Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Encore une fois, une mobilisation aura lieu le 2 avril à Sherbrooke, contre les féminicides et la violence envers les femmes.
Encore une fois, une mobilisation aura lieu le 2 avril à Sherbrooke, contre les féminicides et la violence envers les femmes.

« Tristes, en colère et mobilisées »

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Elles disent « c’est assez les féminicides! » et elles ont bien raison. Dans plusieurs villes du Québec, dont Sherbrooke, des milliers de femmes prendront les rues pour exprimer leur colère, leur ras-le-bol, leur désarroi, mais aussi pour que ça change.

L’enquête est en cours, mais il y aurait un huitième féminicide en autant de semaines. Chaque semaine, un conjoint tue sa conjointe. Un par semaine. Je ne sais pas comment on peut ne pas y voir un problème de société, un problème collectif.

L’une des membres de la Bande féministe de Sherbrooke se dit « dévastée » par cette vague de violence. « Ce sont des crimes horribles, vraiment violents, enchaine-t-elle. En tant que femme, on est safe nulle part. Ça peut arriver à n’importe qui. »

Cette impression qu’il n’y a pas de lieu sécuritaire, c’est douloureux, cruel et stressant. « Notre message est contre les féminicides, raconte une autre membre de la Bande féministe, mais c’est aussi contre toutes les violences envers les femmes, pas seulement la violence conjugale. »

Si certains en doutaient : la marche de vendredi est donc pour tout le monde, femmes, hommes, personnes non binaires, personnes queers, tout le monde. 

Qu’on ne me sorte surtout pas que c’est un « problème de femmes ». Lorsque des rhinocéros sont tués par des braconniers, on ne dit pas que c’est un « problème de rhinocéros », c’est évident que le problème est les braconniers et tout le système économique et politique qui encourage le massacre des rhinocéros.

Les victimes ne sont pas le problème. La violence envers les femmes est un problème d’hommes violents et de toute une société qui encourage ou tolère cette violence. C’est pour ça que ça concerne tout le monde. Même le gars qui ne ferait pas de mal à une mouche.

À partir de quand tolérer une violence nous rend complices de cette violence? Ne pas être violent n’est pas un exploit, ça devrait être la base. Montrer l’exemple à ses enfants ou à ses parents, là on commence à faire partie de la solution. Dénoncer la violence. Sensibiliser les gens autour de nous. Participer à des marches contre la violence. Intervenir auprès d’un proche qui a des comportements violents. Écrire à son ou sa députée pour exiger un meilleur financement des organismes communautaires. Interpeler le ministre de l’Éducation pour mettre en place de vrais cours sur la sexualité. Il y a plusieurs façons de changer le monde.

Maintenir la pression

La députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, participera à la marche de vendredi. « C’est important que le gouvernement comprenne que nous sommes nombreuses à être mobilisées, que nous allons les surveiller et leur rappeler que nous n’oublierons pas ces femmes », explique celle qui est responsable du dossier de la condition féminine pour Québec solidaire. 

Pour la Bande féministe, cette manifestation est une façon de soutenir les centres d’hébergement qui sont débordés. « Comme citoyennes, on peut s’organiser et aller au front pour les organismes et les femmes », explique l’une des organisatrices. 

Difficile de ne pas évoquer l’insuffisant montant prévu dans le budget du Québec 2021-2022 pour les centres pour femmes et pour les centres d’aide pour hommes. Le premier ministre François Legault n’a pas semblé aimer cette vague de critiques, donnant cette impression qu’il ne prenait pas ça au sérieux. Depuis, il a annoncé qu’il prenait personnellement le dossier en main et qu’il ne manquera pas d’argent.

Pour la députée de Sherbrooke, c’est « ce que le premier ministre devait faire », la pression devenait trop grande. « Ce sont les dossiers qu’il prend qui avancent à la CAQ, ajoute Christine Labrie. On l’a vu avec Internet dans les régions, presque un milliard de dollars ont été trouvés. J’espère autant d’engagement de sa part dans ce dossier. On a besoin de résultats rapidement, c’est une situation de crise. »

La Bande féministe se montre plus sceptique. Elles ne savent pas comment réagir devant un premier ministre « déconnecté » et qui n’a jamais démontré, selon elles, qu’il comprenait vraiment les enjeux, dans un gouvernement qui a souvent associé le rôle de la femme à celui de la famille. 

L’absence des hommes

Je tiens à saluer l’initiative #Hommeassez et #parleatesboys lancée par des hommes et qui invite les hommes à agir, à dire que ça suffit les féminicides, à parler aux gars de leur entourage pour apprendre à communiquer et à chercher de l’aide au besoin. 

Pour que ça change, il faut que les hommes participent au changement, retirer ce fardeau du dos des femmes. Il faut se parler, s’écouter, tendre la main et exiger mieux. Ce sujet ne doit plus être un tabou. La violence ne doit plus être banalisée.

Sauf que ces initiatives masculines sont encore peu nombreuses. D’où la colère et l’impatience des femmes.

« Notre colère est légitime, expliquent les membres de la Bande féministe. Nous n’allons pas rester invisibles toute notre vie, il y a des inégalités avec lesquelles nous ne pouvons pas vivre. On ne nous écoute pas si nous ne faisons pas de bruit. Si des gens trouvent que nous crions trop fort, qu’ils ferment leur fenêtre ou viennent nous parler pour comprendre. »

Contrairement à un préjugé populaire, c’est facile discuter avec une féministe. Suffit de savoir écouter.