Propriétaire de 14 frênes en bonne santé, Philippe Lebel demande à la Ville de permettre l’abattage des frênes non atteints sur présentation d’une preuve qu’ils seront remplacés.

Agrile du frêne : un citoyen juge la Ville trop sévère

Un citoyen possédant 14 frênes sur son terrain juge trop sévère la politique de lutte contre l’agrile du frêne établie par la Ville de Sherbrooke. Philippe Lebel s’est présenté au conseil municipal lundi pour réclamer des assouplissements à la règlementation.

« J’ai un terrain très forestier en plein centre-ville. J’ai une quarantaine d’arbres de toutes sortes sur mon terrain, dont 14 frênes matures. Je les savais condamnés quand j’ai acheté ma maison en 2011, donc j’ai planté une vingtaine d’arbres pour remplacer les 14 », commence M. Lebel.

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Le biologiste de formation avait alors la stratégie d’abattre ses frênes graduellement pour récupérer les bûches à même le site dans son foyer à combustion lente... « Maintenant, je dois attendre passivement qu’un des arbres soit atteint par l’agrile ou qu’il y en ait un dans le quartier, dans un rayon de 300 mètres, pour les couper d’un coup. J’ai évalué entre 10 000 à 14 000 $ les coûts pour les abattre. »

Selon lui, la politique de la Ville repose sur de fausses prémisses, soit que l’agrile peut être freiné et que les frênes peuvent être sauvés. « La stratégie de la Ville est la plus dispendieuse et la plus difficile à appliquer. Le règlement oblige le citoyen à assumer l’abattage, l’essouchage et le remplacement des frênes. »

M. Lebel demande donc de permettre l’abattage des frênes non atteints sur présentation d’une preuve qu’ils seront remplacés. Il réclame aussi de pouvoir mettre en valeur lui-même le bois obtenu de l’abattage en plus de permettre son entreposage sur les terrains privés. La règlementation demande plutôt de disposer du bois contaminé à l’écocentre.

Le citoyen suggère par ailleurs de subventionner le remplacement des frênes.

« Ce que je demande à la Ville, c’est de faire un pas de côté et de regarder ça à froid, de s’apercevoir que Sherbrooke est entourée de forêt. »


«  Nous ne sommes pas dans une stratégie de lutte contre l’insecte.  »
Guylaine Boutin, directrice du Service de l’entretien et de la voirie

Guylaine Boutin, directrice du Service de l’entretien et de la voirie à la Ville de Sherbrooke, a répondu que le règlement de zonage interdit l’abattage d’arbres en bonne santé en tout temps sur le territoire de la ville. Il ne s’applique donc pas qu’au frêne. « Cette mesure vise à conserver notre couvert forestier. Elle n’a pas été mise en place dans le plan de lutte contre l’agrile du frêne. »

Mme Boutin ajoute que la mise en valeur du bois est permise dans la règlementation à condition qu’il soit écorcé ou qu’on utilise la fumigation. L’écorce devrait ensuite être déchiquetée. À l’écocentre, le bois sera déchiqueté et servira à faire du compost ou de la cogénération. Il ne sera pas enfoui.

« Nous ne sommes pas dans une stratégie de lutte contre l’insecte. S’il n’y a pas d’avancées de la recherche, tous les frênes seront un jour atteints. Nous avons basé nos décisions sur les plans d’action de 82 municipalités. Dans la MRC voisine, Brome-Missisquoi, ils ont pris une autre orientation, mais nous nous sommes fiés à ceux qui ont plus de recul que nous. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas des choses qui n’évolueront pas. Sherbrooke a toujours fait preuve d’adaptation dans ses règlements si c’est avantageux de le faire. »

Philippe Lebel aimerait pouvoir abattre ses arbres sains graduellement pour amortir les frais.

« Rien ne vous empêche de mettre de l’argent de côté en prévision de devoir abattre les frênes. Ça laisserait le temps à la plantation de remplacement d’atteindre son plein potentiel », a répondu Guylaine Boutin.

Évelyne Beaudin s’est informée à savoir si la Ville connaissait la règlementation des municipalités limitrophes. « Si nous faisons une foule d’efforts et que ce n’est pas le même règlement ailleurs, nous travaillons peut-être fort pour rien. »

Mme Boutin affirme que les municipalités qui n’ont rien fait sont celles où l’abattage coûte le plus cher en raison des mesures de sécurité à adopter pour couper des arbres morts.

Le conseiller Vincent Boutin a jugé intéressants certains éléments apportés par M. Lebel. « Au-delà de l’aspect financier, quand on remplace des arbres, il faut qu’ils aient le temps de pousser. On devrait peut-être se pencher sur le cas spécifique du frêne. »