Alain Roger, propriétaire du restaurant La Table Alain Roger de Magog, dénonce les Incongruités liées à la zone rouge.
Alain Roger, propriétaire du restaurant La Table Alain Roger de Magog, dénonce les Incongruités liées à la zone rouge.

« Les grandes surfaces débordent et les restos sont vides »

Claude Plante
Claude Plante
La Tribune
« Pourquoi accepte-t-on que les magasins à grande surface demeurent ouverts et bondés de monde alors que les restaurants doivent fermer leur salle à manger en zone rouge? »

Le propriétaire du restaurant magogois La Table Alain Roger considère qu’il y a incohérence dans les décisions du gouvernement de François Legault en ce qui concerne la lutte contre la pandémie.

La fermeture des salles à manger des restaurants pèse lourd sur ces petites entreprises, alors qu’on laisse les magasins et centres commerciaux ouverts. 

« Je me suis rendu au Carrefour de l’Estrie en fin de semaine. Le stationnement débordait. Au Costco, il y avait plein de monde. Ce n’était pas évident pour la distanciation physique! Les grandes surfaces débordent et les restos sont vides », s’offusque Alain Roger.

« Quand nous avons dû fermer nos salles à manger, nous avions mis en place plusieurs mesures de protection. Elles étaient respectées. Pourquoi nous fermer? Je peux comprendre qu’on doit garder les commerces essentiels. Qu’est-ce qu’il y a d’essentiel dans une boutique qui vend des bibelots? »

Michel Lessard, propriétaire de L’Entr’Amis de Sherbrooke

M. Roger demande des preuves de la part du gouvernement. « Où sont les éclosions dans les restaurants? »

« Les gens vont pouvoir se réunir dans leur maison à Noël. Il n’y aura pas de mesure de sécurité. Il y en avait dans les restaurants! »

La sortie du restaurateur magogois suit celle de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et la Chambre de commerce et d’industrie de Sherbrooke (CCIS) qui ont proposé plus tôt cette semaine un « contrat moral » pour la réouverture des restaurants durant la période du 24 au 27 décembre, dans la foulée de celui du gouvernement Legault qui viendrait soutenir les commerçants mis à mal. La FCCQ et la CCIS ont aussi présenté des pistes de solution au gouvernement, afin d’aider les restaurateurs à pouvoir retrouver le plus rapidement possible leurs opérations.

M. Roger a dû mettre à pied une dizaine de personnes, même son chef. Avec son cuisinier, il prépare des plats pour apporter. « Je demeure en contact avec eux. Je ne veux pas les perdre », dit-il avec émotion.

« On sent que les gens viennent acheter des plats pour apporter afin de nous encourager. Ils tiennent à nous. Ça fait chaud au cœur. »

« Plusieurs restaurateurs du Québec attendent après l’aide promise par le gouvernement. Nous avons des frais fixes aussi. »

À Sherbrooke, pour Michel Lessard, propriétaire de L’Entr’Amis, les temps sont aussi durs, mais il tente de prendre la situation avec philosophie. « Je ne suis qu’en mode mets pour apporter. Mais je ne fais que 15 à 20 pour cent de mon chiffre d’affaires habituel, calcule-t-il. Je ne suis même pas sûr que ça paye les frais fixes à la fin du mois… »

« Mais je comprends un peu le gouvernement. Qui a la solution? C’est plate, mais c’est nous qui écopons. »

M. Lessard a dû mettre tout son personnel à pied. C’est lui qui prépare les plats à apporter dans ses cuisines de la 13e Avenue Nord. « Nous étions à deux mètres dans le restaurant. Je venais de recevoir pour 4000 $ de plexiglas quand le gouvernement a fermé nos salles à manger », mentionne-t-il.

« Je persévère. Je ne vais pas fermer. J’ai ce restaurant depuis 20 ans. Je veux me rendre à 25 ans. Je n’ai que 50 ans. »

Connu pour avoir exploité des restaurants Burger King à Sherbrooke, Jean-Louis Roy observe la scène à distance. Selon lui, plusieurs devront fermer leurs portes définitivement.

« J’ai été restaurateur pendant 16 ans. Avec la fermeture des restaurants jusqu’au 11 janvier, autant dire qu’ils sont fermés jusqu’à la fin mars-avril. Janvier et février sont des mois à perte en restauration normalement », analyse M. Roy.

« C’est sûr que c’est un autre coup de grâce. Après la pandémie, je prédis facilement qu’il ne restera pas plus de 40 à 50 % des restaurants d’avant la pandémie. Qui osera se risquer après avec ce carnage? C’est d’autant plus décourageant quand on ajoute à cela les difficultés à trouver du personnel avant la pandémie. »