Se déplacer 48 heures en Leaf de Nissan est une bonne façon de voir si ce type d’auto électrique est compatible avec nos contraintes professionnelles.

48 heures en auto électrique

COMMENTAIRE / Essayer une voiture électrique chez un concessionnaire, c’est intéressant. Mais pouvoir la conduire deux jours en ligne pour la tester au quotidien, c’est pas mal plus éclairant sur la réalité qui vient avec l’achat de ce type de véhicule!

J’ai pu réaliser cette expérience en avril avec une Leaf prêtée par Nissan Sherbrooke à La Tribune en vertu d’une collaboration avec le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie. Deux allers-retours au bureau, deux assignations à l’extérieur de Sherbrooke et un tour à l’épicerie plus tard, voici quelques réflexions qui me sont venues pendant l’expérience...

Silence et fierté

Commençons avec les aspects positifs.

Quand on roule en voiture électrique, ce qui nous frappe en premier, c’est le silence au démarrage : le moteur ne fait aucun bruit. En reculant dans le stationnement, de tout petits « bips » discrets sont produits par la voiture, histoire de signaler notre présence à d’éventuels piétons. Une fois en marche avant, c’est le silence total : je suis même passée à quelques mètres d’une collègue qui marchait dans le stationnement, et elle m’a confirmé ne pas m’avoir entendue arriver du tout!

Pour ce qui est de la conduite, la Leaf ressemble à n’importe quelle voiture automatique, à quelques exceptions près : l’accélération est nettement plus lente, et lorsqu’on lâche la pédale de « gaz », la voiture ralentit beaucoup plus rapidement qu’une bagnole ordinaire.

Une fois qu’on a pris l’habitude, ça se conduit très bien.

Avouons-le également : il y a une petite fierté qui vient avec le fait de conduire une voiture électrique. On se sent au volant d’une auto du futur, et on pense avec plaisir à l’inscription « zéro émission » qui l’orne...

La fameuse autonomie

Venons-en maintenant à la question qui tue : l’autonomie de batterie. Quand j’ai vu sur mon horaire de travail que je devrais aller au mont Orford avec la Leaf, j’ai eu un peu peur : allais-je rester prise à la montagne avec une batterie à plat?

L’autonomie annoncée de 240 km m’a rassurée. Sur le tableau de bord, en plus du pourcentage de batterie, une estimation du kilométrage restant donne un baromètre bien lisible de la situation. Je ne me suis pas retrouvée perdue en plein milieu de nulle part.

Pour ce qui est des recharges, l’idéal est de pouvoir se brancher chez soi (ou au travail) et de faire ses journées ainsi sans utiliser les bornes de recharge publiques. Le territoire desservi par La Tribune compte quand même 85 de ces bornes, mais seulement sept sont à recharge rapide et permettent de faire le « plein » en 20 minutes.

En résumé, pour bien fonctionner avec une voiture électrique, il faut ne pas faire de trop longs trajets en une seule journée, ou alors être très bien organisé. Le GPS intégré au tableau de bord nous facilite la tâche : les bornes de recharge y apparaissent automatiquement.

En ce qui me concerne, en tant que journaliste, j’ai évidemment un horaire variable et difficile à prévoir. Il m’arrive parfois de me rendre à Magog pour une assignation, puis de devoir couvrir quelque chose d’autre tout de suite après à Fleurimont, et de devoir ensuite partir de façon totalement inattendue sur les lieux d’un incendie à Ulverton. Une batterie faible me compliquerait beaucoup la vie dans de telles circonstances!

Et attention, lorsque l’on consulte une carte de bornes de recharge, il faut s’assurer qu’elles sont vraiment en service. Une collègue photographe me racontait qu’elle s’était déjà rendue dans le secteur de Kingsey Falls avec une voiture électrique, et qu’une fois rendue là, elle avait réalisé que la borne promise n’était pas encore en service... Le retour en dépanneuse ne fut pas aussi écolo et plaisant que l’aller!

Mon verdict : si j’avais un horaire relativement régulier, j’aimerais posséder une voiture électrique. Mais étant donné mon emploi imprévisible et l’ampleur du territoire couvert par La Tribune, j’irais probablement vers une voiture hybride avant d’acheter une automobile 100 % électrique.

Inquiétude inattendue

Petite parenthèse pour terminer. Je m’attendais à être un peu inquiète par rapport à l’autonomie de la batterie, mais un autre souci a émergé lors de l’utilisation, auquel je ne m’attendais pas.

Comme je termine souvent de travailler tard le soir, j’aime bien stationner ma voiture à côté de la porte du bureau, marcher directement vers celle-ci et y grimper rapidement après mon quart de travail. Simple question de prudence.

Par contre, le fil installé pour la recharge du véhicule électrique était dans le fond du stationnement. En plein jour, pas de problème, mais en soirée, c’est moins agréable de devoir marcher dans le noir jusqu’au véhicule, et de prendre le temps de le débrancher puis de ranger le fil avant de pouvoir y embarquer. Évidemment, le fil pourrait être installé près de la porte, mais l’expérience m’a quand même fait prendre conscience que les espaces alloués au chargement contraignent un peu l’endroit où on va se stationner lorsqu’on a une voiture électrique.

Dans la même veine, comme je fais souvent de la route la nuit, j’apprécie quand j’arrête mettre de l’essence que les stations-service soient éclairées et surveillées par des employés. Plusieurs bornes de recharge électriques sont situées à proximité de carrefours achalandés ou de restaurants ouverts la nuit, mais certaines sont dans des secteurs plus isolés où on n’a pas forcément envie d’arrêter 20 minutes en pleine nuit.

La plupart des limitations que j’ai identifiées ici tiennent beaucoup au fait que les voitures électriques restent encore marginales par rapport à la flotte de véhicules à essence. Plus il y en aura en circulation, plus on verra de bornes de recharge, et la technologie continue toujours de s’améliorer. Quand je m’achèterai une nouvelle voiture dans quelques années, mon verdict sera peut-être différent; même si je compte bien continuer à avoir des journées imprévisibles...

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La voiture électrique utilisée pour la rédaction de cette chronique a été prêtée à La Tribune pendant une semaine dans le cadre du programme « ICI propulsé à l'électricité » du Conseil régional de l'environnement de l'Estrie. Plusieurs de mes collègues l'ont également essayée, mais je suis la seule à l'avoir utilisée deux jours complets en ligne.