L’anxiété et la dépression touchent un grand nombre de personnes au Québec: un adulte sur cinq aurait eu « des symptômes compatibles avec un trouble d’anxiété généralisée ou une dépression majeure » au cours des deux dernières semaines, selon une enquête menée par l’Université de Sherbrooke.
L’anxiété et la dépression touchent un grand nombre de personnes au Québec: un adulte sur cinq aurait eu « des symptômes compatibles avec un trouble d’anxiété généralisée ou une dépression majeure » au cours des deux dernières semaines, selon une enquête menée par l’Université de Sherbrooke.

Anxiété et dépression : une catastrophe en vue

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
L’anxiété et la dépression touchent un grand nombre de personnes au Québec: un adulte sur cinq aurait eu « des symptômes compatibles avec un trouble d’anxiété généralisée ou une dépression majeure » au cours des deux dernières semaines, selon une enquête menée par l’Université de Sherbrooke. Trois groupes de population sont plus touchés : les jeunes adultes, plus particulièrement ceux entre 18 et 24 ans, les anglophones et le personnel du milieu de la santé. Les données s’apparentent à ce qui a pu être observé dans la communauté de Fort McMurray, six mois après les feux de forêt de 2016.

Une enquête web a été menée par la firme Léger auprès d’un peu plus de 6000 adultes, du 4 au 14 septembre. Au total, ce sont sept directions régionales de santé publique qui ont souhaité obtenir un portrait de la situation actuelle ainsi que des recommandations adaptées à leurs réalités régionales. Il s’agit de l’Estrie, de la Mauricie-Centre du Québec, Montréal, Laval, Lanaudière, Laurentides et Montérégie.

« À Fort McMurray, on avait un pourcentage de gens qui rapportaient des symptômes d’anxiété et de dépression. C’était pour une communauté plus petite. Là, c’est à l’échelle de sept régions du Québec. Je ne peux pas extrapoler pour tout le Québec, mais on peut penser que le reste du Québec n’est pas exempt de ça. C’est inquiétant. C’est comme si on est en train de dire que les Québécois vivent le stress de l’ampleur de ce que les gens de Fort McMurray ont pu vivre. On peut parler avec le mot catastrophe. Une pandémie, c’est une catastrophe bien particulière, parce qu’elle s’étire dans le temps. Le stress n’est pas seulement aigu, il s’étire dans le temps... Mais en termes de parallèles, il y en a beaucoup qu’on peut faire comme celle de Fort McMurray », commente la Dre Mélissa Généreux, professeure et chercheuse à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. 

En zone urbaine, en particulier à Montréal, un adulte sur 4 aurait eu des symptômes d’anxiété ou de dépression au cours de cette même période. 

Les deux régions les plus touchées en termes d’anxiété et de dépression sont celles de Montréal et de Laval, où on dénombre le plus de cas par 1000 habitants rapportés. Ce n’est pas ce seul facteur qui explique ces données, cependant, note Dre Généreux. 

« Je ne peux pas extrapoler pour tout le Québec, mais on peut penser que le reste du Québec n’est pas exempt de ça », commente la Dre Mélissa Généreux, professeure et chercheuse à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke.

Plus à risque

Le personnel de la santé est plus à risque de « ressentir l’impact psychosocial de la pandémie » et les symptômes dépressifs (24,5 %) sont particulièrement fréquents chez ce groupe, apprend-on. « Il y a un cumul de facteurs (qui expliquent cela). Ils ont été les gens au front depuis le début, il peut y avoir de l’épuisement », note Dre Généreux. Or, ces travailleurs sont aussi victimes de stigmatisation. 

« D’un côté, on les traite de super héros, mais tout le monde n’est pas à l’aise de les fréquenter... Il faut agir par rapport à ça. On a besoin de ces gens-là. On doit s’assurer de leur bien-être. »

« On découvre que 37 % des adultes de 18 à 24 ans rapportent des symptômes anxieux ou dépressifs dans les deux dernières semaines. C’est troublant de voir qu’une portion significative de nos jeunes se porte mal. Il est tout aussi marquant de constater que les personnes anglophones ont un risque deux fois plus élevé que les francophones de présenter des symptômes anxieux ou dépressifs », explique la Dre Mélissa Généreux.

Les personnes anglophones partagent plusieurs caractéristiques que l’on retrouve chez les jeunes. « Ce sont deux groupes de population qui ont plus de méfiance envers les autorités, les experts en santé. Clairement, le niveau de méfiance est plus élevé, autant chez les jeunes adultes que les anglophones. » 

Les deux groupes sont plus nombreux à consulter internet, les médias sociaux ou encore l’entourage; ils sont moins nombreux à consulter les médias traditionnels. 

« En étant plus méfiants et en ne s’informant pas des mêmes sources, ils ont un niveau de fausses croyances plus élevées. (...) On a calculé un score de fausses croyances ou de croyances erronées (qui ne font pas l’objet d’un consensus scientifique et qui sont considérées comme fausses). Et les gens qui ont beaucoup de fausses croyances sont davantage les jeunes, les anglophones, et ces gens-là sont ceux qui vont finir ultimement par souffrir plus d’anxiété et de dépression. »