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Les familles ayant besoin de services préventifs ont déjà de la réticence à demander des services préventifs qui sont associés avec des institutions comme le CIUSSS, pense la porte-parole du Regroupement des organismes communautaires famille, Caroline Payer.
Les familles ayant besoin de services préventifs ont déjà de la réticence à demander des services préventifs qui sont associés avec des institutions comme le CIUSSS, pense la porte-parole du Regroupement des organismes communautaires famille, Caroline Payer.

« Une grande erreur » de confier la prévention à la DPJ

Tommy Brochu, initiative de journalisme local
Tommy Brochu, initiative de journalisme local
La Tribune
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« Une grande erreur » est commise en jumelant les programmes de prévention à la DPJ, estime le Regroupement des organismes communautaires Familles de l’Estrie, qui dénonce cette décision du ministre Lionel Carmant.

Les familles ayant besoin de services préventifs ont déjà de la réticence à demander des services préventifs qui sont associés avec des institutions comme le CIUSSS, pense la porte-parole du Regroupement des organismes communautaires famille, Caroline Payer.

« Si c’est maintenant associé à la DPJ, les familles vont être perdantes. Elles ne voudront plus y aller par peur d’être sous haute surveillance, d’être listées ou de se ramasser avec un dossier à la DPJ. Selon nous, c’est une fausse bonne idée », pense-t-elle.

Si ces familles n’osent pas se prémunir de services préventifs, elles pourraient se retrouver en mode curatif... à la DPJ. « Je pense qu’on passe à côté de l’objectif de prévention en jumelant ces services à cette institution », exprime-t-elle, faisant référence aux programmes Olo (Œufs-lait-orange) et des Services intégrés en périnatalité et petite enfance (SIPPE).

« Personne n’a envie spontanément d’avoir un dossier avec la DPJ, quel qu’il soit », ajoute-t-elle. 

Rappelons que la nomination de la nouvelle directrice nationale de la protection de la jeunesse, Catherine Lemay, a provoqué cette semaine la colère de plusieurs intervenants en petite enfance et directeurs régionaux de santé publique puisqu’elle désire rapatrier sous son aile tous les programmes préventifs qui s’adressent aux tout-petits, même si les enfants qu’on y suit ne sont pas sous la tutelle de la DPJ.

L’objectif de ces programmes est de diriger les familles plus vulnérables vers différents services pour qu’elles se créent des réseaux, travaillent leurs habiletés parentales et ultimement, sortent de la vulnérabilité. « Ils trouvent des outils qui font en sorte qu’ils ne se retrouvent pas avec un signalement à la DPJ », explique Mme Payer.

Institution en crise

De confier un tel dossier à une institution en crise comme la DPJ est un autre danger selon Mme Payer. « Ce ne sont pas des postes faciles. Il est là, le décalage. La posture DPJ versus la posture préventive, c’est deux univers différents. En prévention, on considère encore le parent comme le premier éducateur de son enfant. On va partir de ses forces. [...] Dans une posture de la DPJ, l’enfant prime. Le parent est, jusqu’à un certain point, coupable jusqu’à preuve du contraire », estime la porte-parole. 

Selon elle, des intervenants pourraient penser qu’il s’agit d’une bonne idée. « Ils pensent peut-être qu’ils vont avoir plus de pouvoirs avec ces familles pour aller plus loin. Mais je veux dire qu’il y a une très grande responsabilité. La perte de confiance ne se regagne pas lorsqu’on est en prévention. Ce sont des programmes qui misent sur le lien de confiance entre l’intervenant et la famille », conseille celle qui œuvre dans le domaine communautaire dans la MRC des Sources.

CIUSSS

Selon Mme Payer et son équipe, il s’agit de la politisation d’un enjeu. « Je pense qu’un homme politique démontrerait une très grande humilité de faire un pas de recul et d’aller chercher l’information sur le terrain. L’idée de vouloir un continuum de service est noble. L’équation peut avoir l’air positive. Mais sur le terrain, ce n’est pas ce qu’on vit. Notre crainte, c’est de perdre des familles qui vont être signalées plus tôt et vivre une plus grande vulnérabilité », s’attriste Caroline Payer.

Un peu plus tôt cette semaine, dans un article paru dans La Presse, le ministre Carmant a lancé une flèche vers l’Estrie. À la réception d’une lettre signée par les directeurs régionaux de santé publique, dont le Dr Alain Poirier, M. Carmant a mentionné : « On ne peut pas dire que l’Estrie est une région qui fonctionne très bien en matière de protection de la jeunesse. Les signalements y ont augmenté de 175 % au cours des cinq dernières années. »

Le ROCFE juge « ingrat de cibler la hausse des signalements en Estrie et de pointer Dr Poirier à cet effet, alors que notre système est si mal en point depuis de nombreuses années et qu’il a été complètement démantelé avec la réforme Barette ».

« M. Carmant a garroché cette statistique quand elle n’est pas analysée. [Il voulait dire] qu’en Estrie, on n’a pas le droit d’avoir d’opinion, car notre taux a énormément augmenté dans les cinq dernières années. Plein de facteurs entrent en ligne de compte. On a vécu une réforme Barette qui a fragilisé toute l’institution. En plus, on a récupéré deux territoires », martèle-t-elle. Celle-ci est cependant « contente de constater que nous ne sommes pas les seuls à avoir cette lecture sur le terrain ».