Améliorer la mobilité urbaine

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
Le tandem Jean-Luc et Sabine Le Nevannau ont misé sur leurs forces respectives pour créer un nouveau mode de transport durable. Elle, cartésienne et stratégique; lui créatif et instinctif. Ensemble, ils ont développé le Geebee.

Originaire de France, le couple est arrivé au Québec en 1999. Entrepreneur dans l’âme, M. Le Nevannau a toujours eu des entreprises. Sa conjointe préférait la stabilité de son emploi en administration dans le domaine de la santé. 

« Nous n’avions pas comme objectif de lancer une entreprise en arrivant ici, mais Jean-Luc a toujours quelque chose en tête », avoue la Sherbrookoise d’adoption, en entrevue avec La Tribune alors que M. Le Nevannau continue de travailler dans l’atelier.

En 2010, le créatif du couple cherche à mettre au point un moyen de transport pouvant répondre à leurs besoins.

« Jean-Luc et moi on déteste faire du vélo, mais on voulait trouver un moyen de se promener un peu partout. Jean-Luc voulait traficoter quelque chose qui épargnait nos fesses, nos dos et nos genoux. Et puis on est un peu grano, dans le sens positif du terme, alors on voulait quelque chose dans l’ère du temps, plus vert », explique Mme Le Nevannau.

C’est lors d’un voyage que M. Le Nevannau trouve finalement l’inspiration qu’il lui manquait.

« Dans le désert, Jean-Luc a vu une fille sur une moto avec des roues ballounes, sans siège, et elle était accroupie. C’est comme ça qu’il a pensé à la possibilité d’être debout. Mais il fallait qu’on puisse aller partout avec cet engin, donc qu’il soit assez robuste avec des bonnes roues. Il a créé une première version du Geebee et chaque fois qu’on l’utilisait, les gens nous demandaient où on l’avait loué. Même des policiers nous avaient arrêtés pour savoir d’où venait ce truc parce qu’ils trouvaient ça intéressant! » se remémore Mme Le Nevannau.

Trois ans plus tard, monsieur se lance dans la commercialisation de son « mobipode » électrique, sorte de croisement entre un scooter et une trottinette géante.

Madame se joint à l’entreprise peu après. 

« J’aidais déjà l’entreprise ici et là pour la comptabilité, mais lâcher mon emploi c’était quelque chose de gros. Pendant que Jean-Luc avait ses entreprises, moi j’avais un emploi stable, de la sécurité. Là il était question de travailler les deux dans une start-up développée avec une approche plus lente de démarchage et de consolidation. »

Cinq ans plus tard, l’entreprise roule à plein régime sous la direction des époux.

« Mais ça n’a pas toujours été facile. Nous avons deux gros caractères. Heureusement, ça fait quatre décennies qu’on est ensemble donc on se connait assez bien et on peut s’envoyer paitre sans trop de dégâts », rigole Mme Le Nevannau.

Voir grand

Comme toute entreprise en démarrage, plusieurs embûches se sont dressées devant les entrepreneurs dans les dernières années. Mais rien de trop difficile pour décourager le couple qui croit fermement au potentiel de son produit maintenant distribué au Québec, en France et aux États-Unis.

« Nous avons des projets pilotes dans des municipalités québécoises dont Sherbrooke, Plessisville, à Paris et à Denver, au Colorado. Nous sommes également en discussion avec des responsables à New York pour un autre projet pilote. »

Les « mobipodes » sont également utilisés par la municipalité de Nevers, en France, par Hydro-Québec, au prestigieux hôtel Sacacomie, et par des particuliers.

« Nous ne visons pas la micromobilité, comme les navettes de free-floating [NDLR exemple BIXI]. Nous avons évolué et nous avons trouvé nos niches dans l’événementiel, les institutions publiques, le récréotourisme et les entreprises de sécurité. Notre but est de proposer à des organisations publiques ou privées un moyen de transport pour optimiser les déplacements des employés. Que ce soit un inspecteur en génie civil sur un chantier, un employé municipal dans un parc, un agent de sécurité dans un événement ou un fermier sur une ferme, le but est de faciliter la vie de ces personnes en gagnant du temps dans leurs déplacements, en produisant moins de gaz à effet de serre, en n’ayant pas besoin de place de stationnement, et ce, à moindre coût. C’est une situation gagnante pour l’entreprise et bénéfique pour l’environnement. »

Les prochaines années seront consacrées à l’expansion de l’entreprise sise dans l’est de Sherbrooke. En plus des États-Unis et de la France, Mme Le Nevannau souhaite distribuer son produit dans le reste du Canada. Pour ce faire, elle devra toutefois convaincre les décideurs de modifier la réglementation actuelle qui interdit les « mobipodes » sur la voie publique.

 « Le Geebee est considéré comme un véhicule jouet, donc interdit dans les rues. C’était le cas au Québec également mais nous avons réussi à faire changer la réglementation pour que nos Geebee puissent circuler. C’est une grande victoire pour nous et comme le Québec avait une des réglementations les plus sévères au Canada, ça va nous aider à faire modifier les règlements à notre avantage dans les autres provinces afin d’y développer un marché. »

Pas question donc de prendre un répit dans les prochaines années. Du moins pour la femme d’affaires qui apprécie son nouveau rythme de vie. « Jean-Luc se voit à la retraite d’ici cinq ans. Il a d’autres projets en tête. »

Et vous, Mme Le Nevannau?

« Je me vois encore ici, à vendre beaucoup de Geebee, dans beaucoup de pays », lance-t-elle avec le sourire.

Et on la croit.

Repères

  • Originaires de France, arrivés au Québec en 1999;
  • Concept Geebee a vendu 165 « mobipodes » dans les trois dernières années;
  • Déjà 114 Geebee sur le carnet de commandes de 2019;
  • Sabine et Jean-Luc Le Nevannau ont été finalistes de nombreux prix pour leur Geebee, dont le prix d’Excellence en transport de l’AQTR et le prix d’Excellence en environnement de la Fondation estrienne en environnement.