Plusieurs propriétaires de bars et de restaurants sherbrookois ont décidé de cesser d’utiliser des pailles de plastique pour des raisons environnementales.

À bas les pailles dans des bars et restos

Partout à travers le monde, les propriétaires de restaurants et de bars sont de plus en plus nombreux à bannir les pailles de plastique de leurs établissements, et Sherbrooke ne fait pas exception.

Le King Hall a notamment fait part de son engagement à cesser d’en utiliser par le biais d’une publication Facebook abondamment partagée. Ce bar distribuera dorénavant des breuvages sans pailles, mais pourra aussi fournir des pailles 100 % biodégradables sur demande.

L’établissement utilisait annuellement environ 72 000 pailles, « 6000 longs boutes de plastique remplis de colorants et de filtres ultraviolets qu’on jetait dans les poubelles à tous les mois. 20 minutes en moyenne de temps d’utilisation à flotter dans un verre et hop (!), 190 pailles par jour qui trouvaient le fond de nos poubelles! » pouvait-on lire dans le message.

Le Tapageur, La P’tite Grenouille, l’hôtel Estrimont Suites & Spa et le bistro L’Empreinte ont aussi emboîté le pas. Les commentaires sous les publications à cet effet étaient très positifs.

Les ventes augmentent à l’Écolo Boutique

Le propriétaire de l’Écolo Boutique Pierre Bolduc confirme que les ventes de vaisselle compostable sont toujours en progression dans son commerce. « Il y a toujours plus de restaurateurs, de traiteurs et d’événements qui utilisent ces produits-là. Pour donner un exemple, la Coop funéraire de l’Estrie exige de tous ses traiteurs qu’ils utilisent de la vaisselle compostable », dit-il.

« Les pailles, c’est un produit qu’on vendait un peu, mais là ça se vend beaucoup, il y a un engouement avec ce qu’on voit depuis quelques mois dans le monde. On sent que les gens ne veulent plus de pailles de plastique, et c’est une belle alternative », poursuit-il.

Un paquet de 100 pailles compostables se vend 3,85 $ à l’Écolo Boutique.

Certains types de pailles, par exemple celles, plus larges, utilisées pour le bubble tea, ne sont toutefois pas encore disponibles en version compostable.

« Pour le commun des mortels, on peut aussi acheter des pailles en stainless steel qui sont lavables. Il y en a aussi en plastique, en verre ou en bambou, mais selon moi la meilleure est celle en stainless : c’est la plus durable et la plus facile à laver. »

Au-delà des pailles, Pierre Bolduc aimerait voir plus de restaurateurs utiliser des emballages compostables pour leurs plats pour emporter. « Le frein, c’est que les gens ne veulent pas dépenser le supplément que ça coûte pour ne pas augmenter le prix pour leur clientèle. Mais je dirais que ça donne une plus-value aux restaurateurs, ils peuvent en faire un élément de marketing en même temps », avance-t-il.

Il y a également l’option de faire payer l’emballage compostable directement au client qui choisit de faire un achat pour emporter.

« Du côté des chaînes, certaines emboîtent le pas : une bonne partie des produits utilisés par St-Hubert sont compostables. Mais il y en a d’autres qui devraient le faire, ça génère tellement de matières non recyclables. Si on prend juste les verres à café – qu’on trouve maintenant dans les grandes chaînes et même dans les dépanneurs –, on a l’impression que le verre est recyclable, mais il ne l’est pas puisqu’il contient plus qu’un matériau. Même si on le met au recyclage, ça finit au site d’enfouissement. »

Pour aller plus loin

Au Café Aragon, ça fait déjà deux ans que les pailles compostables font partie de l’inventaire du restaurant. Le reste de la vaisselle pour emporter est compostable ou recyclable depuis cinq ou six ans. « Et nos sacs de plastique s’en vont bientôt : j’attends juste d’avoir fini ma boîte! » lance Kéren Richard, copropriétaire de l’endroit.

Au Café Aragon, plusieurs mesures sont mises de l’avant pour réduire l’impact environnemental du commerce, explique la copropriétaire du restaurant Kéren Richard.

Elle poursuit en racontant que lorsque le café a été incorporé et qu’il est devenu une « personne morale », ça l’a fait réfléchir. « Je me suis dit que si mon café était une personne morale, j’allais lui en donner, de l’éthique et de la morale. Je viens d’un milieu quand même assez écolo, et je pouvais donner libre cours à mes valeurs assez facilement dans ce projet-là. »

Grâce au travail fait en amont, lorsque Mme Richard a inscrit son entreprise au programme de reconnaissance ICI, ON RECYCLE! de Recyc-Québec, elle a tout de suite obtenu le plus haut niveau de certification, étant donné qu’elle valorisait autour de 93 % de ses déchets. « C’est bien beau de dire qu’on est écolo, mais quand un tiers parti le reconnaît, ça rend ça pertinent, crédible et vérifiable », souligne-t-elle.

L’entreprise achète également des crédits de compensation carbone à Écotierra, une entreprise sherbrookoise qui réinvestit ces sommes dans des cultures coopératives de cacao et de café à l’étranger. « Je comptabilise l’électricité, le propane et l’essence utilisée pour le travail chaque année, et à partir de ces chiffres, ils calculent une estimation de la production de gaz à effet de serre engendrée par le café, et un montant compensatoire qui est investi dans des programmes environnementaux et sociaux, que l’on aime beaucoup », explique l’entrepreneure.

Kéren Richard dit trouver que les frais engendrés par ces mesures sont relativement minimes pour le bien qui en découle. La reconnaissance de Recyc-Québec est valide pour trois ans, et les frais d’évaluation du dossier coûtent 375 $ (plus le temps requis pour monter le dossier, notamment en pesant ses matières résiduelles). Les crédits Écotierra lui reviennent environ à 300 ou 400 $ par année.

« C’est sûr que les pailles de plastique, ça ne coûte à peu près rien, et que les pailles compostables ont un prix [NDLR : un paquet de 100 pailles compostables se vend 3,85 $ à l’Écolo Boutique]. Mais ce qu’il faut se demander, c’est si on veut vraiment mettre des pailles partout? Même si elles sont compostables, on essaie d’en mettre le moins possible. »

Trucs faciles

Selon Mme Richard, plusieurs trucs faciles pourraient être mis en place par des restaurateurs soucieux de diminuer leur empreinte écologique.

Par exemple, ils pourraient remplacer le polystyrène des contenants pour emporter par de l’aluminium ou du carton recyclables. Ils pourraient aussi offrir des demi-portions pour les gens qui ont moins d’appétit, pour éviter le gaspillage de nourriture ou le recours à des emballages pour emporter.

« J’aimerais ça aussi que le recyclage et le compostage soient obligatoires pour les commerces. On sort à peu près quatre ou cinq sacs de matières compostables pour un sac et demi de poubelles chaque jour... Mais je sais qu’à certains endroits, notamment au centre-ville, c’est plus difficile à faire. Il faudrait trouver un moyen pour rendre ça facile pour les commerçants », avance-t-elle.

« On est un café de quartier assez minuscule, mais toute la matière qu’on produit, c’est beaucoup. J’imagine les autres qui remplissent des poubelles de déchets, et c’est hallucinant! »