Un patient hospitalisé en psychiatrie a réussi à casser une fenêtre du huitième étage au pavillon Émile-Noël de l’Hôtel-Dieu, la semaine dernière, et a tenté de se jeter en bas. L’intervention d’un infirmier lui a permis d’avoir la vie sauve.

« Un acte d’héroïsme » en psychiatrie

EXCLUSIF / « Un acte d’héroïsme » : les collègues d’un infirmier en psychiatrie à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke ne sont pas avares de commentaires positifs lorsqu’il est question de l’intervention de l’infirmier Stéphane Caron (nom fictif), qui a sauvé la vie d’un patient qui venait de casser une fenêtre et qui voulait se jeter en bas du huitième étage.

L’infirmier en psychiatrie était à son poste de soir le lundi 18 juin lorsqu’il a entendu sonner une pagette de l’équipe « Code blanc », cette équipe qui intervient lorsqu’un patient doit être maîtrisé physiquement. Même s’il n’est pas membre de cette équipe, il savait qu’elle était en sous-effectif ce soir-là et il a décidé de descendre prêter main-forte à ses collègues.

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« La scène était effroyable. Le patient avait cassé la patte d’une table et s’en servait, en la brandissant, pour maintenir le personnel à distance. Il avait réussi à casser la vitre et il voulait sauter en bas », soutient Stéphane Caron.

Les accès de violence font partie de certaines pathologies en santé mentale. Malgré la prévention, « ce genre d’incident peut survenir », dit Gaëlle Simon, coordonnatrice en services intrahospitaliers en santé mentale et dépendance au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Pour les employés, cette scène a toutefois atteint des sommets inégalés.

« La situation était chaotique. Il y avait de la vitre cassée partout. Il y avait une patiente qui pleurait. Le patient nous menaçait avec la patte dont les quatre côtés étaient pointus. Plus loin, j’entendais des gens crier d’appeler la police. C’était une situation anormale, une coche au-dessus de celles que peuvent gérer les équipes du Code blanc normalement », soutient l’infirmier, qui n’a pas voulu se nommer pour ne pas attirer les projecteurs sur lui.

L’infirmier a réussi à prendre contact avec le patient pour tenter de le pacifier. Alors qu’il n’était qu’à quelques pieds du bâton, le patient a finalement baissé les yeux. « J’ai pu le maîtriser à partir de ce moment-là sans devoir l’étendre par terre dans la vitre. On a retrouvé le contrôle et le retour au calme s’est fait dans l’ordre », ajoute M. Caron.

Mais l’équipe a été secouée. Stéphane Caron le premier.

« Quand un patient qui n’est plus en contrôle te menace en agitant une patte de table pointue, c’est certain que ça fait peur. On a tous imaginé le pire aussi : qu’il réussisse à se jeter en bas du huitième étage », affirme-t-il.

« Cette intervention était d’une intensité peu commune. Elle était à haut risque de blessure grave pour le personnel et à haut risque de suicide pour le patient », soutient Stéphane Caron.

Dès le lendemain, la direction a fait un suivi auprès de l’équipe où s’est passé l’incident. Mais l’infirmier n’a pas été rencontré étant donné qu’il venait d’une autre unité.

« Il m’a manqué une petite tape dans le dos. J’aurais aimé qu’on me demande comment j’allais. La tape dans le dos est venue d’un psychiatre, qui a assisté à la scène et qui m’a félicité et remercié », soutient l’infirmier.

FIERTÉ ET PERSONNEL COMPÉTENT
Du côté de la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, l’incident a été pris au sérieux. Des suivis ont été faits dès le lendemain.

« Je suis désolée d’apprendre que le suivi n’a pas été fait auprès de cet infirmier. On va le faire », soutient Gaëlle Simon.

« Comme direction, nous souhaitons souligner le travail de l’équipe, qui a été extraordinaire et qui a fait une intervention en faisant preuve d’une grande compétence. Ce soir-là, on a vu intervenir des gens compétents, qui ont pu appliquer les procédures pour protéger la clientèle et les autres membres du personnel », ajoute Mme Simon.

Du personnel et de la formation en renfort

Un patient qui réussit à fracasser une vitre de l’hôpital dans le but de se jeter dans le vide, voilà qui n’est pas chose courante dans les deux hôpitaux du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS). « C’est presque une première », soutient Gaëlle Simon, coordonnatrice en services intrahospitaliers en santé mentale et dépendance au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Il n’existe pas de normes ministérielles sur l’épaisseur des fenêtres dans un hôpital qui accueille tous types de clientèles comme c’est le cas de l’Hôtel-Dieu.

Pourtant, dès le lendemain de l’événement, une question a été soulevée : peut-on améliorer la qualité des fenêtres sur l’ensemble des étages du pavillon Émile-Noël, où l’on retrouve les différents départements de psychiatrie?

« Au 7e étage, il y a une sorte de plexiglas qui a été ajouté comme doublage aux fenêtres pour en améliorer la sécurité. Est-ce qu’on pourrait faire la même chose sur l’ensemble des unités? La question est posée, et ça pourrait se faire dans les prochains mois », soutient Mme Simon.

En effet, en 2011, un patient de l’unité de santé mentale de l’Hôtel-Dieu avait aussi réussi à sauter du septième étage avoir fracassé une fenêtre — il avait eu la vie sauve en tombant dans un banc de neige. C’est à la suite de cet événement que les fenêtres de l’unité médico-légale de la psychiatrie avaient été renforcées.

Au cours des derniers mois, La Tribune a fait état à plusieurs reprises d’événements violents survenus au département de psychiatrie. Des médecins et différents employés ont déploré le manque de personnel sur les étages et l’absence de formation de ceux qui y travaillent quotidiennement.

« Nous avons eu la confirmation, la semaine passée, que nous pourrons avoir plus de postes en psychiatrie. La dotation ira à l’automne, ce qui amènera une réorganisation du travail. D’ici là, on veille à ce que les ratios minimums soient respectés en tout temps », ajoute Mme Simon.

De soir, pendant les heures de repas des employés, il arrive qu’il n’y ait sur chaque étage que trois membres du personnel pour une trentaine de patients. « Ce sont les ratios minimums. Est-ce que le genre d’incident survenu la semaine passée serait quand même arrivé avec un ratio dix employés sur l’étage? On ne le sait pas, mais c’est possible », soutient Gaëlle Simon.

Le personnel déplorait aussi l’absence de formation Oméga pour certains employés. Cette formation permet de développer chez les intervenants des habiletés et des modes d’intervention pour assurer sa sécurité et celle des autres en situation d’agressivité.

« Nous avons commencé à former les employés en avril, et ça se continue. Les intervenants qui sont sur l’équipe Code blanc recevront la formation Oméga plus. Ce sont des bonnes nouvelles. Ça progresse », ajoute Gaëlle Simon.