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« En moyenne, il y a peut-être un accident majeur par année sur une conduite au Canada qui est l’équivalent d’un Lac-Mégantic, mais pas au centre d’un village puisque la plupart des incidents ont lieu à proximité des stations de compression », affirme le biophysicien Marc Brullemans.
« En moyenne, il y a peut-être un accident majeur par année sur une conduite au Canada qui est l’équivalent d’un Lac-Mégantic, mais pas au centre d’un village puisque la plupart des incidents ont lieu à proximité des stations de compression », affirme le biophysicien Marc Brullemans.

« Il y a des risques d’explosion »

Coralie Beaumont
Coralie Beaumont
La Tribune
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Outre les dangers que représente le réchauffement climatique pour la population mondiale, le biophysicien Marc Brullemans identifie des risques majeurs qui pourraient se produire sur le territoire estrien, principalement des fuites et des explosions. « Il y a des risques d’explosion. Évidemment, il y a des procédures à suivre et il faut vraiment les suivre, si on ne veut pas avoir de morts sur la conscience », avertit-il.

Il indique que ce risque n’est ni hypothétique ni anecdotique. « En moyenne, il y a peut-être un accident majeur par année sur une conduite au Canada qui est l’équivalent d’un Lac-Mégantic, mais pas au centre d’un village puisque la plupart des incidents ont lieu à proximité des stations de compression. » L’expert précise que tous les accidents pipeliniers peuvent être consultés sur le site de la Régie de l’énergie du Canada. On y découvre par exemple qu’en Estrie, il y a eu un incident à East Hereford en 2018.

Les stations de compression qui permettent de redonner de la pression dans le tuyau pour pousser le gaz sont, selon lui, des points particulièrement sensibles. « C’est sûr que si tu as une station de compression près d’un village ou d’un développement immobilier, le risque devient important, il doit être considéré ». M. Brullemans est d’avis qu’il ne faut pas « se contenter de ce que dit l’industrie », mais « qu’il faut que les municipalités, les gouvernements, les ministères soit impliqués dans un plan d’urgence et qu’il faut que ce soit dynamique avec des exercices sur le terrain. Sinon, ça va ressembler à Lac-Mégantic avec des gens qui court d’un bord à l’autre, les gens appellent et il n’y a personne de l’autre côté de la ligne ». Il explique « qu’il y avait des plateformes gazières au Québec avec des numéros soi-disant pour répondre rapidement en cas d’incident. On composait le numéro et il n’y avait personne à l’autre bout de la ligne ».

Marc Brullemans pointe aussi le fait que l’entretien de la conduite est un point majeur pour diminuer le risque d’accident. Or, il explique qu’il y a eu des cas où des gens se promenaient dans le bois et ont vu des conduites déterrées, peut-être à cause d’un évènement naturel comme un torrent d’eau. « Évidemment la conduite s’est érodée plus rapidement ».

À noter que le nouveau gazoduc pourrait s’approcher des sources d’eau potable, mais M. Brullemans se veut rassurant sur ce point, en cas d’accident. « D’après moi, les conséquences seraient négligeables par rapport à un oléoduc [pipeline d’hydrocarbure] ».

Pas d’évaluation environnementale?

Marc Brullemans ne cache pas ses craintes que le projet d’un nouveau pipeline pour l’usine de Goldboro soit exempt d’une évaluation environnementale. Il pense que le fait qu’il existe déjà une infrastructure avec le pipeline TQM, qui a déjà reçu une évaluation environnementale, est un argument en ce sens. Un deuxième pipeline pourrait suivre le tracé du TQM, par exemple. Outre le fait de peut-être se soustraire à une nouvelle évaluation environnementale, Marc Brullemans présume que « la compagnie va utiliser des emprises existantes parce que, de cette manière, on n’est pas obligé de signer une nouvelle servitude par les propriétaires de terrains », précise-t-il.  

Or, il juge important qu’une évaluation environnementale ait lieu en cas d’ajout un pipeline, car les risques sont plus importants. « Si la conduite est vraiment à courte distance d’une autre conduite, il y a des phénomènes qu’on appelle ‘‘effets dominos’’ qui vont faire en sorte que l’explosion va être plus forte que prévu ». Or, selon lui, ces effets cumulatifs sont rarement considérés dans les évaluations. « Si on parle de deux conduites de 30 pouces de diamètre, c’est beaucoup de gaz, c’est beaucoup de risques », appuie-t-il.

M. Brullemans pointe également le fait que le développement de l’urbanisation rapproche les habitations des pipelines. « Quand on va d’une décennie à l’autre, pourquoi ne pas refaire une évaluation? » s’interroge-t-il.