Sur les campus postsecondaires, les services de sécurité internes sont régulièrement sollicités pour des problèmes reliés à l’alcool. Pendant 2016-2017, on a répertorié près de 11 interventions par mois pour des incidents non médicaux à Sherbrooke.

Abus d'alcool sur les campus : le 911 une fois par mois

Les équipes de service d’aide des campus sherbrookois ont dû intervenir environ trois fois par mois en 2016-2017 en raison d’incidents liés à l’alcool, révèle un document publié par le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDU), « une étude de cas dans la communauté de Sherbrooke ». Celle-ci met en lumière différentes problématiques qu’entraîne la consommation abusive d’alcool chez les jeunes.

« Pour venir en aide à un étudiant impliqué dans un accident ou un incident relié à l’alcool, des responsables de campus ont dû faire un appel aux services d’urgence 911 environ une fois par mois », apprend-on également.

En outre, sur les campus postsecondaires, les services de sécurité internes sont régulièrement sollicités pour des problèmes reliés à l’alcool. Pendant 2016-2017, on a répertorié près de 11 interventions par mois pour des incidents non médicaux.

L’étude s’intéresse aux comportements d’incivilité. « Au sein des quatre secteurs de la ville les plus fréquentés par les jeunes pour consommer de l’alcool, les données révèlent qu’entre le début de 2015 et novembre 2017, 489 constats d’infraction ont été délivrés à des jeunes qui étaient âgés entre 16 et 24 ans au moment de l’événement. »

Le document s’appuie sur des données du Service de police de Sherbrooke (SPS), qui tient des statistiques sur les comportements d’incivilité dans les lieux publics en lien avec la consommation d’alcool.

« Conséquences multiples »

Les indicateurs de conséquences légales et juridiques sont aussi très parlants.

« Les semaines où on observe le plus de méfaits légaux sont exactement les mêmes semaines que celles où on a observé un plus grand nombre de jeunes admis aux urgences (NDLR : en lien avec les problématiques d’alcool). Les semaines où les jeunes boivent trop, les conséquences sont variées et multiples », explique Catherine Paradis, analyste principale, recherche et politique au CCDU et auteure principale de l’étude.

S’attaquer aux dérapages ne sera pas seulement positif pour la santé des jeunes, mais aussi pour faire face à certaines problématiques publiques.

Avec ce constat en main, la communauté se mobilise afin de lutter contre la banalisation de la consommation d’alcool (voir autre texte).

L’étude de cas s’intéresse aussi à la disponibilité et au prix de l’alcool sur le territoire, notamment sur les campus universitaires. Elle souligne qu’en vertu de recommandations canadiennes émises en 2017, « aucun alcool vendu pour consommation sur place ne devrait être offert en deçà de 3,42 $ », mais que « l’ensemble des institutions de la région ne suit pas cette recommandation ». À l’UdeS, une politique note qu’un prix « minimum de 2,50 $ par consommation alcoolisée » doit être instauré.

Ces données s’ajoutent à une étude menée aux urgences du CHUS selon laquelle tous les deux jours, un jeune âgé entre 12 et 24 ans s’est présenté au CHUS pour une urgence médicale reliée à l’alcool. « Le taux d’alcoolémie mesurée chez 569 des 855 patients avait une moyenne de 208,8 mg/dl. » Un jeune sur 10 avait un taux supérieur à 300 mg/dl. En comparaison, pour pouvoir conduire son véhicule en toute légalité, la limite permise est de 80 mg d’alcool par 100 ml de sang.

La population sherbrookoise se compose de 17 % d’étudiants huit mois par année. La ville compte cinq institutions postsecondaires sur son territoire.

Des « espaces sécuritaires » pour dégriser sans dangers

Des « espaces sécuritaires » pourraient voir le jour afin de permettre aux jeunes de dégriser en toute sécurité. C’est du moins l’une des recommandations émises dans l’étude intitulée « La consommation d’alcool et ses méfaits chez les jeunes : étude de cas dans la communauté de Sherbrooke ».

Cette proposition s’inspire d’autres campus canadiens qui ont créé des « post-alcohol support space (PASS) ». Chacune à leur manière, l’UdeS et Bishop’s ont développé ce genre de sites, soutient le CCDU.

Selon Catherine Paradis, analyste principale, recherche et politique au CCDU, les intervenants mobilisés aimeraient qu’un tel espace voie le jour à la rentrée scolaire sur la rue Wellington. Ces espaces seraient de plus en plus populaires.

À Bishop’s, on retrouve notamment Safe Haven, où les étudiants en état d’ébriété peuvent se réfugier. Ils sont surveillés par les membres de Student Safety Workers pour des signes d’intoxication.

La recommandation sera aussi faite aux organisateurs de la Fête du lac des Nations.

« (...) la Fête du lac et les sorties dans les bars entourant les activités d’initiation sont des événements à risque élevé d’intoxications et de voies de fait », lit-on dans le rapport du CCDU. Les auteurs font référence à des « espaces de soutien, itinérants et temporaires, sur des lieux spécifiques ». « On va identifier des moments-clés », note Mme Paradis, coprésidente du PEP-MA, en ajoutant que des travailleurs sociaux pourraient être sur place et appeler les services d’urgence au besoin.

De l’intérêt ailleurs

Selon Mme Paradis, les travaux menés à Sherbrooke suscitent l’intérêt ailleurs au pays. La Ville de Kingston souhaite reprendre l’étude menée dans les urgences du CHUS, après que près d’une centaine de jeunes eurent été admis aux urgences après une seule soirée arrosée. Halifax, capitale de la Nouvelle-Écosse qui a des caractéristiques semblables à Sherbrooke, s’est aussi montrée intéressée après une présentation de Mme Paradis.

À ses yeux, la collaboration de toute la communauté pourrait être la solution aux problèmes liés à la consommation d’alcool chez les jeunes. Même si Sherbrooke en est à ses premières initiatives, son approche pourrait être celle à utiliser à l’échelle nationale.

La Tribune faisait état, récemment, du plan d’action de Sherbrooke, ville en santé et de ses partenaires afin de sensibiliser la communauté à la consommation d’alcool chez les jeunes, dont le CCDU. Les universités de Sherbrooke et de Bishop’s sont membres du Partenariat en éducation postsecondaire — Méfaits de l’alcool (PEP-MA), une initiative qui vise à réduire les méfaits liés à la consommation d’alcool.

Parmi les initiatives évoquées, les intervenants aimeraient solliciter les microbrasseries locales. Elles seraient mises au défi de brasser une bière avec un taux d’alcool de 3,5 %.

Une étude a montré que les étudiants qui consomment une bière à 3,8 % deviennent moins ivres que ceux qui consomment une bière avec un taux de 5,3 % « mais que la plupart ont autant de plaisir à consommer une bière ou l’autre ».

Les chauffeurs d’autobus exaspérés

Par ailleurs, le Syndicat des chauffeurs de la Société de transport de Sherbrooke est exaspéré. Des incidents impliquant des étudiants éméchés sont encore survenus. « On revient toujours à la case départ (...) Tout le monde se renvoie la balle », lance le président, Jean-Pierre Guay. Il dit souhaiter que l’UdeS prenne exemple sur Bishop’s, où les problèmes du genre ont grandement diminué depuis que l’institution a mis en place différentes mesures, dont un code de conduite.