Mélissa Généreux : « L’Estrie a réussi à rester en zone orange alors que nous étions entourés de régions en zone rouge. On pense que de réussir à rallier une population à une cause commune, celle de réussir à rester en zone orange, a permis non seulement de ralentir la propagation de la COVID-19, mais que ç’a aussi protégé le bien-être psychologique de la population. »
Mélissa Généreux : « L’Estrie a réussi à rester en zone orange alors que nous étions entourés de régions en zone rouge. On pense que de réussir à rallier une population à une cause commune, celle de réussir à rester en zone orange, a permis non seulement de ralentir la propagation de la COVID-19, mais que ç’a aussi protégé le bien-être psychologique de la population. »

25 % des adultes en souffrance… mais les Estriens s’en tirent mieux

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Un jeune sur deux de 18 à 24 ans souffre de symptômes significatifs d’anxiété ou de dépression majeure. Chez les adultes de tous les groupes d’âge, c’est un adulte sur quatre qui présente des signes d’anxiété ou de dépression majeure.

« Les travailleurs de la santé ont toujours eux aussi une prévalence élevée d’anxiété ou de dépression probable (31 %). Les personnes en télétravail s’ajoutent maintenant au lot des personnes affectées psychologiquement par la pandémie dans une proportion de 27 % », explique la Dre Mélissa Généreux.

Voilà les principales constatations qui ressortent d’une étude menée par la Dre Généreux, professeure-chercheuse à l’Université de Sherbrooke et médecin-conseil à la Direction de santé publique de l’Estrie. Celle-ci vient de terminer une deuxième phase de l’étude québécoise sur les impacts psychosociaux de la pandémie. Réalisée auprès de 8500 adultes, l’enquête s’est déroulée du 6 au 18 novembre dans sept régions du Québec, dont l’Estrie.

« Exception estrienne »

Une Estrie qui s’en sort mieux que l’ensemble des citoyens des six autres régions québécoises, d’ailleurs… Dans la première phase de l’étude québécoise sur les impacts psychosociaux de la pandémie, 20 % des Estriens présentaient des signes d’anxiété ou de dépression majeure. La situation est restée stable lors du sondage de novembre, alors qu’elle s’est détériorée dans plusieurs autres régions (la moyenne des sept régions est de 25 % et ce chiffre est grimpé à 31 % dans la région de Montréal).

« On a parlé de l’exception estrienne durant plusieurs semaines : l’Estrie a réussi à rester en zone orange alors que nous étions entourés de régions en zone rouge. On pense que de réussir à rallier une population à une cause commune, celle de réussir à rester en zone orange, a permis non seulement de ralentir la propagation de la COVID-19, mais que ç’a aussi protégé le bien-être psychologique de la population », souligne la Dre Généreux.

Les choses ont toutefois bien changé : l’Estrie est maintenant plongée en zone rouge depuis trois semaines et fait face cette semaine à un nouveau record de cas positifs. Alors il faudra veiller sur les Estriens – comme sur l’ensemble des Québécois – pour qu’ils remontent la pente le plus rapidement possible.

« La pandémie n’est pas terminée, mais on doit être en mode rétablissement dès maintenant. Ce serait une erreur d’attendre que la pandémie soit terminée. On l’a vu à Lac-Mégantic : plus on agira tôt et plus ce sera facile d’aider les gens à se rétablir », estime la Dre Mélissa Généreux.

Stratégie régionale

Et c’est d’ailleurs ce qu’on fait déjà en Estrie, qui est l’une des seules régions du Québec où la direction de la Santé publique a déjà mis sur pied une équipe de rétablissement pour venir en aide aux Estriens durement affectés par les impacts collatéraux de la pandémie.

Car une pandémie d’une telle ampleur n’a rien à voir avec la plupart des catastrophes naturelles ou accidentelles habituelles : le stress aigu d’une tragédie plus conventionnelle (séisme, feu de forêt ou inondations…) est devenu chronique dans le cadre de la pandémie.

« Par exemple, nous développons des stratégies de communication pour mieux rejoindre les groupes à risque. Nous avons créé des outils pour réduire la confusion et favoriser l’adoption des comportements préventifs. Nous avons développé des solutions locales pour atténuer les impacts collatéraux des mesures de contrôle de la pandémie comme l’isolement, la détresse et le déconditionnement », cite en exemple la Dre Généreux.

Citoyens sentinelles

Mais ce n’est pas tout. Un projet-pilote est également en cours afin de bâtir un réseau de citoyens sentinelles à Lac-Mégantic et ses environs, en collaboration avec la Croix-Rouge.

Pour instaurer des solutions concrètes à court terme, le ministère de la Santé et des Services sociaux s’est adjoint les services de la Dre Généreux, qui agira comme conseillère sur le déploiement de l’organisation pour tout le Québec d’équipes d’éclaireurs en santé mentale.

Objectif : mettre en place des « équipes de proximité », comme à Lac-Mégantic, dans les 100 réseaux locaux de services du Québec. Pour des actions concrètes qui débuteront sur le terrain rapidement.

 « L’expertise a été et est encore développée en Estrie. Le tout, bien sûr, dans le but de faire profiter des meilleurs soins et des meilleures pratiques à notre communauté, mais aussi à la population du Québec », soutient Mélissa Généreux.