Sherbrooke et ses itinérants doivent mieux cohabiter

Pour l'instant, il est impossible de quantifier le nombre de personnes en situation d'itinérance, indique Catherine Boileau. Un recensement a été effectué à l'automne, mais les chiffres ne sont pas encore disponibles, selon elle.

En déposant son Plan d’action municipal en matière d’itinérance 2023-2026, la Commission de la sécurité et du développement social de la Ville de Sherbrooke souhaite que les Sherbrookois et les itinérants vivent de façon plus harmonieuse ensemble.


Ce plan n’est pas une baguette magique pour enrayer le problème d’itinérance à Sherbrooke, concède la présidente de cette commission et conseillère municipale, Catherine Boileau. Or, elle espère que les personnes en situation d’itinérance soient mieux encadrées dans quatre ans. Elle souhaite également, selon le document qui sera présenté au conseil municipal dans les prochaines semaines, que ces gens aient accès à certains services comme des toilettes et des lavabos au centre-ville.

Catherine Boileau, conseillère municipale.

«Ce qu’on veut, c’est la cohabitation, assure Mme Boileau. Tu veux vivre dans la rue? C’est correct. Mais tu dois pouvoir [trimballer tes choses] sur toi. Si tu en as plus, ça ne fonctionne pas. [...] C’est un choix de vivre comme ça. S’ils veulent s’en sortir, on va les aider. Mais des gens préfèrent voir le ciel, être libres, sans logement à payer. Toutes ces responsabilités peuvent être très lourdes à porter. Il fallait trouver des moyens de permettre la cohabitation de tout le monde dans le respect avec une approche humaniste.»



«La situation ne sera pas réglée en claquant des doigts. C’est malheureux, mais c’est comme ça», convient Catherine Boileau.

De l’autre côté, la Ville analysera la faisabilité «de développer une équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance composée de ressources terrain spécialisées en itinérance intervenant auprès des personnes à risque» ou dans cette situation.

Pour ce faire, la coordination entre les services de la ville, les organismes communautaires et le CIUSSS de l’Estrie-CHUS devra être améliorée. «Avant, il y avait des délais dans les interventions. Chaque service devait communiquer entre eux. Maintenant, on a un système qui fait en sorte qu’on intervient plus vite et en amont», explique la présidente de cette commission, Catherine Boileau.

Ce plan d’action, qui a été commandé en 2022, est sur quatre ans. Cependant, certains aspects de ce plan ont déjà été mis de l’avant. «Les élus et les employés auront des formations sur la problématique de l’itinérance, les enjeux et les façons d’intervenir. Aussi, quel est le rôle de la Ville? Jusqu’où on peut aller? Quel est le rôle du CIUSSS, celui du provincial? C’était important de délimiter tout ça et de s’assurer qu’il n’y ait pas d’espace vide. On voulait qu’il y ait un soutien, ce sont des citoyens aussi importants que ceux qui ont un toit», soutient Mme Boileau.



Et ces formations ne seront pas seulement offertes aux policiers du Service de police. Elles seront également offertes à d’autres corps de travail comme celle de la voirie, par exemple.

«On a compris que c’était important que les mêmes personnes reviennent sur le terrain. Ils développent un lien de confiance avec les personnes en situation d’itinérance. Au début du mandat, [le démantèlement] du campement du pont Joffre avait vraiment dégénéré. Aujourd’hui, ça se passe très bien. Il n’y a pas d’encombrement. Si des gens y sont, ils sont bien encadrés. Ils peuvent aller ailleurs, mais ils connaissent les consignes.»

La conseillère Annie Godbout.

En commission, la conseillère municipale Annie Godbout s’est demandé quelles étaient les dépenses reliées aux différentes suggestions indiquées dans le plan.

«Pour le budget, c’est plutôt rare qu’on les inscrive dans les plans d’action à adopter. On a un souci de s’assurer qu’il y a des fonds. Ou c’est une action d’analyse ou d’étude. S’il y a une possibilité de subvention, on sait ce qu’on dépose», a répondu l’agente professionnelle en développement social et communautaire de la Ville de Sherbrooke, Patricia Sévigny.

Impact économique

Le citoyen Jean-Sébastien Cyr, qui possède des immeubles dans le quartier Alexandre, aurait aimé être plus consulté dans l’élaboration de ce plan d’action.

L’homme d’affaires aurait aimé lire et commenter le plan avant qu’il soit présenté en commission. Il aimerait «faire du développement économique en considérant les gens qui y vivent. Mettre plus d’éclairage, attirer du monde, que ce soit plus sécuritaire. Que les gens n’aient pas l’impression que c’est la mauvaise rue à aller».



Actuellement, la cohabitation se passe difficilement, déplore M. Cyr. «Si on se base sur l’été dernier, c’était chaotique. On s’implique dans les comités de travail de rue pour essayer de se comprendre. [...] Je dirais qu’on n’est pas à une étape près d’acceptation de la cohabitation mutuelle», décrit-il, soulignant le désir d’installer des toilettes.

«Avant même de commencer le plan d’action, Raïs Kibonge [un autre conseiller municipal] et moi sommes allés à sa rencontre à lui et à d’autres propriétaires, rétorque Catherine Boileau. Nous avons fait le tour du quartier. [...] Tous les commentaires de M. Cyr sont pertinents et on en a tenu compte. C’est vrai, des situations n’ont pas d’allure et on doit trouver des façons de faire pour que les gens aillent au centre-ville sans avoir peur», relate-t-elle, rappelant que le centre-ville est sécuritaire.

Mme Boileau invite M. Cyr à s’investir via les organismes du centre-ville qui viennent en aide aux personnes en situation d’itinérance.