Entourée de ses « faux cousins » Laurier et Alain ainsi que de son père Gilles, Manon Massé revient dans le laboratoire d’apprentissage de vie qu’a été l’érablière des Langlois.

« Vous autres, vous êtes juste à Montréal... »

Un politicien dans une cabane à sucre au mois de mars, c’est classique. Surtout durant une année électorale.

« Ici, y’a pas de set-up! Vous êtes dans ce qu’il y a de plus authentique, même Laurier et Alain sont mes faux cousins. L’amitié entre nos mères était telle qu’on aurait dit deux sœurs et nous avons toujours considéré les liens unissant nos deux familles comme un lien de parenté. »

« Les faux cousins, fiers d’être de ses meilleurs amis », enchaîne Laurier Langlois en exprimant un certain repentir.

« On espère juste que Manon ne nous en veut pas de l’avoir laissée souvent seule dans le bois... »

« Non, les gars, vous m’avez rendu service! C’est grâce à vous que j’ai appris à me faire confiance, à gérer le risque et que j’ai découvert le plaisir de la solitude en forêt », les rassure celle qui a déjà tenu le rôle du Petit Poucet.

« Chose certaine, les plus jeunes comme les plus vieux, on est tous revenus trempés au moins une fois après avoir essayé de marcher sur la glace du ruisseau », complète Alain, l’autre complice du trio.

Ces souvenirs déclenchent un rire si puissant qu’ils pourraient servir de sifflet pour ramener des enfants égarés vers la cabane, toujours sans eau et sans électricité qui, à une certaine époque, a reçu presque tous les écoliers de Windsor.

L’érablière de quelques centaines d’entailles est prise en serre entre une gravière et l’autoroute 55. Cet environnement a évolué comme l’enfant ayant pris ses premiers élans de liberté en région avant d’atterrir dans le village gai d’une grande ville multiethnique, au milieu de la plus forte concentration d’intellectuels et de démunis.

Dans une réalité qui est à bien plus qu’à 150 km de son repaire de jeunesse.

Manon Massé n’avait pas remis les pieds dans la maison de son enfance, à Windsor, depuis qu’elle l’avait quittée à l’âge de sept ans. L’actuelle propriétaire Carmen Guillemette a pris plaisir à lui offrir, ainsi qu’à son père Gilles, une visite guidée.

« Manon, je te trouve ben bonne et je sais que les gens apprécient ton authenticité, mais ça va te prendre pas mal de monde pour gagner le Québec. Parce que vous autres, présentement, vous êtes juste à Montréal... »

La question qui tue ne sort pas des cartons d’un gars du Plateau, l’animateur Guy A. Lepage. Elle jaillit spontanément d’un Québécois des régions avec une ligne de démarcation entre le « nous » et le « vous ». Parce qu’il y a bien plus que le pont de l’amitié à traverser pour devenir premier ministre.

« Pantoute, Alain, c’est pas vrai que nous sommes seulement à Montréal. Soixante pour cent de nos membres sont de l’extérieur de la métropole. Ici, dans la circonscription de Richmond, nous avons une super bonne candidate. Colombe, Colombe... j’oublie malheureusement le nom de famille... » hésite Mme Massé.

« Colombe Landry! Colombe est travailleuse sociale et c’est une femme extraordinaire. »

Mme Landry a obtenu 4 % des voix en 2012 et 7 % en 2014 comme candidate de QS dans Richmond. Dans la strate des 6 pour cent que les sondages nationaux accordent actuellement à ce parti.

Pour le moment, Manon Massé tient le volant durant ses déplacements, mais lorsque arrivera le sprint électoral du début l’automne, elle voyagera dans le fond de l’autobus avec pour premier devoir d’apprendre le nom de ses candidats par cœur avant les haltes médiatiques ne pardonnant pas les trous de mémoire.

« Dans Sherbrooke, nos gens n’ont pas cessé de travailler depuis 2014 et l’implication de plusieurs d’entre eux, dont Christine Labrie qui sera notre candidate en octobre, derrière le parti municipal que dirigeait Hélène Pigot et qui a fait un bon score l’automne dernier à Sherbrooke, ne peut qu’être bénéfique », a-t-elle repris au bond pour revenir au positif.

Les votes que Québec solidaire a pris au PQ lors du dernier scrutin provincial ont sapé les chances de réélection de Serge Cardin comme député de Sherbrooke, au profit de la recrue libérale Luc Fortin, à qui Philippe Couillard a confié des tâches ministérielles depuis.

« Faut prendre notre place, et c’est là que la petite fille de Windsor vient jouer du fait que je ne représente en rien le prototype de politicien de carrière. Parler pour que les gens comprennent, ça fait partie des responsabilités des élus et René Lévesque a souvent dit qu’un bon démocrate, c’est quelqu’un capable d’expliquer, de vulgariser, pour que les citoyens saisissent les enjeux et fassent leur choix.

« Moi, je ne suis pas là pour convaincre que je suis la meilleure. Je veux amener les Québécois à réfléchir en dehors de la boîte qu’on nous a imposée depuis 30 ans. Et cette boîte-là ne nous aide pas comme peuple, ça autorise des coupures dans la santé et l’éducation alors que dans les faits, nous en avons de l’argent. Faut juste aller le chercher à la bonne place. »