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Katherine Aubert et Christelle Millette-Aubert ont mis leurs ressources en commun pour offrir un peu de beau temps dans la vie de Sherbrookois en situation d'itinérance, samedi.
Katherine Aubert et Christelle Millette-Aubert ont mis leurs ressources en commun pour offrir un peu de beau temps dans la vie de Sherbrookois en situation d'itinérance, samedi.

À la table des invisibles

Viatka Sundborg
Viatka Sundborg
La Tribune
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De l’empathie, du temps, des coupons et une table pliante. C’est tout, mais c’est amplement suffisant pour faire une différence. 

Samedi, Katheryne Aubert et Christelle Millette se sont ainsi présentées devant le Partage Saint-François pour offrir quelques boîtes à lunch aux itinérants. Une initiative citoyenne et personnelle. « Grâce à des dons et à ma passion pour le couponning, on est capables d’être ici, aujourd’hui, pour offrir des boites à lunch et des biens de première nécessité à quiconque en a besoin », explique Katheryne Audet. 

« Sherbrooke, c’est une petite ville qui a des problèmes de grande ville, mais qui n’a pas autant de ressources. L’itinérance, ici, ne se voit pas et pourtant elle est bien présente », ajoute-t-elle. 

C’est pour ces personnes « invisibles », tous ces oubliés, que les deux femmes se sont mobilisées et se sont rendues jusqu’à elles samedi après-midi. 

C’est frais, mais il fait beau. Les deux femmes sont debout derrière une table pliante remplie de boites à lunch, ou d’espoir. C’est une question de point de vue. Les gens défilent lentement. 

« Les organismes venant en aide aux personnes de la rue sont débordés. Ils sont dévoués, mais n’ont pas les moyens d’aider tout le monde. C’est pour ça que nous avons décidé d’essayer de faire un peu notre part au lieu de rester assises devant notre télévision », explique Christelle Millette Aubert. 

C’est visiblement sans prétention que ces deux femmes posent cette action. « On ne changera pas le monde, mais si on peut permettre à quelqu’un d’avoir moins faim ou moins froid ce soir, ce sera déjà ça », enchaine-t-elle. Christelle et Katheryne le répètent d’innombrables fois, la population sherbrookoise a été généreuse et indispensable à l’organisation de ce don. C’est un peu comme si la communauté de Sherbrooke était présente autour de cette table pliante. 

On parle souvent de la réalité difficile ou froide de la rue, mais on parle trop peu de ces quelques maillons chaleureux qui s’ajoutent au filet social de notre société. Un filet social qui protège et qui rassemble. 

Mélanie Aubert vient chercher sa boîte à lunch. Elle reconnaît bien là la générosité de sa fille Katheryne et de sa sœur Christelle. 

Comme si les abords de la table pliante devenaient lieu de réconfort propice aux confidences, Mélanie Aubert raconte sa situation d’itinérance. Sa vie a récemment basculé à la suite du décès de son père. Un enchainement rapide d’évènements, de détresse et de dépendances l’a entrainée en marge de la société. 

« Je suis diplômée, j’ai eu une vie, avant, et des enfants, mais tout est arrivé si vite », résume Mélanie. 

Il y a d’innombrables portes d’entrée à l’itinérance, très peu de portes de sortie. « Je suis sobre maintenant, mais ce n’est pas parce qu’aujourd’hui je suis prête à retrouver ma vie d’avant que ça se fait en claquant des doigts », se désole Mélanie en soulignant que quand on veut, on ne peut pas toujours. 

« Le Partage Saint-François m’aide en me donnant une adresse pour recevoir mon chèque, mais après je dois chercher des appartements et un travail sans Internet ni téléphone. Ce n’est vraiment pas simple. Le système est moins pressé que moi de sortir de la rue visiblement », explique Mélanie Aubert. 

Un peu à l’écart de la table, mais toujours à portée de voix, un homme se tient debout. Mélanie le désigne à quelques reprises en précisant que c’est grâce à cet homme que ses démarches progressent. 

Lui, c’est Robert. Un genre de diamant brut. 

« Je suis né dans une famille nombreuse. On était dix enfants et on n’avait pas le choix de s’entraider pour survivre. Pour moi, ç’a toujours été naturel de tendre la main à quelqu’un qui était par terre pour qu’il puisse se relever plus facilement », raconte à son tour Robert.

Quand il a rencontré Mélanie, il comprenait sa détresse. Voyant qu’elle souhaitait réellement retrouver une vie normale, Robert l’a accueillie chez lui.

Les boîtes à lunch de Katheryne et Christelle s’envolent une à une. Les histoires vers l’itinérance se racontent, les initiatives d’entraide pour en sortir aussi. L’invisible se transforme, les visages prennent vie.

Incroyable tout ce qu’on peut faire avec de l’empathie, du temps, des coupons et une table pliante.


Katherine Aubert et Christelle Millette-Aubert poursuivent leur mission via leur page Facebook : Soutien à l’itinérance au Québec.