Les photos d’Elijah Beauregard-Landry et de Myriam Roy se sont rapidement propagées sur les réseaux sociaux suscitant de nombreux commentaires.

« Humiliant et dérangeant »

Elijah Beauregard-Landry, 16 ans, est arrivée à l’école secondaire Montcalm jeudi vêtue d’un leggings noir et d’un short noir par-dessus. Un surveillant l’a interpellée sur l’heure du midi pour lui demander de changer d’habillement puisqu’elle ne respectait pas le code vestimentaire de l’établissement.

Les photos d’Elijah et de Myriam Roy, elle aussi avertie par les surveillants, se sont rapidement propagées sur les réseaux sociaux suscitant de nombreux commentaires puisque leur habillement ne semblait pas faire preuve d’indécence.

« C’est très humiliant et dérangeant, a mentionné Élijah rejointe par La Tribune vendredi. C’est mon corps, je suis assez mature pour avoir un emploi, conduire une voiture, mais apparemment pas pour choisir le linge que je porte. On m’a dit de me trouver d’autres linges ou de ne pas revenir pour les cours de l’après-midi. Mais les cours étaient trop important pour que je les manque donc j’y suis allée. »

« J’étais très fâchée de la façon dont ça s’est passé, dit pour sa part Myriam Roy. « J’ai ce chandail depuis très longtemps et je l’ai porté plusieurs fois à l’école et tout d’un coup je dois me changer. »

Ce n’est pas la première fois qu’une telle situation survient à l’école Montcalm selon Valéry Martin, mère d’une élève.

« C’est une école super ouverte où il n’y a pas ou presque d’intimidation, mais je ne comprends pas pourquoi on cible particulièrement les filles, explique-t-elle. Ce sont souvent elles qui doivent changer de vêtements. »

La surveillance est très sévère selon Mme Martin.

« Les surveillants avertissent également les jeunes qui mettent leur tuque avant de sortir dehors. À cet âge-là, c’est déjà difficile de leur faire porter une tuque... »

Les couvre-chefs de toute sorte sont interdits à l’école Mitchell-Montcalm.

« Je n’ai aucune idée pourquoi on n’a pas le droit d’avoir de tuque à l’intérieur, souligne Elijah qui en est à sa dernière année au secondaire. J’aimerais beaucoup qu’il y ait un dialogue et qu’ils nous expliquent les raisons derrière le code vestimentaire. »

Elijah Beauregard-Landry s’est fait dire de changer d’habillement ou de retourner chez elle pour l’après-midi.

Ouvrir un dialogue

Les photos des deux jeunes femmes se sont retrouvées sur la page Facebook du groupe Elle n’a pas dit oui qui fait de la sensibilisation face au sexisme ordinaire. Jinny Mailhot, directrice de la corporation de développement communautaire du Haut-Saint-François et coordonnatrice de la page, estime que l’habillement des jeunes filles était adéquat.

« Je pense qu’on s’entend pour dire que ce n’est pas si pire que ça, explique-t-elle. Il n’y a personne de mal intentionné dans le dossier, mais je crois qu’il doit y avoir un dialogue entre l’école et les jeunes. »

« J’aimerais souligner le courage des deux filles qui n’ont pas accepté cette situation et qui l’ont décriée sur la place publique. »

Elijah mentionne ne jamais avoir reçu de commentaires des garçons de son âge concernant son habillement.

« Ce ne sont pas tous des animaux ni tous des pervers, lance-t-elle. Ils ne viendront pas tous baver devant moi si je mets des leggings. »

À la lumière de cette controverse, Valéry Martin veut d’ailleurs créer un atelier ou une activité de sensibilisation pour trouver une solution au problème.

« Il faut entamer une réflexion et trouver un juste milieu. »

Myriam Roy a dû changer de chandail en raison d’une ouverture dans le dos.

Des balises à respecter

La direction de l’école estime laisser beaucoup d’espace et de liberté aux élèves, mais rappelle que des balises doivent être en place pour éviter les débordements.

« On a décidé de ne pas imposer d’uniformes ou de demi-uniformes comme d’autres écoles ont fait parce que la créativité et l’identité font partie de nos valeurs, souligne Pascale Bilodeau, directrice de l’école Mitchell-Montcalm. On a mis en place certaines balises de décence, d’hygiène et de propreté. On essaie de simuler un milieu de travail et je n’en connais pas beaucoup qui toléreraient des leggings. »

« Je veux préciser qu’aucun élève n’a manqué de l’école, poursuit-elle. On ne fait pas de discrimination envers les gars ou les filles, si un gars venait à l’école en leggings on l’avertirait aussi. Les leggings seuls sont problématiques, mais avec un short par-dessus c’est correct. »

Mme Bilodeau se désole également de la façon dont l’information a été propagée sur internet.

« C’est très dommage que la situation ait été mal rapportée sur Facebook, s’insurge-t-elle. L’histoire a pris toute sorte de tangentes très désolantes. La jeune fille dans la situation d’hier a eu beaucoup de temps pour se trouver d’autres linges dans ses affaires ou dans ceux d’une amie et ensuite on peut fournir des vêtements. On prend l’élève à part, on ne fait pas ça devant tout le monde. »