Les porte-parole de l’Association des locataires de Sherbrooke et du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Alain Roy et Marie-José Corriveau, ont dressé un portrait préoccupant de la situation des locataires à Sherbrooke.

Appel pour 1500 logements sociaux

Alors que le taux d’inoccupation a chuté sous le seuil d’équilibre en 2018 à Sherbrooke et qu’un ménage locataire sur trois consacre plus de 30 % de ses revenus pour se loger, l’Association des locataires de Sherbrooke lance un cri d’alarme.

Il faudrait construire 1500 logements sociaux à Sherbrooke, au rythme de 300 par année pendant cinq ans, pour répondre à la demande.

« On veut un plan de cinq ans, martèle le porte-parole de l’Association, Alain Roy. Actuellement il se construit en moyenne 100 unités par année quand le fédéral, le provincial et le municipal collaborent. On s’entend qu’il en manque 200. Et le chiffre de 300 n’est pas magique. C’est un besoin à cause des listes d’attente, à cause des gens qui continuent de payer trop cher pour se loger et qui trop souvent se retrouvent à la rue parce qu’ils n’en peuvent plus. » 

À quelques semaines du dépôt des budgets fédéral et provincial, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et l’Association des locataires s’appuient sur des données du recensement de 2016 pour réclamer des ministres des Finances Bill Morneau et Éric Girard « des investissements ambitieux pour le logement social ».

Porte-parole du FRAPRU, Marie-José Corriveau souligne que le gouvernement Trudeau n’a toujours pas dépensé l’essentiel des 40 milliards $ promis dans sa Stratégie nationale sur le logement.

« Ce sera à surveiller dans le prochain budget, s’il va respecter son engagement, parce qu’avec les élections à l’automne, s’il ne le fait pas maintenant, ça voudra dire que sa stratégie n’aura été que du bla-bla », prévient-elle.

« Quand il est passé dans la région le 15 janvier dernier, le ministre Duclos [NDLR Jean-Yves Duclos, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social] a promis que ces investissements seraient faits dès ce printemps; on compte sur lui pour que ce soit fait », insiste Alain Roy.

« Le Québec en a les moyens »

Au provincial, le FRAPRU évalue à quelque 14 000 le nombre de logements sociaux promis par le gouvernement de Philippe Couillard qui n’ont pas encore été bâtis, entre autres parce que les paramètres financiers du programme AccèsLogis du Québec n’ont pas été ajustés depuis 10 ans, dénonce l’organisme provincial. 

« Le gouvernement de la CAQ (Coalition avenir Québec) a promis de mettre l’argent nécessaire pour livrer ces unités de logement. On lui dit parfait, il faut que ça aboutisse, mais ça ne pourra pas s’arrêter là. Avec la pénurie de logements qui se profile à l’horizon et l’ampleur des besoins au Québec, il faut absolument poursuivre le développement. Et le Québec en a les moyens [...] », analyse Mme Corriveau.

Selon les données présentées mardi matin, les locataires de Sherbrooke sont parmi les plus pauvres au Québec avec un revenu médian inférieur de 3685 $ à celui de l’ensemble des locataires du Québec. 

Les 15 à 24 ans, les 75 ans et plus et les personnes seules sont particulièrement « mal pris ». Dans le cas des 75 ans et plus, par exemple, on observe que près de 51 % d’entre eux dépassent la norme de 30 % de leur revenu pour se loger.

Les familles immigrantes sont également dans l’embarras, note l’Association des locataires, parce qu’elles sont proportionnellement beaucoup plus nombreuses à vivre dans des logements trop petits, qui les forcent parfois même à se payer deux logements pour abriter tout leur monde.

« Investir dans le développement de logements sociaux, c’est la solution la plus durable pour régler les problèmes de logement, insiste Mme Corriveau. Parce que les gens dont on parle aujourd’hui, qui sont mal logés, sont des gens qui n’auront jamais accès à la propriété (...). Dans ce contexte-là, il ne faut pas les laisser entre les mains de propriétaires privés qui ont une attitude très mercantile. On se le cachera pas, les gens investissent dans le logement pour faire de l’argent. Et ça se fait au détriment du droit au logement des ménages les plus vulnérables. Alors pour les mettre à l’abri des hausses abusives de loyer, des mauvaises conditions de logement et des reprises de possession, le gouvernement doit investir dans le logement social. »

Le FRAPRU et l’Association des locataires promettent de talonner les gouvernements. Ils feront du bruit à Montréal le 7 février avec une manifestation nationale pour rappeler au gouvernement Trudeau ses engagements.

+ Un œil sur Well Sud

L’Association des locataires de Sherbrooke garde à l’œil le développement du Quartier Well Sud. Alors que trois propositions ont été reçues pour cette zone prioritaire du centre-ville, le porte-parole Alain Roy répète que les gens du quartier ne veulent pas en être exclus. 

« Avec la revitalisation des centres-ville dans plusieurs autres villes, on a construit du condo et on a construit du logement beaucoup trop cher pour les gens à faible revenu. Mais si les gens quittent la Wellington Sud, ce sera pour aller où? Notre revendication, c’est qu’au centre-ville, dans le projet Well Sud, il y ait un centre de jour pour les personnes à risque d’itinérance et du logement social pour les personnes seules particulièrement, parce que cette catégorie de gens paie beaucoup trop actuellement pour se loger. » 

Alors que la Ville de Sherbrooke doit dévoiler d’ici la mi-avril le projet retenu, M. Roy précise que son Association entend revenir à la charge pour défendre son point de vue. « Il y avait eu des engagements lors de la campagne électorale mais actuellement, au niveau de la Ville, on n’entend plus parler de cette dimension-là. Pour nous c’est important que le quartier ne vive pas une gentrification. Il faut garder de la place pour le logement social et la dimension communautaire. »