Plusieurs élèves de l’école primaire Plein Soleil sont venus ajouter un peu de concret dans leur éducation.

150 fois « Libérez Raif »

Les cris « Libérez Raif » ont fait écho pour une 150e fois à l’hôtel de ville de Sherbrooke vendredi. Le vent glacial n’a pas refroidi l’ardeur de la centaine de militants pour la libération du blogueur Raif Badawi incarcéré depuis cinq ans en Arabie saoudite pour « insulte à l’islam » et dont la famille est réfugiée à Sherbrooke.

Parmi les militants, plusieurs élèves de l’école primaire Plein Soleil venus ajouter un peu de concret dans leur éducation. « Nous étudions l’impact des gouvernements sur la population, confie l’enseignante. Il ne peut pas avoir de meilleur exemple à leur montrer. » Les jeunes arboraient des pancartes et s’époumonaient en criant des slogans pour la libération de Raif Badawi.

« Je suis tellement contente que la jeunesse s’implique, souligne Jane Hospes, organisatrice des vigiles en soutien à Raif Badawi. Souvent on voit des gens de mon âge, mais l’avenir est aux jeunes et s’il fallait que le combat perdure encore longtemps, nous allons avoir besoin d’une relève. C’est magnifique. »

Un vent d’espoir en Arabie saoudite

L’heure est à la réforme en Arabie saoudite. Le prince héritier Mohammed ben Salmane Al Saoud souhaite amener son pays vers la modernité. Dans les derniers mois, les lois ont été modifiées pour donner le droit aux femmes de conduire. Des cinémas pourraient voir le jour et le pays espère se débarrasser de sa dépendance au pétrole d’ici 2030.

Jane Hostes souhaite que ce changement de mentalité progressif de l’Arabie saoudite aboutisse à la libération de Raif Badawi. Elle note toutefois qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire.

« Même si elle a le droit de conduire, la femme doit encore, pour sortir, être accompagnée d’un homme, précise Mme Hostes. Si l’homme n’est pas disponible, elle ne conduit pas. Avec toutes les déclarations du prince, je me dis que c’est justement maintenant qu’il ne faut pas lâcher. Parce que si on arrête en se disant que le prince va faire la bonne chose, c’est là qu’on sera foutu. Dans le moment, il faut observer et continuer à questionner et lutter. »

Jane Hostes est bien contente du travail accompli depuis le début des vigiles à Sherbrooke en 2014.

« Ce qui a avancé, c’est l’arrêt des coups de fouet. L’Arabie saoudite sait que les yeux sont rivés sur elle. La persévérance des vigiles fait en sorte qu’il n’y a pas de coups de fouet, mais la sentence n’est pas levée. »

« On ne veut pas en faire 150 autres, résume-t-elle. Mais il ne faut pas mettre de limite. Ça prendra le temps que ça prendra, mais un jour il sera libéré. »