Pierre Lazard et Luc Rouillard ont participé au Défi Chaîne de vie dimanche au mont Orford. M. Lazard a reçu une greffe du cœur il y a 35 ans alors que M. Rouillard vit avec un nouveau foie depuis 10 ans.

35 ans avec le coeur d'un autre

Les docteurs donnaient tout au plus cinq ans à vivre à Pierre Lazard lorsqu’il a reçu une greffe du cœur à l’âge de 15 ans. Trente-cinq ans plus tard, il est toujours là et s’est même surpassé en remportant deux médailles aux Jeux mondiaux des greffés qui ont eu lieu à Newcastle en Grande-Bretagne cet été.

L’exploit est remarquable pour Pierre Lazard qui a participé à 13 Jeux des greffés. Il a ramené cette année une médaille de bronze au 100 mètres et une médaille d’argent au 200 mètres. 

« J’avais un souffle au cœur à la naissance, explique-t-il. Je me suis fracturé le bras lorsque j’avais 10-11 ans et ils ont vu que mon état s’était dégradé. J’ai été opéré au cœur et j’ai eu une transplantation à 15 ans. J’avais un donneur très compatible. J’ai toujours fait attention à mon alimentation et j’ai toujours fait du sport. Un petit peu de chance à travers tout ça et c’est ainsi que j’ai pu me rendre à autant d’années de greffe. »

Après une aussi longue période à vivre avec une greffe du cœur, certaines complications peuvent survenir, mais M. Lazard ne s’en fait pas trop.

« Le rejet aigu, c’est dans les premières années, indique-t-il. Il y en a de moins en moins parce qu’on prend des donneurs plus compatibles. À long terme, il y a la maladie du greffon, mais ça évolue de façon très variable d’un greffé à l’autre. Une greffe cardiaque dure environ 15 ans en moyenne, mais il y a des facteurs qui ne sont pas bien compris encore. Quand j’ai été greffé, on me donnait cinq ans d’espérance au maximum et aujourd’hui je fais les statistiques. J’ai vécu plus longtemps avec mon nouveau cœur qu’avec l’ancien. »

Dimanche, M. Lazard faisait l’ascension du mont Orford pour le Défi Chaîne de vie.

« Après plusieurs années, on tombe un peu dans la routine et c’est important des événements comme ça pour se rappeler la chance qu’on a et de montrer aux autres qu’on peut vivre longtemps avec une greffe et de mener une vie normale. »

Il était accompagné de son ami Luc Rouillard qui a reçu un nouveau foie il y a 10 ans. Il a lui aussi participé aux Jeux mondiaux des greffés cet été, une première expérience.

« Ça très bien été, c’est une belle expérience. Il y avait 60 pays et plus de 2000 greffés. J’ai adoré ça et cette année, mon entraînement sera encore plus fort. »

Chemin sinueux

C’est Janie Boulianne-Gref, qui a reçu un rein en 2018 de la part de la Sherbrookoise Marie-Ève Cronin, qui agissait à titre de coordonnatrice pour le Défi Chaîne de vie cette année au mont Orford. Plus d’une soixantaine de personnes ont fait l’ascension de la montagne pour amasser de l’argent et sensibiliser les gens au don d’organe.

« La montagne représente le chemin sinueux qu’on peut parcourir en tant que greffés, image Mme Boulianne-Gref. C’est difficile autant physiquement que mentalement, car ce sont des défis chaque jour. »

L’argent amassé sert à mettre de l’avant un programme de sensibilisation dans les écoles du Québec.

Janie Boulianne-Gref

850 personnes en attente

En ce moment au Québec, 850 personnes sont en attente d’un don.

« De ces personnes, 50 vont en mourir, mentionne Mme Boulianne-Gref. C’est vraiment dommage. L’important c’est de signer sa carte, mais aussi d’en parler avec ses proches parce que c’est eux qui ont le dernier mot. La carte signée n’est qu’un prétexte pour aborder les familles. »

Selon Mme Boulianne-Gref, 37 % des familles refusent le don d’organe même si la carte a été signée. Et c’est seulement 1 % des décès dans les centres hospitaliers qui sont susceptibles d’être un don d’organe.