Mireille Elchacar, responsable de l’Estrie pour Amnistie internationale.

Amnistie internationale poursuit ses efforts

Plusieurs thèmes ont fait l’actualité en 2017... et feront toujours jaser en 2018. La Tribune revient sur quelques grands dossiers en s’entretenant avec ceux et celles qui ont fait l’actualité cette année. À suivre jeudi.

Mireille Elchacar ne veut surtout pas être rabat-joie. Mais l’information selon laquelle le prisonnier d’opinion Raif Badawi se retrouve sur une liste de pardon royale n’a pas pu être confirmée par l’organisation de défense des droits humains, malgré les vérifications qui ont été faites.

Peut-on dire qu’il s’agit de la première lueur d’espoir dans ce dossier depuis longtemps ? La responsable de l’Estrie pour Amnistie internationale répond par la négative en expliquant que l’organisme n’a pu confirmer ou infirmer les informations qui ont circulé. « Il faut toujours être prudent. Amnistie fait toujours vérification sur vérification. Il y a aussi le danger de donner un espoir qui ne soit pas suffisamment fondé à la famille », souligne-t-elle.

Un représentant de la sous-commission européenne des droits de l’homme avait fait valoir à La Tribune que le blogueur n’a jamais fait de demande de pardon. C’est aussi ce que soutient Amnistie.

« Ce sont les rouages de la loi saoudienne qui est assez étrange. La question du pardon, pour nous, ce n’est pas la question principale, en ce sens où il n’a pas à être pardonné, car il n’a commis aucun crime... On ne considère pas qu’il a besoin d’une demande de pardon, c’est un prisonnier d’opinion, il faut qu’il soit libéré. On veut que l’ensemble de sa peine soit annulée... 

On veut qu’il soit blanchi de toute accusation. »

En plus d’être emprisonné depuis plus de cinq ans pour des propos qu’il a tenus sur son blogue, Raif Badawi a été condamné à une peine de près de 300 000 $, une interdiction de quitter le pays et 1000 coups de fouet, qui devaient être administrés à intervalle de 50 coups. Le père de trois enfants avait été flagellé publiquement le 9 janvier 2015, mais la peine n’a pas repris depuis. Le prisonnier d’opinion avait simplement plaidé pour une plus grande ouverture dans son pays.

« On ne veut pas être rabat-joie, lance Mireille Elchacar. Il y a des bonnes nouvelles. » Elle cite la libération, en juin, de l’écrivain Zuhair Kutbi, après avoir passé deux ans en prison. Il demeure toutefois sous le coup d’une interdiction de voyager et d’écrire sur les réseaux sociaux. Son histoire ressemble beaucoup à celle de Raif Badawi.  

Selon l’organisation, il a été appréhendé en 2015 pour des propos qu’il a tenus en 2015 sur le plateau d’une émission télévisée. Il avait alors dénoncé la répression politique et appelé à des réformes.

Depuis que Mohammed Ben Salmane a officiellement été désigné comme héritier du trône en juin dernier, des mesures qui peuvent faire croire à un assouplissement du régime ont été annoncées. On pense notamment au fait que les femmes pourront conduire en 2018, et à la réouverture des cinémas.

« C’est une bonne nouvelle que les femmes puissent conduire en 2018. Mais le problème principal des femmes, c’est le concept de la tutelle masculine. Si elles peuvent conduire, mais qu’elles ne peuvent toujours pas sortir sans homme, qu’elles ne peuvent pas prendre de travail sans la permission d’un homme ou qu’elles ne peuvent pas aller à l’université ou voyager sans eux, c’est minime », rappelle-t-elle. L’Arabie saoudite demeure l’un des pays où le nombre d’exécutions est le plus élevé.  

Elle souligne que le fait que les coups de fouet n’aient toujours pas repris s’avère aussi une victoire. L’année a commencé avec une rencontre entre Ensaf Haidar et le premier ministre Justin Trudeau. Amnistie internationale souhaite toujours que le gouvernement canadien mette plus de pression.