Plusieurs restaurateurs croient que le rassemblement de 200 personnes rapporté à la Microdistillerie ce week-end a son lot de blâme à porter pour le passage de l’Estrie au palier rouge dès jeudi.
Plusieurs restaurateurs croient que le rassemblement de 200 personnes rapporté à la Microdistillerie ce week-end a son lot de blâme à porter pour le passage de l’Estrie au palier rouge dès jeudi.

Amertume en bouche chez les restaurateurs

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Sherbrooke —  Ils sont prêts à changer de cap une fois de plus pour surmonter une autre fermeture des salles à manger, mais ce n’est pas sans jeter un regard désapprobateur à un récent week-end arrosé que les restaurateurs de Sherbrooke ont appris le passage imminent de l’Estrie au palier rouge, lundi. 

« On est un peu fâchés, parce qu’il y en a qui ont vraiment fait des efforts pour les mesures sanitaires, se désole Kéren Richard, copropriétaire du Café Aragon. Ce serait bien plus facile de bonder le restaurant et de faire comme si de rien était, mais non, on a suivi les règles et on a perdu la moitié de nos places assises, peut-être même plus. C’est dur de voir que nous on fait des efforts, et qu’ailleurs ils n’en font pas. Tout le monde écope un peu. Ce n’est pas fair-play. » 

Rappelons que le Bar la Microdistillerie, sur la rue Meadow, a fait l’objet d’un appel de dénonciation auprès du Service de police de Sherbrooke, samedi dernier, puisque environ 200 personnes y étaient rassemblées, alors que la capacité de l’établissement est restreinte à 130 en raison de la pandémie. Les agents, qui ont vu plusieurs personnes prendre la fuite à leur arrivée vers 23 h 15, ont aussi rapporté qu’il n’y avait aucune distanciation entre les clients, que la plupart ne portaient pas de masques et que des tables rassemblaient 10 ou 15 personnes à la fois. 

Une intervention policière dans la nuit précédente avait aussi mis fin à un rassemblement d’environ 25 personnes dans une résidence privée. 

Alexandre Côté, propriétaire du Pizzicato au centre-ville de Sherbrooke, n’hésite pas à montrer du doigt la Microdistillerie pour ce renversement soudain de situation. « On a accéléré les choses avec ce qu’on a vu en fin de semaine. J’estime que la restauration offrait un cadre sécuritaire à ses clients et je trouve qu’on paie les frais, malheureusement, de quelques exceptions qui n’ont rien compris. J’espère que ces personnes-là vont en payer le prix », dit-il. 

Efforts non reconnus

Métek Demers, copropriétaire du restaurant Twist sur le boulevard Bourque, annulait ses commandes en catastrophe, lundi après-midi. Pour lui, il n’y a pas lieu d’être en colère, mais la déception est de mise. 

« On a mis beaucoup de choses en place pour rendre ça sécuritaire pour tout le monde. On a investi dans le plexiglas, dans les masques, les visières, les produits nettoyants, les personnes supplémentaires à l’entretien ménager. On n’a pas entendu dire nulle part qu’il y avait des cas à cause des restaurants, et c’est quand même les restaurants qui écopent, c’est vraiment plate », observe-t-il. 

Il se console toutefois en pensant à l’aide à laquelle il aura droit, comme l’Aide aux entreprises en régions en alerte maximale (AERAM), maintenant qu’il se trouvera dans une zone rouge. « Il y aura plus de subventions disponibles, qui seront additionnées aux revenus de livraisons et de commandes pour emporter. Si les gens sont au rendez-vous comme lors de la première vague, ce ne sera pas la panique », dit celui qui devra cependant mettre à pied une bonne partie des 25 employés qui œuvrent en salle à manger.  

Alexandre Côté ne se montre pas trop inquiet pour la survie du Pizzicato non plus, mais trouve bien dommage de voir la croissance de son entreprise ainsi stoppée. 

« C’est certain qu’on est outillés pour faire face à la musique. J’ai une rencontre avec mon exécutif demain matin, et on va se remettre en mode coin gourmand, comptoir pour emporter, et boutique en ligne, qui a justement été remise à niveau récemment. Mon seul regret c’est de ne pas pouvoir garder mes employés à temps plein. » 

Kéren Richard ne s’avoue pas vaincue, mais plutôt fatiguée. « Ça fait depuis le moins de mars que ça tourne dans notre tête, qu’on se réinvente et qu’on essaie de trouver des méthodes de travail. Disons que je serais due pour des vacances, mais ce n’est pas ça qu’on va faire. On va travailler encore plus fort pour tenir à bout de bras nos entreprises. » 

Les jours sont comptés d’ici à l’entrée en vigueur du palier rouge, jeudi à 0 h 1. Le petit café, qui sert des déjeuners et des dîners, continuera de faire des commandes pour emporter. 

Avec 25 ans d’activités derrière le tablier, elle croit que les habitués seront au rendez-vous. « J’ai une clientèle assez incroyable et je pense qu’ils vont être là pour nous. Mais est-ce que ça veut dire qu’on va diminuer les heures des employés, probablement, et de façon assez drastique. On va être au minimum, parce que je ne pense pas que les dépenses peuvent s’accoter », réfléchit celle qui a récemment remplacé son ancien associé, Michel Carrier, par Christian Turcotte. 

Rappelons que l’AERAM, annoncée par le gouvernement Legault en octobre, s’adresse aux entreprises bénéficiant du Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE) ou du programme Aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME). Elle permet aux établissements visés par des ordres de fermeture, comme les bars et les restaurants, mais également à ceux offrant des activités de loisirs ou de sports organisées dans un lieu public, d’obtenir un pardon de prêt pouvant aller jusqu’à 15 000 $ par mois (maximum de 80 % du montant du prêt accordé) afin de payer leurs frais fixes.