Le CPE L'Espièglerie peut compter sur sa propre cuisine, qui sert aussi à l'installation Balan-Mousse.

Accommodements, intolérances et allergies en CPE

Accommodements, intolérances et allergies : les CPE doivent composer avec de nombreux défis dans leur cuisine. Les centres de la petite enfance sont le reflet de notre société, et les tendances alimentaires n'y échappent pas. La Tribune s'est intéressée à leurs tablées.
Plusieurs CPE de la région estrienne tentent d'accommoder les parents provenant de la communauté musulmane en enlevant le porc du menu des enfants ou encore en leur offrant un second choix.
Un père de famille a constaté, dans un CPE sherbrookois, que le porc avait été retiré du menu afin de respecter les demandes des parents musulmans. Ce dernier a préféré ne pas parler ouvertement afin de ne pas identifier son enfant. Un repas de cabane à sucre organisé récemment ne contenait ni jambon ni saucisse, des dérivés du porc.
Cette mesure est en place depuis quelques années dans certains centres de la petite enfance.
Au CPE L'Ensoleillé, la directrice générale Danielle Lavallée explique que si un enfant ne mange pas de porc à la demande des parents, un autre choix est proposé pour la viande, mais les accompagnements demeurent les mêmes. Le CPE fonctionne ainsi depuis environ six ou sept ans.
Elle précise toutefois que dans les cas des fêtes comme l'Halloween ou Noël, des fêtes qui ne sont pas célébrées dans d'autres religions, elle leur explique que ces fêtes font partie de la culture québécoise. Il s'agit donc du choix des parents s'ils décident de ne pas emmener leurs enfants au CPE. « On ne va pas au-delà de l'alimentation. »
Une gestionnaire de CPE, où le porc n'est plus servi depuis des années, a préféré ne pas accorder d'entrevue parce qu'elle jugeait la situation trop délicate. Elle craignait une flambée de xénophobie sur les réseaux sociaux. La gestion des menus est vue de façon globale, tant pour répondre aux enfants d'une autre communauté religieuse que pour les tout-petits qui ont des allergies.
Le son de cloche était le même du côté de l'Ensoleillé : le cuisinier a une vue d'ensemble sur tous les menus et les besoins particuliers.
Le phénomène n'est pas nouveau et évolue au gré de la clientèle, note la directrice du Regroupement des CPE de l'Estrie (RCPECE), Lucie Therriault.
« À partir du moment où il y a des allergies, des intolérances, des accommodements, le CPE mettra en place des actions précises pour ça. On a des CPE plus multiethniques, oui, il y a des accommodements. D'une année à l'autre, ça peut varier (...) C'est très intégré dans les CPE, ça fait partie des moeurs », explique Mme Therriault, dont le regroupement représente une cinquantaine de CPE de l'Estrie.
On remarque aussi bon nombre de CPE qui diminuent la viande dans leur menu. Les CPE ne sont pas à contre-courant de la société, fait-elle remarquer. « C'est correct d'aller vers des alternatives comme le tofu ou les légumineuses », note-t-elle.
Garderie végétarienne
Le CPE La Pleine Lune, qui compte quatre installations à Magog et à Eastman, est végétarien depuis sa création. Il a intégré au fil du temps les oeufs et le poisson aux menus. Jamais l'établissement n'a reçu de demande d'accommodement de la part de communautés religieuses, note la directrice générale, Any Sanders.
Les CPE L'Espièglerie et Balan-Mousse, à Sherbrooke, comptaient quelques petits musulmans au sein de leurs installations dans les dernières années. Même si le nombre a augmenté au cours des dernières années, ils sont encore en mesure de proposer une alternative pour certains mets, par exemple pour le porc ou le boeuf. Certains d'entre eux ne consomment pas de gélatine, que l'on retrouve notamment dans les yogourts. « Il y en a certains que ça ne dérange pas », commente Stéphane Caron, directeur par intérim des deux CPE. Tant que les demandes ne sont pas excessives, on essaie d'y répondre, fait-il valoir. Le porc n'occupait que peu de place dans le menu, précise-t-il également.
Au CPE Tout petit, Toute petite, la directrice Lyne Bélanger note qu'elle n'a pas de demandes en lien avec les tout-petits de communauté religieuse, et ce, même si les nationalités sont nombreuses. Le fait que le CPE soit végétarien depuis plusieurs années explique sans doute en partie cette situation. Ce caractère particulier est présenté aux parents lors de la visite, note Mme Bélanger.
Une deuxième installation est toujours prévue pour ce CPE situé sur le campus principal de l'UdeS. Celle-ci, qui doit compter 80 places, doit voir le jour entre le Montagnais et le mont Bellevue. Le début des travaux pourrait avoir lieu au printemps 2018. L'annonce avait été faite par Québec en... 2012, mais le CPE s'est heurté à plusieurs embûches depuis.
Des pratiques variables d'une personne à l'autre
Aux yeux de Mohamed Soulami, directeur général d'Actions interculturelles, les alternatives proposées aux menus des communautés religieuses ne sont pas des accommodements.
« Moi, je ne l'interprète pas comme un accommodement. C'est un peu la même chose que des végétariens... Si la famille est végétarienne, les parents ont aussi le choix de demander à la garderie de ne pas donner des aliments qui proviennent de source animale. »
« Ça peut être interprété comme cela, mais un accommodement, c'est plus lorsqu'il s'agit d'une personne sur plusieurs centaines ou milliers pour laquelle on va faire quelque chose de très particulier pour l'accommoder. »
La Tribune a contacté M. Soulami afin de comprendre quelles sont les restrictions dans les menus des petits musulmans.
La principale restriction est la viande de porc et tous ses dérivés (saucisses, bacon), ce qui peut aussi expliquer que des musulmans vont éviter certains types de gélatine, qui peuvent contenir des traces de gras de cet animal.
« Il est considéré dans la religion musulmane comme un animal impur », note M. Soulami, en rappelant qu'il s'agit d'un animal qui peut manger presque n'importe quoi.
Les animaux interdits sont ceux qui peuvent être carnivores, en plus du porc et des animaux qui lui ressemblent, comme le sanglier.
Certains musulmans peuvent aussi vouloir manger de la viande halal, provenant d'un animal tué selon les rites musulmans. Au même titre qu'un juif, par exemple, peut souhaiter manger de la nourriture cachère, c'est-à-dire préparée conformément à la religion juive.
« Des fois, on a tendance à définir sous une seule communauté les musulmans. Ils sont diversifiés et différents. Il y a des pratiques qui sont différentes (...) On a des éléments généraux de la religion musulmane, mais quand on passe à la pratique, chacun peut interpréter cela (différemment) », nuance M. Soulami, en ajoutant que c'était la même chose pour les juifs et les catholiques. En d'autres mots, les pratiques peuvent varier d'un individu à l'autre.
Une recherche avait été menée par l'organisme et l'Université de Sherbrooke, il y a environ une dizaine d'années. Celle-ci avait alors fait ressortir un besoin de formations et de rapprochements entre les éducatrices et les parents. « On avait créé un certain nombre de formations. On n'a pas eu de manifestation supplémentaire de besoins. À notre connaissance, maintenant, ça se passe bien en général. C'est sûr que la formation est toujours utile et recommandable. »