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Il y a 877 patients qui sont en attente d’une chirurgie depuis plus d’un an en Estrie.
Il y a 877 patients qui sont en attente d’une chirurgie depuis plus d’un an en Estrie.

13 489 Estriens en attente d’une chirurgie, un record

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
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Il y aujourd’hui 13 489 Estriens en attente d’une chirurgie – c’est 3000 personnes de plus qu’au début de la pandémie en janvier 2020. De ce nombre, 877 patients sont sur la liste d’attente depuis plus d’un an.

Québec a présenté jeudi son plan de rattrapage pour diminuer la liste d’attente pour subir une chirurgie, considérablement rallongée en raison de la pandémie. On y apprend qu’il faudra patienter jusqu’en mars 2023 pour rattraper le retard provoqué par la pandémie et revenir au même nombre de patients en attente qu’en janvier 2020.

Dans la province, il y a aujourd’hui 145 000 personnes en attente d’une chirurgie, soit 30 000 personnes de plus qu’avant la pandémie.

Le rattrapage annoncé par le ministre Dubé ne vise pas à amener les listes d’attente à zéro : il vise à ramener les listes d’attente au niveau où elles étaient avant la pandémie.

Depuis le début de la pandémie, le défi des ressources humaines a forcé tous les CIUSSS à délester des activités électives, dont des chirurgies.

Ça ne fait que quelques semaines que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS parvient à ouvrir jusqu’à 87% de ses salles d’opération (25 salles ouvertes sur 29). Le CIUSSS a aussi signé des contrats avec deux cliniques médicales spécialisées où des chirurgiens et des anesthésistes du CIUSSS de l’Estrie-CHUS travaillent tous les jours afin d’accomplir certaines chirurgies spécifiques, comme des chirurgies de la cataracte.

Entre 500 et 700 chirurgies par semaine

Depuis plusieurs semaines, entre 500 et 700 chirurgies sont effectuées chaque semaine en Estrie, tant en milieu hospitalier qu’en clinique spécialisée.

Or ce nombre de chirurgies permet à peine au CIUSSS de se maintenir à flot par rapport aux nouvelles demandes qui rentrent chaque semaine : le nombre de chirurgies augmente légèrement chaque semaine malgré l’utilisation de 87% des salles d’opération et deux cliniques médicales privées.

Le ministre Dubé a aussi invité tous les Québécois qui seraient en attente d’une consultation chez un médecin spécialiste à aller les consulter. Parce que pendant la pandémie, plusieurs patients ont préféré rester à la maison et éviter les hôpitaux.

« Par rapport à une année de non-pandémie, il y a eu une diminution de 24% d’inscriptions sur la liste d’attente pour subir une chirurgie », a indiqué la Dre Opatrny.

Québec estime donc qu’il existe aussi « une liste d’attente invisible », composée de Québécois qui ont repoussé leur rendez-vous ou qui n’ont pas encore pu avoir de rendez-vous initial avec un chirurgien en raison du ralentissement des activités dans les cliniques externes des médecins spécialistes.

La Dre Opartny invite les chirurgiens et leurs patients à « rester en contact », en particulier si la situation du patient se dégrade. Le chirurgien peut alors changer la priorisation de son patient. Mais le défi demeure très grand en Estrie, comme le dévoilait La Tribune en février dernier

Quand le rattrapage sera terminé, la Dre Opatrny vise à ce que toutes les chirurgies non urgentes soient effectuées en moins de six mois au Québec. « Je pense que ce serait réaliste pour mars 2024 », a-t-elle indiqué.

Présentement, des milliers de patients sont en attente depuis plus d’un an.

Un défi avant la pandémie

Le défi des ressources humaines dans les blocs opératoires existait avant la pandémie. Même avant la COVID-19, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS n’arrivait pratiquement jamais à ouvrir 100 % de ses salles d’opération à cause du manque de main-d’œuvre qualifiée.

Il faut savoir que la formation des infirmières pour travailler au bloc opératoire est d’au moins six mois.

« Les listes d’attente n’étaient pas optimales avant la pandémie », a reconnu en point de presse la sous-ministre Lucie Opatrny.

Celle-ci a expliqué que les listes d’attente étaient très variables d’une région à une autre, et même d’une spécialité à une autre en raison de nombreux facteurs.

La situation de l’Estrie est certainement particulière, alors que des salles d’opération supplémentaires sont réclamées depuis longtemps.

Le travail sera donc d’une hauteur différente d’une région sociosanitaire à l’autre et différentes solutions pourraient être mises de l’avant selon chacune des réalités régionales. Pour le moment, tout est ouvert aux yeux du ministre Christian Dubé.

La réalité des deux hôpitaux universitaires de Sherbrooke est unique au Québec, car les blocs opératoires sont utilisés de la première jusqu’à la quatrième ligne dans un seul centre universitaire et sur un territoire très vaste.

Les besoins spécialisés pour les chirurgies oncologiques (quatrième ligne), par exemple, entrent donc en compétition avec les chirurgies courantes de la première et de la deuxième ligne et toutes les urgences quotidiennes qui doivent être traitées rapidement, comme les césariennes, les saignements intracrâniens à drainer, les appendicites, les fractures, etc. Les chirurgies complexes, comme celles du cerveau et du cœur, doivent nécessairement être réalisées dans des blocs opératoires possédant des équipements spécialisés et avec du personnel infirmier formé pour assister les chirurgiens dans leurs techniques toujours en évolution.

« C’est difficile de trancher entre les deux volets, parce que cesser les activités spécialisées serait très lourd de conséquences pour un centre universitaire, les étudiants, les chirurgiens qui doivent conserver leurs habilités, pour la région et les patients desservis et il y aurait tout autant d’impacts à freiner les soins courants, qui sont plus simples mais plus nombreux et dont la population a aussi grandement besoin », souligne une source qui préfère ne pas être identifiée.