Gabriel Chartier, victime de l'accident d'avion sur le lac Massawippi à North Hatley, le 12 septembre dernier.
Gabriel Chartier, victime de l'accident d'avion sur le lac Massawippi à North Hatley, le 12 septembre dernier.

Accident d’avion au lac Massawippi: « J’aurais pu crever là-dedans »

Andréanne Beaudry
Andréanne Beaudry
La Tribune
« J’étais content de mon amerrissage, il était parfait. Mais je n’ai même pas eu le temps de ne rien couper que tout ce que je voyais c’était du noir. En une fraction de seconde, j’étais à l’envers, dans l’eau, et l’avion coulait », raconte le pilote du Seabee, Gabriel Chartier, victime d’un accident malheureux sur le lac Massawippi à North Hatley, le 12 septembre dernier.

Le propriétaire de l’aéroport de Saint-Hyacinthe connaît bien le village de North Hatley, et son lac, puisqu’il fréquente régulièrement les restaurants du coin depuis 30 ans.

« J’aime bien y aller le matin et lire mon journal dans la petite cantine », mentionne Gabriel Chartier, qui ne se fatigue pas de son trajet aérien, des onze dernières années, entre Saint-Hyacinthe et North Hatley.

Le 12 septembre dernier, Gabriel Chartier a décidé de se rendre à North Hatley pour le déjeuner. Il décolle donc de l’aéroport de Saint-Hyacinthe à bord de son Seabee à 10h23 pile. Habituellement, en 35 minutes, il arrive à sa destination finale.

Pour chaque amerrissage, le pilote observe l’état du lac. En ce samedi de la mi-septembre, les voiliers pointaient vers le sud-est. Pour Gabriel Chartier, ça indique la direction du vent, et par conséquent, la direction à prendre pour l’amerrissage. 

Au-delà de ça, il y avait six kayaks, deux planches à pagaie et un bateau proche du quai. « Ils ne me nuisaient pas dans mon amerrissage », précise toutefois le pilote.

Il commence donc à descendre et à réduire la puissance de son appareil. Après toutes les vérifications nécessaires, selon la procédure, Gabriel Chartier a amerri. 

Le pilote a senti les trois petites vagues en dessous de son bateau. Puis, il était même fier de son amerrissage « parfait » sur le lac Massawippi.

En l’espace de quelques secondes, les plans du pilote de Saint-Hyacinthe ont pris cependant une tournure bien différente. 

Rapidement, l’avion se retrouve à l’envers et coule dans les profondeurs du lac. « Y en a pu de bateau, car le dessous de cet avion c’est un bateau. Écoute, j’ai frappé du fer ou quelque chose qui a du fer comme des barils ou un quai », explique Gabriel Chartier.

Le Seabee de Gabriel Chartier trois jours avant l'accident.

« Ce n’est pas une erreur de pilotage et ce n’est pas une défectuosité de l’avion en parfaite condition », enchérit notamment ce dernier.

Gabriel Chartier a réussi à sortir de son avion, mais lors de l’impact le réservoir d’essence (moins de 35 gallons au moment de l’événement) s’est fissuré. « Le reste du gaz, je l’ai eu dans le dos », affirme le pilote.

Il ne pouvait pas nager correctement en raison de plaies ouvertes aux mains. Une personne l’a donc embarqué à l’arrière de son bateau pour l’approcher de la plage.

« Ça pissait le sang, mais moi je ne voulais pas salir son bateau, alors je laissais mes mains à l’extérieur. Je pensais juste au bateau du gars. Finalement, monsieur Geoffrey Molson, je ne savais pas encore c’était qui, arrive avec une chaudière et me dit que ça irait mieux en mettant mes mains là-dedans », raconte-t-il.

Sur la terre ferme, il explique que la seule chose à laquelle les gens pensaient, c’était le fait que son avion polluerait l’eau. « Personne ne m’a demandé si j’étais proche de mourir ou si j’avais mal… c’était plutôt as-tu de l’assurance environnement? »

Dans l’ambulance, il a finalement été attaché à une civière. En plus d’être claustrophobe, le pilote du Seabee avait mal. La procédure ne leur permet pas de le détacher, lui explique-t-on à ce moment. 

« Je ne réalisais pas ce qui se passait, mais c’est le gaz qui faisait en sorte que je bouillais », note Gabriel Chartier qui considère la douleur comme étant pire que ses plaies ouvertes aux mains.

Depuis l’incident, Gabriel Chartier cherche des explications. Il a discuté notamment avec la Sûreté du Québec puisqu’il espère une investigation plus approfondie.

« Si c’est un bateau qui pogne ça [objet inconnu pour le moment], les gens à bord vont être expulsés et ils peuvent mourir d’une noyade s’ils n’ont pas leur veste de sauvetage à ce moment », estime le pilote d’expérience.

Il a aussi parlé avec le Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada, mais sans succès. « S’il y avait eu un mort, il aurait fait une enquête. » 

Depuis l’incident, Gabriel Chartier cherche des explications.

Aujourd’hui, Gabriel Chartier se considère chanceux d’être encore en vie, mais il sait au fond de lui que ce n’est pas une erreur d’amerrissage ou un bris mécanique.

« Ce n’est peut-être même pas un quai, mais peut-être une bouée. Bref, on ne sait pas c’est quoi, mais je pense qu’il y a tout de même quelqu’un qui doit vérifier le lac pour savoir ce que j’ai frappé avec mon bateau », affirme le pilote qui ne souhaite pas que d’autres personnes vivent une situation similaire sur le lac Massawippi à North Hatley.

Il souhaite que les autorités, les plongeurs ou toutes les personnes, qui ont à cœur cet endroit, l’aident à trouver la source de cet incident.

« Tu te sens incapable et ça me faisait de quoi… Je braillais en voyant mon avion détruit. Y en ont construit 14 100 pour la guerre et il en reste 300 ou 400 dans le monde. Celui-là a été détruit, et moi j’aurais pu crever là-dedans. C’est certain que ça m’a fait de quoi de le voir couler par la suite », conclut avec émotions le pilote de Saint-Hyacinthe.