Les propriétaires de permis de taxis se battront pour conserver leur actif. Pour plusieurs d’entre eux, ce permis était en quelque sorte un fonds de pension.

« On va se battre », clament les chauffeurs de taxis

« On va se battre », disent les chauffeurs et propriétaires de taxis de Sherbrooke qui ont débrayé lundi matin. Ceux-ci dénoncent le projet de loi 17 du gouvernement de la CAQ, qui prévoit entre autres l’abolition des permis particuliers transférables, qui peuvent coûter plus de 200 000 $.

Ils étaient plusieurs dizaines à manifester devant le bureau de Geneviève Hébert, députée de la CAQ dans Saint-François, lundi matin. Visiblement, plusieurs d’entre eux sont rongés par le stress. Oleksiy Oliynyk a payé son permis de taxi 235 000 $ il y a six ans et doit encore plus de 135 000 $. « J’ai travaillé fort pour tout payer. J’ai payé mes taxes et j’ai suivi les règles. Maintenant, on me dit que le permis vaut 0 $. Je reste avec ma dette à la banque, même si j’ai suivi toutes les règles. Maintenant, le gouvernement me pénalise. J’ai pris une hypothèque pour payer mon permis. Si je fais faillite, ils prennent ma maison. Je serais dans la rue. Je ne pensais jamais que ça arriverait au Québec », dit-il, visiblement émotif.

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« Depuis que la nouvelle a été annoncée, je dors mal, j’ai mal au coeur. Dans ma famille, personne ne dort la nuit. Qu’est-ce qu’on va faire maintenant? C’était un investissement pour le futur, pas pour me rendre riche. C’était pour vivre, avoir un fonds de pension », s’attriste-t-il, ajoutant que la compensation de 1000 $ offerte est ridicule.

Du stress, Mbonimpa Abel en vit également. Papa de neuf enfants dont le dernier a seulement trois mois, le chauffeur de taxi veut continuer de gagner sa vie. 

« Nous sommes 11 à la maison. Je travaille du lundi au vendredi. J’ai décidé de devenir chauffeur de taxi et c’est ce qui nous lie à la maison. Si je vais à l’aide sociale, si je reste à la maison, qu’est-ce que nous allons devenir? Je paie mon loyer tous les mois. Qu’est-ce que je vais donner à la banque? Est-ce que nous allons mourir de faim? » demande-t-il, ajoutant qu’il veut continuer à travailler.

De son côté, Petkovic Nevogsa a passé beaucoup de temps à trouver un emploi lors de son arrivée au Québec. 

« Je suis arrivé en 1998 à Sherbrooke. J’ai passé dans toutes les usines, je cherchais de l’ouvrage, mais ça n’a pas marché. J’ai eu une attestation d’études collégiales, j’ai fait un DEP, mais je n’ai jamais trouvé de travail. J’ai alors acheté un permis de taxi, j’ai travaillé, j’ai acheté une maison. Je suis maintenant Québécois comme tout le monde, mais ils vont m’enlever ça. Ils veulent qu’on s’intègre ici, ou non? De plus, la moitié des permis de taxis sont détenus par des gens issus de l’immigration », explique-t-il, ajoutant qu’il a perdu son fonds de pension.

Manifestation

Le vice-président de Taxis de Sherbrooke, Yves Michaud, affirme que la dérèglementation va au-delà de l’argent. C’est aussi pourquoi la mobilisation est aussi importante, et ce, à la grandeur du Québec. « Ça encadre aussi tout ce qui est en lien avec la sécurité. Toute la formation pour reconduire autant un enfant à l’école qu’une personne à mobilité réduite », explique-t-il.

« Il ne faut pas prendre la population en otage, ce n’est pas le but, poursuit-il. Je pense que la population comprend bien la problématique. On a un bon appui. »

Rappelons que le projet de loi 17 ferait en sorte qu’il n’y aurait plus de nombre maximal de taxis par agglomération. Actuellement, il y a 84 taxis sur le territoire de Sherbrooke. « La tarte va être divisée en plus de morceaux. Ça va diminuer le revenu par nombre de véhicules de manière hebdomadaire ou mensuelle. L’industrie du taxi sera moins rentable, et déjà, c’était limite. Ce sera plus difficile pour tout le monde », analyse M. Michaud.