Kathleen Weary et Souhaïla Hamdache sont deux jeunes leaders du projet « Dialogue Plus ».
Kathleen Weary et Souhaïla Hamdache sont deux jeunes leaders du projet « Dialogue Plus ».

330 000 $ pour Dialogue Plus

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
L’avenir est prometteur pour le projet sherbrookois « Dialogue Plus », qui recevra une aide de tout près de 330 000 $ du ministère du Patrimoine canadien pour la prochaine année. Sherbrooke partagera cette somme avec quatre autres villes où le projet sera mis en place soit Québec, Moncton, Ottawa et Hamilton.

« Dialogue Plus » vise à promouvoir les échanges interculturels en proposant des actions publiques menées par de jeunes leaders de la communauté. Plusieurs activités sont organisées tous les mois comme des soupers du monde, une bibliothèque vivante, où les gens avec divers parcours partagent leur récit de vie, ou des mouvements « Regardez-moi » dans lesquels les gens sont invités à se regarder droit dans les yeux pendant une minute complète.

« Ce financement nous permet de continuer et de ne pas mettre à mort le projet, signale Annie Godbout, conseillère municipale et présidente du Comité des relations interculturelles et de la diversité. J’ai participé aux consultations du gouvernement du Québec en décembre sur la discrimination. J’entendais des gens parler de solution pour améliorer les choses et laissez-moi vous dire que le projet « Dialogue Plus » est vraiment pertinent. Il répond à beaucoup de préoccupations. J’ai réalisé qu’on est dans la bonne direction. »

En tout, c’est 329 850 $ qui seront distribués dans les cinq villes qui mettent le projet « Dialogue Plus » de l’avant. Sherbrooke devrait en recevoir un peu plus que les autres puisque le projet a vu le jour en Estrie et il sera administré à partir d’ici.

Parlez-vous français?

Souhaïla Hamdache, qui porte le voile, fait partie des jeunes leaders du projet. Elle explique que l’initiative a sa raison d’être à Sherbrooke.

« Je me fais parfois demander si je parle français alors que je suis née ici, souligne-t-elle. Ça arrive plus souvent qu’on le pense. On m’a aussi demandé si j’étais en francisation au cégep alors que je suis en science de la nature. Je suis consciente que je suis différente, mais la meilleure chose c’est de demander pour éviter les préjugés. On me jette souvent des regards dans l’autobus aussi. Quand je suis arrivé au cégep, j’étais avec certaines personnes qui n’avaient jamais côtoyé de personnes voilées. Mais dès que je leur parle, ils comprennent qu’il n’y a presque pas de différence entre nous. »

Souhaïla Hamdache constate que bien souvent, il y a une grande ouverture d’esprit chez les jeunes, mais que chez les personnes plus âgées, il y en a un peu moins.

« Quand on a une maison propre, est-ce qu’on arrête de faire le ménage? Si on arrête, elle va devenir sale, philosophe Mohammed Soulami, directeur général de l’organisme Actions interculturelles qui coordonne le projet. Le Canada est une société dans laquelle il y a moins de discrimination qu’ailleurs, mais il y a malheureusement des taches noires à travers le pays. On a vu avec le drame à Québec et quelques événements à Sherbrooke, si on ne fait rien, ça va se multiplier. »

Le concept de « Dialogue Plus » s’inspire d’ailleurs des mesures mises en place au lendemain de l’attentat survenu au journal français Charlie Hebdo en 2015.

« Je ne voulais pas me mettre la tête dans le sable, raconte Annie Godbout. Je voyais aussi une montée importante du discours haineux sur les médias sociaux. J’ai rencontré David Morin et Sami Aoun à l’Université de Sherbrooke et le projet est parti de là. »

Pour contrer la pénurie

Outre l’impact dans la communauté, « Dialogue Plus » pourrait avoir un impact important sur la pénurie de main-d’œuvre en Estrie, selon Marie-Claude Bibeau, députée de Compton-Stanstead et ministre du Développement internationale et de la Francophonie.

« On fait face à une pénurie de main-d’œuvre très importante, le milieu des affaires m’en parle tout le temps, souligne-t-elle. On a plusieurs immigrants avec des compétences, mais il faut aussi faciliter le dialogue entre les travailleurs et les employeurs. Parfois on se rend compte que les travailleurs sont plutôt fermés à accueillir des collègues issus de l’immigration alors que dans certains cas, ça peut avoir un impact sur la survie de l’entreprise. Si l’employeur n’a pas les ressources de main-d’œuvre disponible, il peut considérer un déménagement. Il faut s’ouvrir les yeux. »