Luc Savard, Claude Denis et Steve Lussier

« Le budget de l’abondance »

« C’est probablement le budget le plus facile à faire. C’est un budget généreux, mais c’est facile d’être généreux quand l’argent nous sort par les oreilles. Il faut retourner loin en arrière pour retrouver une marge de manœuvre aussi importante. C’est vraiment le budget de l’abondance », a résumé Luc Savard, professeur à l’école de gestion de l’Université de Sherbrooke, pour décrire le premier budget de l’histoire de la Coalition Avenir Québec (CAQ) déposé, jeudi, par le ministre des Finances Éric Girard.

« Un budget généreux, mais je n’ai pas l’impression qu’il y a du gaspillage et la dette du Québec continue de diminuer. Je crois plutôt que c’est un budget intelligent », ajoute le président de la Chambre de commerce de Sherbrooke, Claude Denis.

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« Contrairement au Parti libéral du Québec qui avait saupoudré de l’argent un peu partout dans son dernier budget électoraliste, les dépenses de la CAQ sont ciblées et elles visent à rencontrer les promesses faites lors de la dernière campagne électorale », observe M. Savard.

Les intervenants interviewés par La Tribune sont globalement satisfaits du budget du gouvernement Legault.

« En tant que citoyen, je suis heureux. En tant que président de la Chambre de commerce, il y a plusieurs points qui me satisfont et quelques-uns qui me laissent sur mon appétit », note Claude Denis, qui se réjouit notamment des mesures mises en place pour pallier la pénurie de main-d’œuvre.

« Par exemple, la réduction des charges sur la masse salariale des entreprises qui maintiennent à l’emploi des travailleurs âgés, c’est une bonne nouvelle. Tout comme les 146 M$ investis pour améliorer l’intégration des immigrants au marché du travail. Maintenant, il faudra les convaincre d’intégrer le marché du travail en région et pas uniquement à Montréal », précise M. Denis.

Des sièges sociaux à protéger

L’investissement de 1 milliard dans le capital-actions d’Investissement Québec et la mise de côté d’un autre 1 milliard pour protéger la présence des sièges sociaux au Québec sont aussi bien accueillis par la CCS. « On ne veut pas voir d’autres entreprises comme Rona, St-Hubert ou Bombardier vendues à des étrangers », souligne M. Denis qui par contre aurait aimé que le budget prévoie une réduction de la taxe sur la masse salariale.

« Le Québec demeure la province qui a la plus importante taxe sur la masse salariale, donc on est moins compétitif que les autres provinces ou les États-Unis », déplore le président de la CCS qui aurait aussi aimé que le budget inclue des incitatifs en ce qui a trait à l’investissement dans le domaine industriel. « On est en retard au point de vue de notre productivité et c’est important d’encourager les entreprises à investir pour remédier à la situation », insiste M. Denis.

Ce qui déçoit le plus M. Savard est le retour au tarif unique en garderie d’ici trois ans. « On va subventionner essentiellement les médecins, les avocats et les professeurs d’université pour qu’ils envoient leurs enfants à la garderie. Est-ce vraiment ces gens qui ont besoin d’être subventionnés? Si le gouvernement avait une marge de manœuvre, il aurait été plus judicieux de réduire le tarif pour les ménages qui gagnent moins de 70 000 $ », note-t-il.

Plus tard le transfert aux municipalités

L’absence du transfert aux municipalités d’un point de pourcentage de la TVQ ne démoralise pas le maire de Sherbrooke. « C’est pas grave, on va l’obtenir dans un avenir rapproché, c’était un engagement. Le gouvernement ne pouvait pas tout faire », note Steve Lussier.

Certains ont déploré que le budget ne traite pas davantage d’environnement. « En même temps, la plate-forme avec laquelle le parti a été élu n’était pas très verte non plus », souligne M. Savard, qui se réjouit quand même du maintien du programme Roulez vert dont certains prévoyaient l’abolition.

De son côté, le maire de Sherbrooke se réjouit de l’investissement dans les centres de tri et de valorisation. « C’est une aide de près de 100 M$ et nous, à Sherbrooke, on a les deux types de centres, soit Récup Estrie et Valoris. Aussi je suis content des sommes qui seront investies dans la décontamination des sols. Nous en aurons besoin », ajoute-t-il.

Une certaine inquiétude par rapport à l’économie a été décelée dans les chiffres annoncés jeudi. « Certaines dépenses pour l’année en cours ne seront pas récurrentes. Le taux de croissance des dépenses en santé, en éducation et au global vont redescendre l’an prochain. Je vois aussi un certain conservatisme dans le taux de croissance du PIB prévu pour 2020, soit 1,5 % », fait remarquer le professeur universitaire qui, par ailleurs, déplore que le budget ne cible pas davantage les jeunes.