La souveraineté a pris beaucoup d'espace dans la campagne cette semaine, notamment lors du débat des chefs présenté jeudi.

Analyse : mi-campagne et revirement de situation

La mi-campagne a été marquée par un revirement de situation, alors que le Parti québécois s'est fait devancer dans les sondages par les libéraux. Les dernières données indiquent que le PLQ domine avec 37% des intentions de vote, suivi par le PQ à 32%, la Coalition Avenir Québec à 16% et Québec solidaire à 12%.
<p>Isabelle Lacroix</p>
«Au cours des mois qui avaient précédé [les élections], ce n'était pas du tout ça. Le PQ semblait de plus en plus confortable dans son avance, et certains analystes disaient même qu'un gouvernement majoritaire était accessible», remarque Isabelle Lacroix, professeure à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.
Évidemment, un tel changement provoque des effets bien différents sur les partis. «Du côté des libéraux, ç'a un impact très galvanisant. C'est porteur pour le militantisme, pour les bénévoles, pour les électeurs», affirme Mme Lacroix.
Pour les autres partis, l'effet est plutôt inverse, tout particulièrement chez la CAQ, qui s'est énormément rapprochée à un certain moment de Québec solidaire - «qui est considéré comme un parti marginal» - en obtenant 13 % des intentions de vote contre 10 % pour QS. «Ça peut amener quelque chose qui s'approche d'une certaine panique, indique Mme Lacroix. Même si ça peut être positif et faire en sorte que les membres veuillent travailler plus fort pour remonter, le danger dans ces temps-là, c'est qu'il y ait des dérapages. Chez la CAQ, ça pourrait être par exemple une radicalisation de son discours.»
Réverbérations de PKP
Si Pierre Karl Péladeau avait monopolisé l'attention la semaine dernière, le candidat dans Saint-Jérôme a été plutôt effacé cette semaine. La thématique de la souveraineté qu'il avait lancée lors de l'annonce de sa candidature est toutefois restée bien présente, malgré ce qu'aurait probablement souhaité le PQ, qui semblait se faire imposer cette thématique à répétition.
«Les Québécois ne veulent pas à ce stade-ci que cette thématique soit abordée maintenant», croit Mme Lacroix. La position claire du PLQ en défaveur d'un référendum leur donnerait donc la cote. «Qui gagne quand on parle de souveraineté? Nécessairement le PLQ. Qui perd? Nécessairement le PQ», affirme Mme Lacroix.
L'éthique, moins déterminante?
Les libéraux n'ont pas été complètement épargnés cette semaine alors que l'affaire Porter est revenue hanter Philippe Couillard. Un article publié dans Le Devoir a révélé que l'actuel chef libéral s'était associé en 2010 au directeur du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) Arthur Porter dans la fondation d'une firme de consultation dans le domaine de la santé. Celle-ci contrevenait à la Loi sur la santé et les services sociaux, puisque aucune autorisation n'avait été demandée à l'Agence de la santé et des services sociaux.
Cette révélation a cependant fait peu de remous. «Lors de la dernière campagne, ce type d'allégation là était très porteur», rappelle Mme Lacroix. «Cette fois-ci, ça ne semble pas porter. Ça m'est un peu difficile à expliquer, mais j'émets l'hypothèse que c'est parce qu'on est en commission Charbonneau et que les gens attendent que celle-ci termine son ménage», avance-t-elle.
Une campagne nationale
Si l'on exclut le cas tout particulier de la circonscription de Mégantic, la campagne comporte peu d'enjeux régionaux. «C'est définitivement une campagne qui se vit au niveau national, provincial. Les candidats locaux deviennent nécessairement des porteurs de ces enjeux-là et en parlent aux citoyens», dit celle qui ne voit pas très bien comment une campagne locale pourrait émerger d'ici le jour du scrutin, du moins en Estrie et dans le Centre-du-Québec.
Le débat de jeudi n'a pas fait de grand gagnant, mais il pourrait permettre au PLQ de maintenir son avance.
Isabelle Lacroix, professeure à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke, commente les allures que prend la campagne électorale chaque samedi dans les pages de La Tribune.