Les patients qui attendent un rendez-vous non urgent en gastro-entérologie, en ORL et en urologie au CIUSSS de l’Estrie-CHUS doivent s’armer de patience.

586 jours d’attente pour voir un urologue

EXCLUSIF: Les patients qui attendent un rendez-vous non urgent en gastro-entérologie, en ORL et en urologie au CIUSSS de l’Estrie-CHUS doivent s’armer de patience. Pour voir un urologue, il faut attendre jusqu’à un délai moyen de 586 jours, alors que 324 jours d’attente en moyenne sont nécessaires pour voir un gastro-entérologue et 394 jours pour un ORL. Non, le nombre de demandes de consultation n’a pas explosé ces dernières années. Dans tous les cas, c’est le manque de médecins qui est dénoncé.

Dans chacune des spécialités, les patients codés très urgents (A) et urgents (B) sont tous vus sans attente en dessous de la cible ministérielle de trois jours. Toutefois, la situation est loin d’être la même pour tous les autres patients.

Les 10 urologues en poste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS voient les patients codés A, B et C dans des délais tout près des cibles ministérielles. Mais les choses se gâtent pour les patients codés D et E qui doivent attendre respectivement en moyenne 231 et 586 jours alors que les cibles du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) sont respectivement de 90 et 365 jours.

Les difficultés sont grandes aussi en gastro-entérologie. Les patients codés C (cible de 28 jours) doivent attendre 149 jours pour voir un des 17 médecins spécialistes du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, 146 jours pour un patient codé D et 324 jours pour les patients codés E.

Les médecins ORL sont aussi en grande demande. Les 12 médecins en place réussissent à voir les patients codés D et E dans des délais moyens de 170 et 394 jours.

Les oto-rhinos-laryngologues (ORL) sont difficiles à recruter. En ce moment, seuls 12 des 14 postes disponibles sont occupés au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Recrutement de médecins spécialistes

Qu’est-ce qui explique de si longs délais pour voir les médecins spécialistes ? Il y a trop peu de médecins spécialistes en poste pour répondre à la demande.

« La problématique en urologie est provinciale : il manque de médecins. Il y a des grands efforts de recrutement, ici au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, mais pourtant, nous avons deux postes sur 10 qui ne sont pas comblés en ce moment. Nous avons un recrutement prévu pour cet été, mais une retraite annoncée au même moment, donc ça ne changera pas beaucoup la situation », explique André Lortie, directeur adjoint aux services professionnels au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Le prochain recrutement est prévu pour 2020.

Au Québec, il y a 180 postes de médecins spécialistes en urologie ; seuls 162 sont occupés.

Les oto-rhinos-laryngologues (ORL) sont aussi difficiles à recruter. En ce moment, seuls 12 des 14 postes disponibles sont occupés. Selon les données du MSSS, il y a présentement 200 ORL en poste sur les 209 postes affichés pour l’ensemble des hôpitaux.

Il y a deux postes vacants du côté de la gastro-entérologie au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, pour un total de 17 médecins pour 19 postes.

« Le recrutement est difficile là aussi. Nous n’avons pas été capables d’avoir de recrutement pour 2020-2021 », ajoute M. Lortie.

Il y a aussi deux postes vacants du côté de la gastro-entérologie où il y a 17 médecins pour 19 postes. Dans l’ensemble du Québec, il manque 11 gastro-entérologues pour pourvoir tous les postes.

« Ce sont des données qui ne comptent pas là-dedans s’il y a des médecins en congé maladie, en retours progressifs ou en semi-retraite », ajoute M. Lortie.

Plans d’action

Des plans d’action ont été mis en place dans chaque service pour en améliorer l’efficacité. Un exemple ? « Les gens qui doivent passer une colonoscopie de dépistage rencontrent maintenant une infirmière avant l’examen plutôt que le gastro-entérologue, et ils rencontrent le médecin au moment de l’examen. Ça nous a permis de libérer du temps aux médecins », ajoute-t-il.

Dans toutes les spécialités, des mécanismes ont été mis en place pour aider les médecins de famille, notamment avec des algorithmes de décisions pour plusieurs pathologies courantes relatives à chacune des spécialités. « On essaie de les soutenir avant qu’ils prennent la décision de référer à un médecin spécialiste », précise M. Lortie.

Il rappelle que les patients peuvent en tout temps retourner voir leur médecin de famille s’il y a des changements dans leur condition de santé.

« Nous avons des mécanismes qui ont été mis en place pour que les médecins de famille puissent le faire savoir si la condition médicale du patient change », ajoute-t-il.

Des corridors de services sont aussi utilisés lorsque d’autres CIUSSS ont davantage de disponibilités, comme des patients référés en ORL en Montérégie et à Thetford Mines.

Plusieurs responsabilités

Il ne faut pas mettre la faute sur les médecins spécialistes en place, soutient le directeur adjoint des services professionnels, car les rendez-vous en clinique externe ne constituent qu’une partie de leurs multiples tâches dans des hôpitaux universitaires comme ceux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Les médecins spécialistes ont plusieurs autres responsabilités en dehors de la clinique externe. Ils ont aussi la charge des patients hospitalisés, les ORL et les urologues ont une pratique en chirurgie assez importante. Ils ont aussi des activités en recherche et en enseignement. Aussi, dans ces spécialités, il n’y a pas de pratique hors établissement pour soutenir les médecins en clinique externe, comme ça peut se faire dans d’autres régions », précise André Lortie.