Le phénomème des revendeurs n’est pas inconnu à Claude Belleau, directeur général d’Estrie Aide.

Acheté chez Estrie Aide, revendu sur le web

Que les clients viennent pour s’équiper ou pour revendre, tout le monde est bienvenu chez Estrie Aide. C’est ce qu’explique le directeur général de l’organisation, Claude Belleau, après qu’une personne se soit plainte sur le groupe Facebook « Spotted Sherbrooke » que des gens y achetaient des articles pour les revendre plus cher et se dégager un profit.

« Je vous explique, le jeudi 7 novembre, je me rends chez Estrie Aide pour zieuter les articles de bébé, car je suis en début de grossesse et que je ne suis pas tant en moyens, explique sur Facebook une femme qui a demandé l’anonymat. J’ai vu plusieurs articles à moins de 15 $ (un parc, un moïse sur roulettes, une chaise haute, poussette [...] beaucoup de trucs pas chers en bon état et propre) », exprime-t-elle, ajoutant qu’elle a recroisé « sur un site de vente Facebook tous les mêmes articles en vente à 60 $ et même la poussette à 80 $ ».

« Pour tout le monde »

Le phénomène des revendeurs n’est pas inconnu à Claude Belleau, directeur général d’Estrie Aide. « Quelqu’un a vu la bonne affaire et a pensé pouvoir revendre les objets plus cher. C’est difficile de contrôler ça. Juste en 2018, on a vendu un million d’articles individuels. Pour en vendre un million, il a fallu en toucher entre cinq et six millions, car on fait une grande sélection », explique-t-il, ajoutant être très désolé pour la dame qui a vécu cette situation.

« C’est compliqué de vérifier où chaque article va après [la vente], enchaîne-t-il. Et on ne demande pas la fiche d’impôts de chaque client qui vient acheter, on encourage tout le monde à venir magasiner chez Estrie Aide, car chaque dollar amassé est réinvesti dans la communauté. Plus de gens viennent acheter, plus c’est gagnant pour notre mission de réinsertion au travail. »

Estrie Aide fonctionne selon la juste valeur du marché. « Si on reçoit une tasse particulière, on va regarder sur Internet pour voir combien elle se vend. On tente de la vendre entre 10 et 15 % sous le prix du marché », explique Claude Belleau.

Des revendeurs peuvent venir tôt le matin. « On les connaît bien à part ça. Il y a une bonne douzaine de personnes qui font tous les magasins, tous les jours, parfois deux ou trois fois par jour pour s’approvisionner. On vit encore dans un marché libre, on a dépassé l’approche où c’était seulement pour les familles démunies, quoique plusieurs choses sont à très bas prix. Ce ne sont souvent pas ces articles que les revendeurs vont aller chercher », affirme le directeur général d’Estrie Aide, ajoutant que dans le passé, des revendeurs se vantaient d’avoir fait de grandes marges de profit avec des articles achetés chez Estrie Aide.

« Ils disaient “ j’ai acheté telle chose ce matin à 50 cennes, je vais le revendre 50 $ cet après-midi ”. Jusqu’au moment où on a ajusté nos prix », affirme M. Belleau.

Cette correction de prix passe par le « coffre au trésor », un coin où sont déposés les articles qui ont plus de valeur. « On ne veut pas vendre [ces articles] 1 $, car le revendeur va mettre la main dessus en premier. D’autre part, on ne veut pas les empêcher de venir, car si on établit un prix qu’on juge à sa juste valeur, on encourage n’importe qui à venir l’acheter », insiste le DG d’Estrie Aide, ajoutant que la mission de l’organisation est de « ramasser des choses et de créer des emplois autour de la matière. »

De son côté, l’Armée du Salut dit ne pas avoir constaté de tels gestes.

Au Comptoir familial de Sherbrooke, la directrice générale Guylaine Ruest pense que « la plupart des gens viennent pour leur besoin personnel ». « On peut avoir un petit doute, sans le confirmer. On ne va pas voir sur Internet, on ne connaît pas nécessairement le nom de nos clients », résume-t-elle.