Alors que la Flambée des couleurs arrive à grands pas, la Corporation Ski & Golf Mont-Orford a annoncé une tarification de 10 $ pour le stationnement du mont Orford.
Alors que la Flambée des couleurs arrive à grands pas, la Corporation Ski & Golf Mont-Orford a annoncé une tarification de 10 $ pour le stationnement du mont Orford.

Accès au mont Orford : la bataille judiciaire s’alourdit

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
La bataille judiciaire entourant l’accès au parc du mont Orford s’alourdit. Les citoyennes à l’origine de la poursuite intentée en juillet ont envoyé une mise en demeure à la Corporation Ski & Golf Mont-Orford mardi leur interdisant de facturer et de limiter l’accès au mont Orford cet automne, notamment par la perception d’un frais de stationnement de 10 $ à tous les visiteurs. La Corporation se défend quant à elle de limiter l’accès à la montagne.

« L’annonce faite par la Corporation, à l’effet de suspendre pour la saison la tarification des randonneurs à partir du 21 juillet, n’a en rien réglé les questions soulevées par la demande en justice. Bien au contraire, en annonçant avec arrogance la tarification du stationnement durant les fins de semaine de la Flambée des couleurs, les défendeurs ajoutent de nouveaux motifs qui viennent confirmer l’importance, pour la Cour, d’établir clairement le droit des randonneurs détenteurs d’une carte de la SÉPAQ », font valoir les demanderesses Marie-Claire Grégoire et Francine Grondin.

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Accès au mont Orford: trois citoyennes intentent une poursuite

La mise en demeure vise également le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (le MFFP) et la SÉPAQ. 

Rappelons que la poursuite judiciaire déposée en juillet par les deux citoyennes de la région a pour objectif de préciser les droits et obligations découlant de la Loi sur les parcs et du bail liant le ministre des Parcs et la Corporation. Plus spécifiquement, les demandes formulées dans le cadre de la poursuite visent essentiellement à statuer sur la légalité de limiter l’accès à la montagne, de tarifer tant l’accès que le stationnement et à rappeler les limites imposées au bail quant aux activités de plein air tolérées dans le parc.

Après avoir annoncé en mai la mise en place d’une tarification pour tous les randonneurs — même ceux ayant leur carte SÉPAQ —, la Corporation a fait marche arrière en juillet afin de permettre la poursuite des discussions par les membres du comité de travail mis sur pied afin de trouver des solutions au financement des opérations du centre récréotouristique.

« La Corporation ne se préoccupe pas des démarches juridiques en cours. La plupart des randonneurs ont leur carte SÉPAQ. Avec un tarif de stationnement, on leur impose une double tarification. La Corporation est seulement, et je dis bien seulement, locataire des installations de ski et de golf, mais elle est très très loin de ça », dénonce Mme Grégoire lorsque jointe par La Tribune.

Le président de la Corporation digère mal les critiques adressées à l’endroit de l’organisme.

« Les frais de stationnement ont été annoncés en juillet, en même temps que l’annonce du report de la tarification. Nous avons validé avec le ministère des Parcs et il s’agit de seulement neuf jours, ce n’est pas pour toujours », fait valoir Jacques Demers. 

Selon lui, l’imposition d’un frais de stationnement est un compromis qui a été proposé par le comité de travail où siègent entre autres des membres de SOS Parc Orford.

« Nous avons réussi à regrouper dans un comité des gens qui étaient en contradiction au départ. Tous ces gens, de façon unanime, ont dit qu’on devait suspendre les droits d’accès et aller vers la tarification du stationnement pendant la Flambée des couleurs. [...] De plus, c’est un coût par voiture donc on incite les gens à covoiturer pour ne pas faire déborder le stationnement », explique-t-il. 


Jacques Demers

Accès bloqué sept mois par année

Autre motif derrière la mise en demeure, la Corporation a annoncé la fermeture de la montagne aux randonneurs à partir du 1er novembre. Une première, selon Mme Grégoire. « On a vu ça l’an passé puisqu’il y avait des travaux dans la montagne, mais les randonneurs ont toujours eu accès à la montagne en crampons ou en raquettes en dehors des heures du ski. Là, la Corporation veut nous bloquer l’accès sept mois par année », déplore-t-elle. 

À défaut d’une réponse positive à la mise en demeure, les citoyennes soutiennent qu’elles n’hésiteront pas à ajouter une poursuite en dédommagement, afin de se faire rembourser tous les frais de stationnement ainsi payés, de compenser les troubles et inconvénients liés à ces limitations abusives et d’obtenir remboursement des droits payés au terme de la Loi sur les parcs. 

Elles invitent du même coup toutes les personnes détenant une carte de la SÉPAQ qui fréquenteront la montagne durant les fins de semaine de la Flambée des couleurs, d’exiger un reçu pour le stationnement et de le conserver, advenant le dépôt d’une éventuelle poursuite en dommages.

« Nous sommes prêtes à mener cette bataille, assure Mme Grégoire. On le fait pour tous les jeunes qui veulent avoir accès à la montagne. Il y a des petites familles qui n’ont pas les moyens de payer ces droits d’accès alors que la Corporation ne se soucie que de faire de l’argent. La SÉPAQ, elle, elle s’en lave les mains depuis le début. »

Jacques Demers soutient à l’inverse que la fermeture de la montagne aux randonneurs pendant l’hiver n’est pas une nouveauté. 

« Ça a toujours été comme ça. C’est comme ça dans tous les parcs nationaux, ce n’est pas spécifique au mont Orford », souligne M. Demers, en précisant que la date du 1er novembre est susceptible de bouger. « Ça dépend de la météo chaque année. »

« En hiver, il y a de la machinerie qui travaille le soir et c’est très dangereux d’avoir des gens dans la montagne », poursuit-il. 

Le président de la Corporation se dit particulièrement déçu des démarches judiciaires en cours, « surtout parce que ces dames n’ont jamais demandé à nous rencontrer ».

« On a des coûts et des dépenses et cette année plus que jamais avec l’achalandage que nous avons eu dû à la COVID-19. Toutes nos installations étaient très sollicitées. Est-ce que tout peut être gratuit? J’aimerais ça, mais il faut quand même payer nos employés. On a l’obligation de tenir les installations à niveau sinon aussi bien fermer », prévient le président. 

Un nouveau comité de travail sera par ailleurs mis sur pied à l’automne pour travailler sur l’accessibilité à la montagne.

« Des personnes voudraient l’utiliser plus tard le soir par exemple ou rajouter des nouveaux sports dans certaines sections. Il faut voir comment on peut les accepter de façon sécuritaire, en règle avec nos assurances et à quel coût », indique M. Demers.