Sœur Pauline Bélanger et Sœur Gilberte Desrosiers, les dernières Sœurs Grises de la région, quitteront Sherbrooke le 16 juin pour Saint-Hyacinthe.

« Je pars avec le cœur brisé »

Les Sœurs de la Charité en sont à leurs derniers moments à Sherbrooke. Les deux dernières sœurs de cette communauté en région prendront la route vers Saint-Hyacinthe, le 16 juin prochain.

Sœur Gilberte Desrosiers avait de la difficulté à retenir ses larmes lors de l’annonce de son départ. « Pour moi, ça me fait un gros vide. Je pars avec le cœur brisé, parce que j’ai beaucoup aimé Sherbrooke. Je trouve que la Ville de Sherbrooke est belle pour y vivre. Les gens sont gentils. On va garder ces souvenirs dans notre cœur jusqu’à notre mort », affirme-t-elle, les yeux dans l’eau.

Sœur Desrosiers, qui œuvre au sein de la communauté sherbrookoise des Sœurs de la Charité depuis 1990, est malade. C’est pour cette raison que les deux complices retournent à Saint-Hyacinthe, lieu où elles ont été formées. « Je n’aurais pas voulu que ce soit comme ça, mais je suis décomptée et je vais aller à l’infirmerie. J’ai l’air en forme, j’ai encore toute ma tête et une bonne mémoire, mais le reste, je ne l’ai plus », explique la sœur, souriante malgré tout.

De son côté, Sœur Pauline Bélanger aussi semblait émotive lorsqu’elle envisage son départ. « J’ai vécu ici, à Sherbrooke, avant d’arriver comme religieuse. C’est ici que j’ai connu la jeunesse. J’ai de la famille ici », indique la sœur, assurant qu’elle a de magnifiques souvenirs de la région. « Ma vie a été pleine, poursuit-elle. On va aider tout le temps qu’on va pouvoir. J’aurais aimé rester plus longtemps, car ma famille est ici, mais ils l’acceptent. »

Réalisations

Tout au long de leur vie, les deux sœurs se sont impliquées à fond dans la vie sherbrookoise. Arrivée en 1974 à Sherbrooke, Sœur Pauline Bélanger a collaboré à la fondation du département de réadaptation de l’hôpital D’Youville. « Quand je suis arrivée à Sherbrooke, je me suis demandé ce que j’allais faire ici. Je trouvais qu’il n’y avait rien! Dans l’hôpital général, j’étais surveillante de soirée. Avec le temps, les préposés aux bénéficiaires m’ont pris et on a marché ensemble », raconte celle qui a pris sa retraite en 1998.

Sœur Gilberte Desrosiers, elle, a travaillé pour les cuisines collectives et pour Jevi. « J’ai accompagné un groupe et fait de la cuisine durant 10 ans. Ensuite, je me suis impliquée avec le conseil d’administration. En tout, j’ai travaillé avec eux durant 25 ans », raconte la dame. « De plus, j’ai travaillé avec l’organisme Jevi, poursuit Sœur Gilberte Desrosiers. J’étais à l’écoute des gens qui avaient des idées suicidaires. J’ai beaucoup aimé mon expérience. »

D’ici le 16 juin, date de départ des deux amies vers Saint-Hyacinthe, Sœur Desrosiers continuera à diriger sa chorale. « Maintenant, je dirige seulement la chorale de funérailles. J’aime beaucoup ma troupe. C’est important pour moi. C’est la seule chose que j’ai gardée. Ça ne me demande pas trop de temps. De plus, on va continuer à contribuer aux besoins des gens qui nous appellent jusqu’à la dernière minute », commente Gilberte Desrosiers.

Quelque chose que les sœurs ont toujours fait, c’est de penser aux autres, rappelle Sœur Desrosiers. « Un jour, une famille haïtienne est arrivée à Sherbrooke avec cinq ou six enfants. Ils prenaient le loyer d’à côté. Ils n’avaient absolument rien, même pas de lit. On a décidé de leur donner notre futon. Les enfants sont arrivés et ils avaient faim. On avait déjà de la visite. On leur a donné une pizza, mais ils n’avaient pas de table chez eux. On a partagé la table avec eux. Ce sont des choses qui arrivent. Il ne faut pas dire non, il faut accueillir. »

Dans un peu plus d’un mois, alors que Sœur Desrosiers prendra le chemin de l’infirmerie, Sœur Bélanger, qui est infirmière de profession, pourra s’occuper de son amie et des autres patients à Saint-Hyacinthe. « Je vais faire des petites choses là-bas auprès des malades. Je me suis occupée des malades tout au long de ma vie », commente-t-elle, ajoutant qu’elle viendra quand même à Sherbrooke pour visiter ses proches.