Au Séminaire de Sherbrooke, la tablette iPad a été instaurée comme outil obligatoire en 2011.
Au Séminaire de Sherbrooke, la tablette iPad a été instaurée comme outil obligatoire en 2011.

La technopédagogie s’installe en Estrie

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Sherbrooke — Depuis plus de 15 ans, tous les élèves de la 5e année du primaire à la 5e secondaire de la Commission scolaire anglophone Eastern Townships possèdent leur ordinateur portable en classe.

Au Séminaire de Sherbrooke, la tablette iPad a été instaurée comme outil obligatoire en 2011.

Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation, Thierry Karsenti, estime que l’utilisation des outils numériques est maintenant incontournable en éducation.

« Ce n’est pas parce que la technologie évolue que les classes évoluent au même rythme. L’Estrie est choyée avec le projet de la Commission scolaire Eastern Townships qui est devenue l’une des premières au monde à doter tous ses élèves d’un ordinateur portable. Les progrès en ce sens dans les commissions scolaires francophones sont plus timides. La pandémie a malheureusement révélé cette lacune dans le réseau public », indique M. Karsenti qui souligne aussi la décision du Séminaire de Sherbrooke d’avoir pris le virage numérique. 

La directrice des services pédagogiques au Séminaire de Sherbrooke, Isabelle Chaîné, soutient que la technopédagogie fait maintenant partie de la réalité professionnelle.

« Les outils numériques font partie de la vie pour nos élèves, alors nous les avons intégrés. Ils ont un impact positif non seulement sur la réussite, mais aussi sur la motivation scolaire », explique Isabelle Chaîné.

Elle mentionne que l’utilisation des TIC en classe n’est pas qu’une simple transposition du cours magistral à une version numérique.

« Nos enseignants sont passés à l’étape d’innover avec ces outils technopédagogiques. Ils sont très impliqués et s’entraident en se transmettant leurs meilleures pratiques pédagogiques », soutient la directrice pédagogique de l’institution de la rue Marquette.

La réalité virtuelle est même intégrée pour rendre encore plus concrets les apprentissages.

« Le design trois dimensions et la réalité virtuelle sont intégrés dans certains cours au collégial du Séminaire comme en Techniques d’architecture. Il n’y a rien de plus concret pour un étudiant que de concevoir virtuellement la résidence à partir du plan qu’il a développé. La rétroaction peut même se faire en la visitant », signale le responsable des technopédagogies au Séminaire de Sherbrooke, Dominic Carmichael.

« La réalité virtuelle permet de décupler le type de pédagogie que nous pouvons développer », ajoute Isabelle Chaîné.

Le président de la Commission scolaire Eastern Townships Michael Murray rappelle que c’est dans le cadre d’un projet-pilote autorisé par le ministre de l’Éducation du Québec de l’époque, Pierre Reid, qu’il a été possible de déployer des ordinateurs portables, le réseau de fibres optiques, la plateforme informatique ainsi que la formation du personnel. 

« Nous constatons des impacts positifs sur les apprentissages des élèves; particulièrement ceux qui ont des difficultés d’apprentissage. C’est un outil extraordinaire pour la collaboration, la communication, la recherche et le développement de nos élèves », estime M. Murray.

Thierry Karsenti voit d’un bon œil les investissements gouvernementaux récents pour doter les écoles d’ordinateurs, mais déplore le choix de certains centres de services scolaires, notamment à Montréal, d’ajouter des laboratoires informatiques au lieu de doter les élèves de leur outil numérique personnel.

« Ce serait impensable de donner un crayon pour trois élèves en classe. Chaque élève doit pouvoir utiliser son propre outil numérique », estime le chercheur. 

Thierry Karsenti mentionne que les enseignants doivent adapter leur gestion de classe à ces outils numériques.

« Pour maximiser la réussite, il ne faut pas juste donner des outils numériques aux élèves, il faut savoir quoi faire avec. Il faut aussi veiller à baliser leur utilisation. Le problème d’attention des élèves représente un défi. Les enseignants doivent passer de l’avant à l’arrière de la classe », estime le professeur Karsenti.

Isabelle Chaîné signale que le choix d’imposer la tablette aux élèves est remis en question chaque année.

« Nous refaisons toujours le choix de poursuivre avec le iPad. Nous impliquons même les parents dans la réflexion. Nous réfléchissons constamment sur l’impact des outils numériques, ce qui nous permet de doser leur utilisation. Lire un livre papier demeure une compétence à développer », signale Isabelle Chaîné.