Dans tous les pays où il a œuvré depuis qu’il travaille sous contrat avec la Croix-Rouge canadienne, Patrick Raymond a fait face au choléra, à l’Ebola, à la peste, des maladies beaucoup plus dangereuses que la COVID-19. Il était donc armé pour faire face à cette nouvelle maladie apparue l’hiver dernier en Chine.
Dans tous les pays où il a œuvré depuis qu’il travaille sous contrat avec la Croix-Rouge canadienne, Patrick Raymond a fait face au choléra, à l’Ebola, à la peste, des maladies beaucoup plus dangereuses que la COVID-19. Il était donc armé pour faire face à cette nouvelle maladie apparue l’hiver dernier en Chine.

Après Haïti, la Somalie, la Jordanie… et Montréal

Le travailleur humanitaire de la Croix-Rouge Patrick Raymond a œuvré dans de nombreux pays du monde pour aider des peuples à faire face à des épidémies ou à des catastrophes naturelles : Angola, Tchad, Mozambique, Haïti, Jordanie, Népal, Allemagne, Tanzanie, Somalie, République démocratique du Congo… En avril dernier, le téléphone a sonné pour une nouvelle mission de la Croix-Rouge, bien spéciale celle-là : on avait besoin d’aide de façon criante dans les CHSLD de Montréal.

C’est depuis 2011 que Patrick Raymond travaille pour la Croix-Rouge quand celle-ci a des besoins çà et là dans le monde.

Dans un contexte de pandémie, il n’était pas surprenant que la Croix-Rouge fasse appel à ses services. D’ailleurs, c’est très tôt dans la crise que Patrick Raymond a dû se jeter dans la mêlée pour prévenir la propagation de la maladie.

Il s’est rendu à Tokyo en février pour donner un coup de main à l’ambassade canadienne du Japon. « Quelques-uns des 251 Canadiens à bord du bateau de croisière Diamond Princess avaient contracté la COVID-19. C’était le premier bateau de croisière affecté par le coronavirus », se rappelle M. Raymond.

Il fallait trouver le moyen de les ramener au Canada en sécurité. En tant que chef de l’Équipe de réponse aux urgences de la Croix-Rouge canadienne, c’était là une mission à la hauteur du travailleur humanitaire sherbrookois.

Après un mois passé au Japon, Patrick Raymond a dû s’astreindre à une quarantaine de deux semaines dans un hôtel à son retour, loin des siens.

« Je suis ensuite revenu à la maison avec ma famille pendant quatre semaines, tout en travaillant comme infirmier à l’urgence de l’Hôpital Fleurimont », rapporte le Sherbrookois.

Court répit

Le répit n’a pas été long. Cette fois, on ne lui demandait pas d’aller lutter contre l’Ebola dans un pays africain ni d’aller prêter main-forte dans un camp de réfugiés ou dans un pays ravagé par un désastre naturel. Non. On lui demandait plutôt de venir coordonner les efforts pour lutter contre la COVID-19 dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) de Montréal.

À Montréal, à deux petites heures de voiture de la maison!

L’appel avait de quoi surprendre. Mais il savait déjà que la situation était particulièrement difficile dans la région métropolitaine et que les éclosions du coronavirus empiraient de jour en jour. Plusieurs CHSLD étaient en état de crise.

« C’était la deuxième fois qu’on m’appelait pour une mission au Québec », souligne-t-il.

La première fois était à Saint-Bernard-de-Lacolle dans les camps où l’on réunissait des réfugiés qui traversaient illégalement la frontière américaine vers le Québec.

Cette fois, à Montréal, l’équipe de la Croix-Rouge dont fait partie Patrick Raymond avait pour mission de venir donner un coup de main aux équipes en place dans les CHSLD afin de freiner la propagation du contagieux coronavirus. L’infirmier de formation y occupe un rôle de conseiller en santé publique en tant qu’expert des mesures pour le contrôle et la prévention des infections.

« En équipe de deux, nous allons faire des évaluations dans les CHSLD ou dans les résidences privées pour aînés (RPA) pour voir ce qui peut être mis en place pour la protection du personnel et des patients, pour le contrôle et la prévention des infections », indique-t-il.

« On pense souvent aux soins, mais il n’y a pas que ça dans un CHSLD. Il y a aussi d’autres services autour, comme tout le service alimentaire, de la réception de la nourriture jusqu’au retour des plateaux après les repas, l’entretien ménager, le matériel qui peut être utilisé sur plus qu’un étage… » cite en exemples M. Raymond.

Alors que le personnel de soins était totalement débordé quand certaines éclosions étaient hors de contrôle, le personnel de la Croix-Rouge est venu aider de façon très concrète. « C’est tangible, ce que l’on fait! Par exemple, on va aller à l’entrée d’une zone rouge et nous allons faire du taping (apposer des rubans adhésifs de couleur) pour bien délimiter les zones, mettre des affiches, installer des stations d’habillage et de déshabillage », illustre-t-il.

« Grand dévouement »

Comme coordonnateur de cette équipe sur le terrain, Patrick Raymond a quand même visité quelques établissements en grandes difficultés. Ce qui l’a le plus marqué, c’est le grand dévouement du personnel de la santé qui faisait face à un manque de personnel jamais vu et à une situation que personne n’avait jamais affrontée dans leurs CHSLD respectifs.

« Quand on voit le personnel travailler comme ça, parfois même au péril de leur propre sécurité, on ne peut pas faire autrement que de leur lever notre chapeau. Le personnel de la santé a aussi fait preuve d’une grande ouverture à notre présence. La Croix-Rouge est arrivée en disant : qu’est-ce qu’on peut faire pour vous aider? Et le personnel a répondu. Tout le monde était content de nous voir », se souvient-il.

M. Raymond est satisfait du travail qui a été accompli dans les installations qui ont été visitées depuis qu’il est en poste à Montréal le 26 avril. En tout, la Croix-Rouge canadienne a visité une cinquantaine d’établissements. Encore une quarantaine sont sur la liste d’attente, mais la plupart de ceux-ci « ne sont plus en crise », mentionne Pascal Mathieu, vice-président Québec pour la Croix-Rouge canadienne.

Dans tous les pays où il a œuvré depuis qu’il travaille sous contrat avec la Croix-Rouge canadienne, Patrick Raymond a fait face au choléra, à l’Ebola, à la peste, des maladies beaucoup plus dangereuses que la COVID-19. Il était donc armé pour faire face à cette nouvelle maladie apparue l’hiver dernier en Chine. « La COVID se propage beaucoup plus facilement que d’autres maladies », ajoute le Sherbrookois.

Quand il quittera Montréal vers le 20 juin, ce sera avec le sentiment du devoir accompli. Encore une fois. Il entend bien profiter de l’été en compagnie de sa conjointe et de ses jumeaux de 10 ans.

Et il regagnera la salle d’urgence de l’Hôpital Fleurimont en attendant qu’une autre crise se dessine, ici ou ailleurs dans le monde, prêt à refaire ses valises de travailleur humanitaire sur cette grande planète bleue.