Christian Carrier a décidé de faire couper ses arbres infestés par l’agrile du frêne, ce qui lui coutera 2000 $, une facture qu’il devra assumer sans aucune aide financière de la Ville de Sherbrooke.

Agrile du frêne : 2000 $ pour abattre ses arbres

2000 $. Voilà le montant de la facture que doit payer Christian Carrier pour avoir fait abattre trois arbres sur sa propriété de la rue Cayer, dans le secteur de Rock Forest, en raison de la présence de l’agrile du frêne, un insecte ravageur. M. Carrier déplore que la Ville n’offre aucune aide financière pour aider les propriétaires aux prises avec ce problème.

« C’est beaucoup de sous 2000 $ et on n’a pas voulu de ces bébittes-là, lance-t-il, visiblement irrité par l’attitude de la Ville. Deux frênes sur trois étaient atteints et comme on ne connaît pas vraiment l’effet du traitement à l’insecticide Treeazin, j’ai préféré les faire abattre tout de suite. J’ai lu l’histoire d’une personne qui avait fait trois traitements au coût de 600 $ sur un arbre et qui avait quand même dû l’abattre. »

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« J’ai reçu les papiers la semaine dernière pour me dire que je devais agir concernant mes frênes sous peine d’une amende extrêmement salée, déplore-t-il. On a reçu le permis d’abattage mercredi et jeudi matin on coupait les arbres. C’est tout un tourbillon, ça va vite. »

Yves Tremblay, chef de la Division des parcs et des espaces verts de Sherbrooke, confirme que l’abattage se fait aux frais des propriétaires et qu’ils sont dans l’obligation de le faire ou d’effectuer un traitement au Treeazin.

« On a soumis tous les scénarios au conseil municipal, rappelle-t-il. On a de tout au Québec, certaines villes proposent une subvention alors que d’autres ne font absolument rien. Il faut savoir que la facture de la Ville va s’élever entre 4 et 6 millions $ dans les 10 prochaines années pour gérer les 2500 frênes sur les terrains publics. Il faut aussi comprendre que l’arbre est une propriété privée et il y a une notion de responsabilité comme pour une galerie brisée par exemple. »

La Ville offrira toutefois un rabais pour ceux qui décident de faire traiter leurs arbres.

« On vient de lancer un appel d’offres pour avoir le meilleur prix possible pour le traitement. On veut offrir le prix du gros aux citoyens et éviter toutes sortes d’improvisation dans le dossier. »

Pour l’instant, la Ville a reçu des soumissions qui vont de 3,40 $ à 7 $ pour chaque centimètre de largeur du tronc de l’arbre. Donc pour un arbre de 30 cm de largeur, on parle d’un montant allant de 102 $ à 210 $. Le traitement doit être réappliqué aux deux ans.

Informations contradictoires

Christian Carrier déplore également que les informations transmises par la Ville ne soient pas toujours les mêmes.

« Dans les demandes papier et courriel, on dit clairement qu’il faut dessoucher au complet les arbres, mais quand ma voisine a appelé, on lui a dit qu’on pouvait garder la souche jusqu’à une hauteur de cinq centimètres. Ensuite, ils nous ont dit qu’ils s’excusaient puisqu’on était les premiers qui faisaient l’abattage d’un arbre et qu’ils allaient se fier à nous pour les prochains. C’est un peu médiocre comme comportement. »

« Il est possible qu’il y ait eu une période d’hésitation, admet Yves Tremblay. Mais nous en sommes à démarrer le processus. Nous avons mis la machine en marche il y a deux semaines. Les premiers citoyens concernés ont donc pu sentir une période d’hésitation, le temps qu’on se familiarise nous aussi. »

Entretemps, Christian Carrier n’entend pas rester les bras croisés.

« J’ai pris les devants, j’ai écrit au député Pierre-Luc Dussault pour savoir s’il y avait une aide financière possible. Il m’a dit qu’il allait vérifier, mais que c’était probablement plus au provincial qu’il pourrait y avoir quelque chose. J’ai écrit mercredi à Luc Fortin. Je suis en attente. »

Le nombre de frênes sur des propriétés privées est estimé à 12 500 à Sherbrooke.

La Ville a déjà abattu plusieurs arbres dans le secteur du parc Antonio-Barrette il y a deux semaines et espère mettre assez de moyens en place pour ralentir l’avancée de l’agrile du frêne dans la région.

« On fait des actions pour gagner du temps pour que se développent des produits ou d’autres types d’intervention pour combattre l’insecte, résume Yves Tremblay. L’été prochain, on va essayer le champignon Beauveria bassiana, un champignon indigène qu’on utilise pour contaminer les agriles. On va procéder à l’installation d’une quinzaine de caches. »