Une mine d'or au Burkina Faso.

Après Édith Blais, un autre Canadien enlevé au Burkina Faso

Un Canadien a été enlevé dans le nord du Burkina Faso, mardi soir, lors d’une attaque dans un site minier de Tiabongou, près de la frontière avec le Niger. L’homme en question, Kirk Woodman, originaire d’Halifax, est vice-président de l’exploration de la minière canadienne Progress Minerals Inc. Ce deuxième enlèvement en quelques semaines, après le kidnapping présumé de la Sherbrookoise Édith Blais, exerce une pression importante sur le gouvernement canadien, estime le professeur de l’Université de Sherbrooke David Morin.

Interrogée sur le sujet mercredi midi, la ministre du Développement international Marie-Claude Bibeau rappelait qu’il est recommandé d’éviter les voyages non essentiels au Burkina Faso. « Peu importe où les Canadiens veulent voyager, je les encourage à visiter le site d’Affaires mondiales Canada qui donne des avis et qui dit si le pays est sécuritaire et quelles sont les précautions à prendre. Dans le cas du Burkina Faso, c’est clairement écrit de limiter les voyages.

« Je comprends que c’est un travailleur dans ce cas-là. Habituellement, les entreprises qui sont implantées là-bas connaissent leur environnement, ont des mesures de protection pour leur personnel. Je n’ai pas les détails de ce cas-là. On prend cette situation au sérieux, c’est clair. Il faut être prudent. Je suis certaine qu’Affaires mondiales Canada regarde tout ce qu’on peut faire pour l’aider. »

Interrogée sur les efforts déployés pour retrouver Édith Blais, Mme Bibeau s’est montrée prudente. « Pour les dossiers qui pourraient être des enlèvements, ça demande une certaine discrétion, mais je peux vous assurer que nous prenons ça extrêmement au sérieux. Affaires mondiales Canada suit le dossier avec tous nos partenaires au Canada et sur la scène internationale pour retrouver les Canadiens qui ont été portés disparus. »

Elle confirmait également qu’une rencontre pourrait être organisée entre le ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et la famille d’Édith Blais. « C’est quelque chose dont on discute en ce moment, j’espère que les agendas vont réussir à s’arrimer. Ce n’est pas encore confirmé. »

David Morin, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent, estime que le nouvel enlèvement au Burkina Faso braque les projecteurs sur le gouvernement canadien, qui n’aura pas le choix de faire appel à ses alliés.

« Oui, ça mettra davantage de pression sur le gouvernement, surtout que ça se passe encore au Burkina Faso. Ça justifiera qu’on mette de la pression sur le réseau d’alliés du Canada au Burkina Faso. Notre empreinte y est assez faible. Notre ambassade y est plutôt petite. Nous sommes davantage présents au Mali. Ce sont entre autres nos relations avec la France et les États-Unis qui pourront être utiles. Sans pression politique, les dossiers n’avanceront pas. »

David Morin, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent, estime que le nouvel enlèvement au Burkina Faso braque les projecteurs sur le gouvernement canadien, qui n’aura pas le choix de faire appel à ses alliés.

M. Morin fait entre autres référence à la force spéciale française présente à Ouagadougou. « Je n’imagine pas que le gouvernement n’est pas en contact avec le gouvernement français. »

Il faudra donc intensifier l’action politique du Canada auprès des partenaires. Que l’Italie recherche aussi un de ses ressortissants, Luca Tacchetto, le copain d’Édith Blais, offre une porte d’entrée pour des liens avec l’Union européenne. « Le fait de combiner deux nationalités ne peut faire que du bien. Le Canada devra réfléchir à une politique claire pour renforcer les liens dans ces régions, surtout qu’il a probablement moins d’expérience que d’autres pays pour des situations de prises d’otages dans les pays concernés. »

David Morin ajoute que les ravisseurs de Kirk Woodman et d’Édith Blais pourraient appartenir à des groupes différents et que les méthodes de négociation pourraient être différentes.

Doit-on s’inquiéter qu’aucune revendication de rançon n’ait été rendue publique pour la libération d’Édith Blais, un mois après ses derniers contacts avec sa famille? Pas nécessairement. « Évidemment, si demain il y avait une demande de rançon, elle ne serait pas discutée sur la place publique. Il arrive que les demandes de rançon mettent du temps à arriver parce que les ravisseurs déplacent les otages. »

David Morin indique qu’il est nécessaire de maintenir la pression sur le gouvernement canadien pour qu’il rende des comptes sur ses actions, sans pour autant divulguer de l’information qui pourrait nuire à la libération des otages.

Le Burkina Faso a récemment déclaré un état d’urgence dans la région de l’enlèvement survenue mardi, en raison d’une recrudescence des attaques islamistes, surtout près de la frontière avec le Niger et le Mali. Avec les informations de La Presse Canadienne