On a aussi tenu compte du très grand impact qu’a eu l’infraction sur la victime. »

« C’est comme avoir une arme chargée »

Celle-ci a tenu à lire une lettre qu’elle avait écrite pour l’occasion. « Ce qui m’est arrivé ne doit pas être oublié, a dit Dominique Alain. Les propriétaires de chiens dangereux doivent comprendre que c’est comme avoir une arme chargée. »

Le soir du 29 mars 2019, à son deuxième passage devant la maison de M. Barnes située chemin de l’Aéroport, la femme aujourd’hui âgée de 57 ans s’est fait attaquer par trois chiens de l’accusé. Elle s’est sentie « comme un chevreuil qu’une meute de loups attaque », a résumé MCôté-Lebrun.

Ils ont arraché les muscles, tendons et nerfs de ses bras et ses jambes, des blessures qui ont nécessité que la victime soit plongée dans un coma artificiel pour supporter les 12 opérations chirurgicales qui ont suivi. Elle est restée trois mois aux soins intensifs et doit encore aujourd’hui suivre des traitements de physiothérapie, d’ergothérapie et de psychologie.

Une chirurgie supplémentaire récente a aussi été nécessaire. Les chiens ont de leur côté été euthanasiés. « Ma vie a été changée pour toujours, a dit la femme d’affaires. Je dois faire le deuil de ce que j’étais. »

La douleur est permanente et elle ne peut plus faire de sport impliquant trop d’impacts comme la course, le ski alpin ou le vélo de montagne.

« Lorsque M. Barnes aura terminé ses quelques mois d’emprisonnement, sa vie reviendra à la normale. Moi, je devrai vivre avec des douleurs chroniques et psychologiques toute ma vie. »

La victime Dominique Alain a livré un témoignage émotif en Cour supérieure, mercredi matin.

« C’est quelque chose de se faire dévorer vivante »

Questionnée à sa sortie de la salle d’audience F du palais de justice de Granby, Dominique Alain a dit approuver la sentence proposée par les avocats dans ce dossier.

« On ne se réhabilite pas en prison, a-t-elle dit, et les travaux communautaires sont importants pour redonner à la communauté. Il lui doit quelque chose, civilement. » Elle a apprécié qu’Alan Barnes ait plaidé coupable. Cela démontre, à son avis, « une sensibilité à sa responsabilité ».

Elle reproche toutefois à la municipalité de Potton d’avoir ignoré les nombreuses plaintes reçues avant l’événement au sujet des chiens de M. Barnes. « C’était connu. »

Mme Alain a finalement remercié ses proches ainsi que les nombreux inconnus qui lui ont apporté du soutien. « Sans eux, je ne serais pas ici aujourd’hui. Tu ne peux pas vivre ça seul. C’est quelque chose de se faire dévorer vivante. »

Le juge Charles Ouellet, de la Cour supérieure, doit décider jeudi s’il accepte ou refuse la suggestion des avocats quant à la sentence à imposer à l’accusé.