Claude Belleau : « Pour une raison aussi banale que celle-là, ce n’est pas souvent qu’on a vu ça. C’est un coup politique. »

Arabie saoudite : les relations devraient perdurer

Le renvoi à Ottawa de l’ambassadeur du Canada installé en Arabie saoudite est le fruit d’une réaction épidermique des dirigeants, selon l’ancien diplomate Claude Belleau. Même si l’impact négatif se limite au déplacement des étudiants saoudiens pour le moment, M. Belleau assure que les relations entre les deux pays continueront de vivre.

Claude Belleau a été diplomate à l’Organisation des Nations unies (ONU) durant plus de quinze ans. Même s’il n’était pas lui-même attaché à un pays, M. Belleau a travaillé de près avec les ambassadeurs, lorsqu’il était notamment établi en Arménie.

Joint par La Tribune, il a été questionné sur les conséquences que peut entrainer l’absence d’un ambassadeur diplomate du Canada en Arabie saoudite.


«  C’est étrange qu’ils aient réagi aussi violemment qu’ils l’ont fait parce qu’on le dit depuis des années.  »
Claude Belleau

D’entrée de jeu, il est important de mentionner qu’un diplomate à l’étranger existe pour établir le lien avec le pays d’accueil, rappelle-t-il.

« Il est les oreilles, les yeux de son pays. C’est une façon de comprendre la nature exacte du pays avec lequel on est en relations », explique M. Belleau.

L’ambassadeur diplomate présente des lettres d’attestation officielle envoyées par son chef d’état canadien. Tous les communiqués, les messages ou informations qu’il partage sont les décisions et les mots de l’ambassade de son pays.

« On ne s’ingère pas dans la politique interne du pays dans lequel on est en poste, ajoute M. Belleau. On est informés, on comprend ce qui se passe, mais on met une ligne et on ne s’implique pas dans les conflits locaux. L’ambassadeur lui-même ne peut pas décider quoi que ce soit parce qu’il représente les politiques du gouvernement canadien. Il en est le porte-parole dans un pays autre. »

Ce faisant, les relations diplomatiques entre le Canada et l’Arabie saoudite existent depuis longtemps. Les commentaires émis sur le droit des femmes dans les récents communiqués qui ont poussé le renvoi du diplomate canadien ne sont pas les premiers, et certainement pas les pires. « Ce sont des réactions épidermiques de dirigeants un peu autoritaires qui ont été chatouilleux de commentaires qui ont déjà été faits d’ailleurs. C’est étrange qu’ils aient réagi aussi violemment qu’ils l’ont fait parce qu’on le dit depuis des années. »

En effet, M. Belleau soutient que le Canada n’est pas le premier pays à défendre le droit de la personne publiquement. « Ce n’est pas dans les conventions habituelles qu’on va demander à un ambassadeur de partir parce que le ministère des Affaires étrangères a publié un communiqué critiquant légèrement les droits de la personne dans un pays comme l’Arabie saoudite. »

Dans ce cas-ci, plus traditionnellement, Claude Belleau explique que l’ambassadeur aurait été appelé par le ministre des Affaires étrangères saoudien et ils auraient discuté des propos émis, de façon très cordiale. « Les échanges diplomatiques se passent toujours dans un contexte cordial et de façon respectueuse. »

Un ambassadeur peut être chassé du pays s’il a fait des choses hors champ ou même des crimes, ce qui est déjà arrivé dans le passé. « Pour une raison aussi banale que celle-là, ce n’est pas souvent qu’on a vu ça. C’est un coup politique », ajoute M. Belleau.

Dialogue maintenu

Il ne faut pas penser que le renvoi de l’ambassadeur signifie la fin des communications entre les deux pays. « En réalité, par expérience, ça ne changera pas beaucoup de choses. Quand l’ambassadeur part, il y a quelqu’un qui devient responsable des liens avec le pays hôte. Les liens continuent à se faire entre l’ambassade et le gouvernement saoudien, même si quelqu’un a perdu patience et a fait un coup d’éclat. Il va continuer à y avoir un dialogue », croit M. Belleau.

L’ancien diplomate doute que cette situation dure plusieurs années. « Il n’y a personne qui gagne là-dedans. »

Il mentionne aussi que le travail en Arabie saoudite a toujours été plus difficile et compliqué pour les diplomates canadiens et occidentaux. Les mœurs et la religion étant très différentes de celles du Canada ou de l’Europe.