Mélanie Cloutier, conseillère syndicale au SCFP-FTQ, affirme que l’été a été extrêmement difficile pour les employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Été catastrophique » au CIUSSS

« Un été catastrophique », « l’été le plus difficile jamais vécu en Estrie dans le réseau de la santé », des employés totalement épuisés et démobilisés et qui rentrent au travail de mauvaise humeur et déjà découragés par la longue liste de tâches qui les attend, une grogne qui ne cesse d’augmenter, des employés obligés de se déclarer malades à la dernière minute quand ils ont des obligations personnelles parce qu’ils sont incapables d’avoir des journées de congé : les syndicats du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ne mâchent pas leurs mots quand ils tracent le bilan de l’été que viennent de traverser les quelque 17 000 employés de l’établissement qui compte 100 points de service.

À ce sombre bilan s’ajoute la pression des négociations syndicales qui entrent dans le blitz final : en effet, les quatre syndicats et l’employeur doivent signer des ententes pour leurs conventions collectives locales d’ici le 30 septembre à 17 h (voir autre texte).

« La situation a été difficile partout. Sans exception. Mais la pression a été encore plus forte dans les petites unités de soins parce que l’obligation de faire du temps supplémentaire (TS) ou du temps supplémentaire obligatoire (TSO) revient vite aux mêmes employés, ainsi que dans les milieux d’hébergement », soutient Sophie Séguin, présidente de la FIQ-SPSCE (Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec — syndicat des professionnels en soins des Cantons-de-l’Est).

Heureusement, aucune situation critique n’est survenue au point de mettre en péril la vie d’un patient. « Mais tous les jours, les employés doivent faire des choix déchirants. Bien sûr, tout le monde va manger. Mais qui va manger chaud? Qui sera levé aujourd’hui et qui devra rester au lit? C’est ce genre de choix que les employés doivent faire au quotidien, plusieurs fois par jour, faute de gens pour tout faire », ajoute Mme Séguin.

Les infirmières auxiliaires et des candidates à l’exercice de la profession infirmière (CEPI), qui ont terminé leurs études mais pas encore passé l’examen de l’Ordre des infirmières du Québec, ont aussi eu la vie dure cet été. « Les infirmières auxiliaires ont été utilisées à maintes reprises pour faire des tâches de préposés aux bénéficiaires (PAB). Ça n’arrive plus seulement à la dernière minute, c’est maintenant prévu à l’horaire comme ça. On entend aussi que l’encadrement des CEPI a été difficile cet été. Quand tu viens de terminer tes études et que tu as un permis de travail restreint, ça peut être vraiment très stressant de commencer à pratiquer la profession avec peu d’encadrement », soutient Mme Séguin.

Le SCFP-FTQ (Syndicat canadien de la fonction publique — Fédération des travailleurs du Québec) travaille actuellement à dresser un bilan de ses membres qui sont engagés et de ceux qui démissionnent. « Nous n’avions pas de portrait clair. Mais on sait que les PAB sont nombreux à démissionner chaque semaine », soutient Mélanie Cloutier, conseillère syndicale au SCFP-FTQ, en montrant la lettre d’une PAB qui venait de jeter l’éponge, quelques jours plus tôt, après 15 années de service.

Soins et services affectés

Et les patients dans tout ça? Bien sûr, les soins de base sont effectués. Ils recevront leurs traitements médicaux, leurs médicaments, mangeront des repas et seront retournés au lit pour la nuit. Mais pour le reste... « Les programmes de marche, le brossage des dents, la barbe aux deux jours, les ongles longs et sales... ils ne sont pas faits, tout simplement », déplore une PAB du CHSLD Argyll rencontrée par
La Tribune.

Il arrive même qu’on doive sauter des collations, faute de personnel pour les distribuer et pour aider les gens à manger, et les gens ne peuvent pas être déplacés dans la salle à manger ou dans les aires communes et restent donc seuls dans leur chambre toute la journée.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a décliné la demande d’entrevue de La Tribune.

« Toutefois, il nous apparaît important de vous informer que nous travaillons intensément sur la situation de la main-d’œuvre dans notre établissement. Depuis plusieurs mois, des mesures exceptionnelles de suivis de la situation de la main-d’œuvre sont effectuées en continu afin d’identifier rapidement les enjeux et d’y trouver des solutions concrètes. Par exemple, des rencontres de concertation hebdomadaire sont tenues avec tous les acteurs décisionnels gravitant autour du secteur des soins et services en CHSLD », explique dans un courriel la porte-parole Annie-Andrée Émond.

« Malgré les efforts ininterrompus de l’ensemble des directions de l’établissement pour minimiser l’absentéisme, notamment avec l’augmentation des embauches, force est de constater que la situation demeure difficile et que les besoins de la population sont croissants », ajoute-t-elle.

Négociations : dernier blitz avant la conciliation

Le 30 septembre à 17 h : c’est la date butoir à laquelle font face les quatre syndicats qui représentent les 17 000 employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et la direction de l’établissement pour en arriver à une entente négociée. Sinon, ils feront face à la conciliation, puis à l’arbitrage.

« Nous allons espérer y arriver jusqu’à la fin. On veut arriver à une entente négociée, l’employeur aussi », soutient Emmanuel Breton, directeur au conseil d’administration de l’APTS (Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux).

« Nous voulons régler pour le 30 septembre. Par contre, le fossé est encore très important entre nos demandes —
qui représentent environ le statu quo sur nos conditions de travail actuelles — et les demandes de l’employeur, qui représentent d’importants reculs sur plusieurs enjeux », ajoute Sophie Séguin, présidente de la FIQ-SPSCE.

Même son de cloche du côté du SCFP-FTQ (Syndicat canadien de la fonction publique — Fédération des travailleurs du Québec). « Pour nous, les négociations locales sont importantes. Il faut plus d’employés, il faut attirer des gens dans nos professions. On n’attire pas les mouches avec du vinaigre. Les négociations locales ont le pouvoir de nous apporter la flexibilité nécessaire pour rendre le milieu attractif », soutient Mélanie Cloutier, conseillère syndicale au SCFP-FTQ.